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Même abimé, un terrain urbain peut se transformer en potager !

Par Nathania Cahen

Journaliste

On avait un peu de mal à visualiser la chose : un hectare de verdure et de cultures à venir, en lieu et place d’une ancienne décharge, à Marseille, entre la rocade L2 et la voie ferrée. Ce n’est pas une fable pour illuminés, une ferme urbaine et innovante voit bel et bien le jour au bout de la rue Saint Pierre.

Un site multi-activités avec une dimension sociale, environnementale, et pédagogique. Mazette ! Aux manettes de ce projet un peu dingue baptisé Le Talus, Carl Pfanner et Valentin Charvet sont enthousiastes et confiants. Je les ai rencontrés en juillet dernier, par près de 40 degrés à l’ombre. A peine abrités du soleil par quelques cannes de Provence (un très grand roseau), installés sur des bottes de paille, ils racontent. Le chantier a démarré au mois Même abimé, un terrain urbain peut se transformer en potager !d’avril 2018 sur un demi-hectare, et ce n’est pas une mince affaire de transformer cette friche urbaine en espace fertile et cultivable, de viabiliser cette ancienne décharge pour remblais de chantier, qui recelait tous les matériaux possibles de la démolition, plastique compris. Le tri a été fait pour n’en conserver que la terre (quatre mois de boulot !) mêlée à 500 tonnes de matière organique, dont du broyat issu de la taille des arbres de l’avenue du Prado. Les systèmes électrique et hydraulique sont en place. Et, n’en déplaise aux incrédules, l’oasis se dessine autour d’un espace maraîcher consacré à la culture du mesclun. Dès le printemps prochain, les premières récoltes seront commercialisables auprès des restaurateurs locaux. Et offriront une première vitrine à ce projet qui se veut modèle, donc reproductible.

Un écosystème tous publics

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Photo Le Talus

A côté des cultures prendront place des poules, qui seront parrainées en échange d’œufs. D’ici à l’automne, un verger « agroforestier » (fonctionnel, productif, inspiré des techniques de la permaculture donc favorisant la biodiversité) sera planté, complété par un séchoir solaire expérimental (en lien avec l’université Lyon I) et un lombricomposteur. Des animations pédagogiques sont également prévues, en direction des écoles, mais pas uniquement. Car si les autres fermes pédagogiques de Marseille (La tour des Pins, Le collet des Comtes, Le Roy d’Espagne) sont tournées vers les scolaires, Le Talus veut s’ouvrir à tous : entreprises, public en reconversion professionnelle, voisins… « Dès que tout sera viabilisé, notre mission sera d’inspirer, annonce le tandem. On part d’un contexte très âpre, le défi est d’autant plus intéressant ». Et les défis, ils connaissent : anciens étudiants en école de commerce, forts d’expériences dans la green-tech et les jardins urbains berlinois, ils ont appris sur le tas et passé beaucoup de temps sur Internet.

Quant à la seconde parcelle et ses 5000 mètres carrés de béton, elle ne sera pas aménagée avant une bonne année. Cernée par des haies de fruitiers pour ombrager le site, elle accueillera des bacs potagers à louer avec outils et compost à disposition. Mais aussi un rucher pédagogique, une cuisine de transformation et une buvette – chouette !

Le pari d’Heko

Même abimé, un terrain urbain peut se transformer en potager ! 4Le Talus est un projet porté par Heko Farm, qui salarie nos deux néo-maraîchers. Cette association a été créée en 2016 à l’initiative de Frédéric Denel, « serial entrepreneur » comme il aime à se définir (Maison de la Chantilly et Sparkow à Paris), pour promouvoir une agriculture urbaine innovante, notamment en milieu méditerranéen. Il y a deux ans et demi, il a posté sur le portail de la rocade L2 une proposition de valorisation de la friche attenante à cet aménagement routier, ce qui s’appelle un « délaissé d’autoroute ». Et son profil, « utopique mais proche des réalités », lui a valu la mise à disposition de ce terrain pour 25 ans (par tranches de trois ans reconductibles). « J’ai rencontré des dizaines de Carl et de Valentin, mais seuls ces deux-là sont restés, avec leur audace et malgré la prise de risques ». Le budget qui permettra de viabiliser l’ensemble a été évalué à 1 million d’euros. De nombreux partenariats (techniques, institutionnel, scientifiques et financiers) ont été mis en place à tous les niveaux. N.C.

— La rubrique alimentation est soutenue par le Fonds Epicurien

 

Bonus

  • Découvrir la métamorphose du lieu en photos, c’est encore mieux !
  • Même abimé, un terrain urbain peut se transformer en potager ! 5Les besoins du Talus : des bras, des cerveaux, des jeunes en service civique et des fonds. Et tous les mardis de 8h30 à 16h30, on remonte les manches pour donner un coup de main à cette jeune équipe de maraîchers.
  • Les patrons de Bio Coop et de Carrefour pointent un manque de producteurs, de l’ordre de plus de 30 000 fermes. Le programme « L’avenir en commun » prône la reconversion de notre agriculture en agriculture paysanne, qui se traduirait par la création de 300 000 emplois.
  • A télécharger, le plaidoyer Fermes d’Avenir
  • Ça existe ailleurs : comme une zone franche, la Ferme du Bonheur à Nanterre depuis 1992 pratique la culture, l’agriculture, la recherche scientifique, l’action sociale… A Berlin, Prinzessinnengarten a vu le jour en 2009 à l’initiative de citoyens. En Normandie, la ferme biologique du Bec Hellouin existe depuis 2004 et a mis sur pied un centre de formation.