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Une prépa gratuite pour instiller la diversité sociale dans les médias

Par Nathania Cahen

Journaliste

Comment faire en sorte que les journalistes ne sortent pas tous du même moule ? En diversifiant leur origine ! La Chance Média Marseille permet à une poignée d’étudiants boursiers d’intégrer des écoles de journalisme reconnues. Sciences Po Paris et le CFJ au palmarès de la première promo, chapeau ; on souhaite bonne chance à la deuxième…

En juin 2014, Jérémy-Nathan Balthus, décroche son bac ES à Marseille. Il caresse depuis un moment l’idée de devenir journaliste mais ne sait ni où, ni comment. « Je n’avais pas les codes. J’avais bien saisi qu’une préparation solide était nécessaire mais je ne savais vers quoi me tourner », résume-t-il. Indécis, il consacre l’année suivante à mûrir ce projet et à enchaîner les petits boulots pour gagner de quoi financer ses études : facteur à La Poste, manutentionnaire aux Galeries Lafayette, vendeur chez JD Sports, pizzaïolo et livreur pour Domino pizza… Un conseiller d’orientation lui recommande une première année de licence en sociologie pour nourrir sa culture générale, lui donner des bases ainsi qu’une méthode d’analyse et de compréhension. L’année suivante, le voilà à Nanterre pour des sciences sociales et un panel de matières élargi. Puis c’est Aix pour une L3 sous forme de magistère de journalisme et communication des organisations.

Tarifs prohibitifs pour les prépas privées

Entre temps, il est devenu incollable sur les épreuves et compétences requises dans les concours permettant l’accès aux écoles de journalisme : « Elles sont à la fois complexes et pointues ! J’ai pensé aux prépas car, autour de moi, beaucoup en passaient par là, pour les écoles de commerce ou d’infirmières. Mais les tarifs étaient prohibitifs, hors de ma portée. J’ai pianoté sur le net à partir de trois mots clé : prépa / journalisme / gratuit… et je suis tombé sur le site de la Chance aux concours ! Ils recrutaient pour leur première promotion marseillaise ; je l’ai pris comme un signe. » A l’issue de six mois de préparation et de bachotage forcené de l’actu, les efforts de Jérémy-Nathan ont porté : il a été reçu au CFJ et, solution qu’il a privilégiée, au master journalisme de Sc Po Paris. Bref, pour son plus grand bonheur et la fierté de tous ses proches, il réalisera son rêve et deviendra journaliste.

An 2 pour la Chance aux Médias Marseille

La Chance aux médias a ouvert son antenne à Marseille l’an passé mais a été créée à Paris en 2007, à l’initiative d’anciens du CFJ (Centre de formation des journalistes). Sur le budget actuel de 240 000€, aujourd’hui bouclé au moyen de subventions publiques et de mécénat privé, 30% est alloué aux étudiants comme soutien financier. A Marseille comme à Paris ou Toulouse, le principe reste le même : sélectionner des étudiants boursiers et les aider à préparer efficacement les concours grâce à une escouade de journalistes bénévoles, localement à l’œuvre tous les samedis dans une salle mise à disposition dans les locaux de France 3. David Allais, directeur général de l’association, nous dresse le tableau de cette première édition marseillaise : « Sur 17 candidats, 10 ont été pris (dont deux en coup de pouce, un accompagnement allégé limité aux concours blancs et la correction de copies). 2 ont abandonné dont une pour raison familiale. 3 des 8 étudiants qui ont continué ont réussi un concours : 2 à l’EPJT de Tours, et Jérémy-Nathan qui a réussi à la fois Science-Po Paris et le CFJ. Une stagiaire a été admise à l’ESJ pro sous condition de décrocher un contrat d’alternance pour valider son inscription » Et pour l’encadrement ? « Sur quelque cinquante journalistes sollicités, une vingtaine a effectivement participé aux 25 séances qui ont émaillé l’année. Au global, c’est une bonne première année avec un bon groupe et des résultats encourageants. » Vincent Desombre, journaliste pigiste qui fédère la section Marseille annonce la couleur de la rentrée en cours : « Nous pourrons être plus précis pour aider chaque stagiaire dans sa stratégie et allons élargir le panel des concours à présenter car nous avons trop négligé des écoles efficaces sans être forcément prestigieuses. Nous espérons aussi pouvoir élargir le recrutement d’intervenants, car nous sommes en mesure d’accueillir deux fois plus de stagiaires ! »

Une profession où la mixité sociale pêche

Outre l’aide à des étudiants sans gros moyens, la Chance aux Concours entend instiller davantage de mixité sociale dans une profession où elle manque cruellement. Rappelons la déconvenue du journaliste afro-américain Ta-Nehisi Coates de passage à Paris en 2015 pour la promotion de son livre Colère Noire. Il demande à rencontrer un journaliste maghrébin de la rédaction de Libé et là…malaise, il n’y a qu’un pigiste répondant à ce critère. L’incident a débouché sur une introspection et une intention de « normalité » plutôt que de « mixité » comme le précisât Johan Hufnagel, alors directeur des rédactions. Cet épisode a donné lieu à une dernière mise au point en juillet dernier.  Un exemple à suivre !

 

Bonus

  • Les besoins : des journalistes bénévoles, jeunes car ils ont encore les concours en mémoire, et moins jeunes car ils ont l’expérience du métier. Des financements locaux pour le pôle marseillais ou des dons pour soutenir l’association
  • Ailleurs : La prépa Egalité des chances mise en place en 2009 à l’initiative commun de l’Ecole de Journalisme de Lille et le Bondy Blog. Elle accompagne les étudiants boursiers d’un niveau L3.

La même année, la prépa Média et diversité a vu le jour à Tours, à destination des élèves boursiers de Terminale désireux d’intégrer un IUT de journalisme.

  • Légende : Jérémy-Nathan Baltus, 22 ans, futur journaliste grâce à la Chance aux concours