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Les Herbiers, Vendée – Des patrons la jouent collectif au nom de l’emploi

Les 130 entreprises du site se serrent les coudes. Hugues Pasquier, 38 ans, Pdg d’une PME et président de l’association Les Herbiers Entreprises nous entraîne dans les arcanes de cet écosystème gagnant. Un regroupement au sein duquel la solidarité joue un rôle majeur.

 

« Originaire du sud du département, je suis arrivé aux Herbiers en 2008, pour y prendre les rênes de la société Sachot, une PME de 26 salariés qui fait de la sous-traitance mécanique. Je découvre alors Les Herbiers Entreprises, une association loi de 1901 regroupant des chefs d’entreprise de plus de 10 salariés, créée en 1991 par André Liébot, fabricant de fenêtres et patron de K-Line. L’intention est de permettre aux uns et aux autres de faire connaissance, humainement et professionnellement pour éviter par exemple de chercher à 400 kilomètres d’ici ce qui peut se trouver sur place, chez nos voisins. Une forme de solidarité mêlée de complémentarité et d’adaptabilité, riche de nombreux exemples. Le plus célèbre concerne l’industrie de la chaussure, une tradition historique dans le bocage. Le secteur a beaucoup souffert à partir des années 80, mais il a été possible de reclasser des employés et des couturières sur les chantiers Jeanneau, pour l’assemblage des tissus composites notamment. J’ai moi-même pu bénéficier de cette solidarité : récemment, un confrère local m’a ainsi mis en contact avec un de ses clients qu’il n’était pas capable de fournir – c’est alors mon entreprise qui a obtenu la commande.

En 2008, j’ai adhéré sans hésiter. C’est un moyen de s’intégrer dans la ville, de faire des connaissances et même de nouer des amitiés. J’ai rapidement rejoint le bureau, strictement réglementé et régulièrement renouvelé : le mandat pour les membres du bureau est de 6 ans et celui du président est de 2 ans, cela permet de conserver la dynamique de l’association. Nous organisons une douzaine d’événements dans l’année : trois réunions plénières thématiques (autour d’un sujet comme la sécurité informatique par exemple ou la présentation de jeunes entreprises prometteuses), autant de visites de sociétés de la région, une sortie découverte (visite d’un vignoble, séance de kart, match de basket à Cholet) suivie d’une rencontre avec différents partenaires, un voyage (Rome cette année, Berlin en 2016 avec la visite de l’usine BMW) et notre gala annuel. Autant de rendez-vous qui visent les mêmes objectifs : l’ouverture d’esprit, le partage des idées et des retours d’expérience.

Aujourd’hui Les Herbiers Entreprise compte 130 adhérents chefs d’entreprise, et représente indirectement plus de 8000 salariés. Nous accueillons en moyenne 3 à 5 nouveaux adhérents par an, souvent de jeunes entreprises qui finissent par franchir le cap des 10 salariés. Il y a une majorité de PME mais également quelques fleurons comme les brioches La Boulangère, les fenêtres K-Line, les charpentes métalliques du groupe Briand, les chantiers Jeanneau. Et le plus emblématique d’entre eux : le parc de loisirs du Puy du Fou ! Ici, le taux de chômage, moitié moins important que dans le reste de l’hexagone, ne dépasse pas les 6%. C’est le 2e bassin d’emploi Français le moins impacté. Cela intrigue beaucoup les économistes qui voudraient la recette, et les médias qui aimeraient bien percer ce mystère qui n’en est pas un ! Nous avons bien sûr eu l’occasion d’évoquer le sujet entre nous, qui nous inspire trois explications : un emploi très industriel (à 40% contre 12% dans le reste du pays), un tissu de PME familiales (nous ne dépendons pas d’un actionnariat lointain) et un certain état d’esprit partagé par les patrons, les salariés et les collectivités locales. Cet état d’esprit mise beaucoup sur la valeur travail, l’esprit d’entreprise, l’importance de l’humain. Nous pouvons ne pas être d’accord mais nous ne perdons jamais de vue notre objectif commun : le développement de nos entreprises (et donc la création d’emplois).

Nous échangeons également avec d’autres associations de chefs d’entreprise des environs. Nous sommes régulièrement invités à témoigner dans d’autres bassins d’emplois. Le partage des bonnes pratiques et des idées peut s’effectuer à bien des niveaux ; c’est surtout une question d’envie et de bonne volonté commune.

Reste que nous connaissons les mêmes règles du jeu que les autres, et que nous comptons sur nous-mêmes avant tout. S’il y avait quelque chose à espérer, ce serait qu’on nous facilite la tâche à nous entrepreneurs et employeurs, en évitant d’accumuler les charges ou les mesures incompatibles avec l’industrie.

La France des solutions, elle existe bien évidemment, à l’image de certains de mes clients. Beaucoup de PME sont leaders sur leur marché, exportent dans le monde entier, et mériteraient d’être mis en avant plus souvent. Malheureusement, on met trop peu en lumière ce qui fonctionne au bénéfice des licenciements et autres délocalisations !

L’espoir est à l’image de ce qui se passe aux Herbiers. Mais il faut aller encore plus loin, prendre conscience de la nécessité d’aider les industriels en formant du personnel qualifié, en aidant les entreprises à améliorer leurs compétences, leur compétitivité. Il me semble qu’une prise de conscience émerge et que les volontés existent… »