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Sous l’exclusion, des pépites à pousser dans la lumière…

Par Paul Molga, le 12 octobre 2018

Journaliste

Pourquoi les entrepreneurs devraient-ils être tous issus de grandes écoles de commerce ? Une initiative disruptive des Apprentis d’Auteuil pour former des jeunes sans qualification à la vente a piqué ma curiosité. J’ai voulu en savoir plus sur ces talents cachés des quartiers dits sensibles et les dispositifs en place pour les révéler. Voilà un début d’éclairage.

Après Marseille, c’est maintenant au tour de Beauvais et bientôt de Nice et de Lille d’ouvrir leur boutique éphémère Skola, dont le modèle a été imaginé par l’Ouvre Boîte pour aider des jeunes faiblement qualifiés à se former à la vente. Pour l’inauguration de cette école installée pour la première fois au cœur du centre commercial Grand Littoral à Marseille, Jacques Attali en personne avait fait le déplacement. « Les quartiers sont un formidable vivier d’initiatives entrepreneuriales, à condition de redonner confiance aux jeunes porteurs de projets fragilisés plus qu’ailleurs par le chômage », expliquait alors l’économiste dont la fondation Positive Planet veut suivre de près les performances de cet incubateur de nouvelle génération porté par les Apprentis d’Auteuil.

 

Tester son activité en situation

A Marseille, l’Ouvre Boîte est la seule des 174 structures d’accompagnement à la création d’entreprise recensées par sa fondation, qui cible spécifiquement les cités. Ce dispositif coache une poignée de jeunes entrepreneurs qui ont un point commun : ils ont déjà créé leur activité mais peinent à décoller. Après douze semaines de formation intensive au management d’entreprise pour apprendre les rudiments du business plan, du marketing et de la stratégie commerciale, ils ont pu tester grandeur nature la pertinence et la viabilité de leur activité, du blanchiment de dents bio à domicile à de la maroquinerie à base de bâches, devant un flux de 80 000 consommateurs quotidiens. Après quoi ils seront encore parrainés pendant trois ans. « Nous visons l’accompagnement d’une trentaine de jeunes par an et un taux de réussite de leur entreprise de 80 % », ambitionne Samir Tighilt, un natif des quartiers qui anime ce projet.

L’expérience a été si concluante, que le groupe Hammerson, gestionnaire des Terrasses du Port, a demandé aux Apprentis d’Auteuil de dupliquer le dispositif dans d’autres villes. Le vivier est inépuisable : 53% des jeunes de moins de 25 ans souhaitent entreprendre pour mettre fin à la spirale du chômage selon l’Observatoire Apprentis d’Auteuil ; or 82 % de ceux qui se lancent abandonnent par manque de solution d’accompagnement post-création. Depuis 2008, d’abord à Vénissieux puis dans plusieurs Zones Urbaines Sensibles de Marseille, l’association PlaNet Adam puise dans ce vivier les créateurs les plus motivés. Quatre Bac+5 spécialistes de la création d’entreprises et deux « agents de sensibilisation » s’affairent à la tâche. Ils étudient chaque année près d’un millier de dossiers et ont déjà soutenu la création de 500 entreprises dont deux tiers sont pérennes. « Les quartiers vont remplacer les garages au palmarès des lieux où se bâtissent les success stories », est persuadé son président, Karim Driouche.

Le microcrédit, sésame des entrepreneurs sans moyens

C’est également la conviction de l’Adie, association pour le droit à l’initiative économique, dont le but est de permettre à des personnes qui n’ont pas accès au système bancaire traditionnel de créer leur propre entreprise grâce au microcrédit. Dans une étude sur l’impact social de son action, elle note que 79 % des entrepreneurs des quartiers (dont 44% sont des femmes), sont fiers d’y avoir créé leur entreprise. Et cette fierté fait des émules : la moitié ont communiqué leur envie à des personnes de leur entourage.

Le ministère de la cohésion des territoires est également sur le font. Près de 3 000 Zones Urbaines Sensibles et Quartiers sous Contrats Urbains de Cohésion Sociale rassemblant ensemble 4,5 millions d’habitants, sont la cible de son concours Talent des Cités créé en 2002. Le programme est maintenant une institution qui regroupe un réseau de 450 créateurs d’entreprises qui ont créé plus de 4 000 emplois. La dernière édition a motivé 570 dossiers d’inscriptions (en hausse de 20 %). Trente-sept lauréats ont déjà été récompensés : plateforme web de gestion de l’offre et de la demande de garde d’enfants, aménagement de toits terrasses de centres urbains en potager, création d’espace de co-working, vente en ligne de lunettes accompagnée d’un service personnalisé à domicile, garage solidaire… « Ces talents ne font pas que créer des entreprises, note un observateur, ils bouleversent souvent les codes avec des idées disruptives ». ♦

 

Bonus

  • Ailleurs : Les Déterminés a déjà formé huit promos et 115 aspirants entrepreneurs (61 % de femmes) depuis 2015. L’association créée par Moussa Camara a franchi les frontière d’Ile de France pour promouvoir la diversité entrepreneuriale à Nancy et Lyon.

 

 

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