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Recycler au bureau peut créer de l’emploi !

Par Agathe Perrier

Journaliste

Comme chaque 15 novembre depuis 1994, la journée est placée sous le signe du recyclage. Pour l’occasion, je me suis penchée sur le tri des déchets non pas ménagers, mais de bureau. L’entreprise Élise, spécialisée dans la valorisation de ce type de matériaux (papier surtout) depuis plus de 20 ans, nous a ouvert les portes de son antenne méditerranéenne.

 

Un vendredi matin dans les locaux de la direction régionale de Pôle Emploi en Provence-Alpes-Côte d’Azur, quartier de la Capelette à Marseille. Les bacs de tri à papiers et autres fournitures de bureau sont bien remplis, comme chaque fin de semaine. Depuis 2011, l’institution a confié à l’entreprise Élise Méditerranée la gestion de ses déchets – ceux de la direction mais aussi des 70 agences locales et 75 bâtiments administratifs de toute la région.

Recycler au bureau peut créer de l’emploi ! 4D’ordinaire, la collecte s’effectue le lundi mais, à mon intention, un petit ramassage exceptionnel est opéré, sous la houlette de Farid El Mouhrad, responsable exploitation chez Élise Méditerranée. « Le seul matériel dont on a besoin, c’est un bac et des sacs poubelle », comme-t-il. Et c’est parti pour le tour des étages.

 

Faites vos tris ! 

Pour faciliter sa tournée, l’employé d’Élise dispose d’une tablette numérique où sont répertoriées les zones et adresses de collecte. « Chez certains clients, on passe dans chaque bureau pour vider les corbeilles individuelles. Pour d’autres, les salariés vident la leur dans un réceptacle collectif que l’on vient transvaser », explique Farid.

Recycler au bureau peut créer de l’emploi ! 2Il ne verse dans son grand bac que les corbeilles au moins à moitié pleines. Les autres attendront son prochain passage, quelques jours ou une semaine plus tard. Celles contenant des déchets autres que du papier (gobelets, canettes, bouteilles, cartouches d’encre et piles) sont habillées de sacs poubelle. Si elles sont, elles aussi, suffisamment remplies, l’agent les ferme et les emporte. Selon les sites, en fonction du nombre d’employés et de la superficie du bâtiment, la tournée varie entre 15 minutes et 2 heures 30. Pour cette petite tournée de circonstance, un seul sac a été rempli. Au volant de son véhicule utilitaire, Farid prend maintenant la direction des locaux de la société Élise Méditerranée à Marseille, du côté des Arnavaux. Là, tous ces déchets vont être triés pour être ensuite recyclés.

 

De la feuille à la pâte

Les 1 000 m² de l’entrepôt marseillais d’Élise vivent au rythme du ballet des 10 camions qui partent à vide et reviennent pleins. Cinq tonnes de papier en moyenne entrent quotidiennement, pour être triées puis stockées. Le tri est effectué à la main par des employés de l’entreprise. Dans de grands bacs distincts, ils séparent imprimés couleurs ou blanc, journaux, magazines et cartons. Deux fois par semaine, les cuves sont ramassées par Veolia Propreté qui massifie le tout pour en faire de la pâte, revendue aux papetiers. « 1 500 tonnes de papier sont ainsi retraitées chaque année sur l’ensemble du groupe Élise Méditerranée (Marseille, Nice, Nîmes et Avignon) », met en avant son directeur, Frédéric Ghossoub. Pour 2019, ce dernier ambitionne même de redistribuer à ses clients des supports conçus à partir de leurs propres documents usagés et recyclés en France.

Recycler au bureau peut créer de l’emploi ! 1

 

Le reste des rebuts, canettes, bouteilles, gobelets, bois, verre et polystyrène est également pris en charge par Veolia Propreté. Les cartouches d’encre, par d’autres sociétés comme Colibri ou Recycling, et le mobilier, par Valdelia. « On a une garantie de retraitement par ces entreprises. Elles nous fournissent des certificats chaque année », assure Frédéric Ghossoub. Veolia Propreté garantit de son côté que 100 % des papiers qu’elle recycle le sont en France.

 

Une consommation presque réduite de moitié

Élise Méditerranée réalise des rapports trimestriels et annuels pour ses clients. Y sont notamment indiqués les volumes de documents et autres déchets récupérés, ainsi que leurs bénéfices environnementaux et sociaux : arbres non coupés, eau non consommée… « On est passé de 70 tonnes de papier collectées il y a cinq ans à 45 aujourd’hui. Soit 65 kg de déchets par agent contre 40 kg désormais », souligne Gilles Briot, responsable de service à la direction régionale PACA de Pôle Emploi.

L’organisme a également mis en place d’autres actions pour réduire sa consommation : les feuilles blanches sont issues du recyclage, les versos vierges sont réutilisés en brouillon ou pour des impressions, les imprimantes individuelles ont été réduites au profit de collectives« On imprime de moins en moins. Au-delà de ça, on fait en sorte de trouver une sortie positive pour tous les déchets. On essaye d’avoir pour seul rebut les matières organiques des collaborateurs qui mangent sur le site », ajoute Gilles Briot.

 

2 % du volume national traité

Recycler au bureau peut créer de l’emploi ! 3Avec 18 000 tonnes de papier recyclées en 2017 au niveau national, le groupe Élise affiche de beaux résultats. Cela ne représente toutefois que 2 % du volume total d’imprimés usagés sur l’ensemble du pays, les Français en utilisant chaque année au bureau 900 000 tonnes. « Ce n’est rien », reconnaît aisément Frédéric Ghossoub.

Pourtant, « depuis 1995, tous les producteurs de déchets d’emballages sont soumis à l’obligation légale de les trier et les faire valoriser, sauf s’ils en produisent moins de 1 100 litres/semaine et s’ils sont collectés par le Service Public », peut-on lire sur le site de l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). En juillet 2016, cette obligation de tri et de valorisation a été étendue à cinq flux (papier, métal, plastique, verre et bois) pour les administrations de plus de 20 salariés « de bureau ». Et, depuis le 1er janvier 2018, même les entreprises de plus de 20 personnes sont concernées. « Les différents décrets et lois favorisent bien-sûr le déploiement du tri. Mais on constate que les professionnels se mobilisent avant tout par volonté interne. Il y a souvent une certaine pression des collaborateurs qui font le tri chez eux et qui souhaitent aussi le faire au travail », analyse Frédéric Ghossoub.

Élise de son côté s’est fixée pour objectif de passer de 18 000 à 22 000 tonnes de papier retraitées d’ici deux ans. « En créant une petite dizaine de nouveaux sites sur la France, mais surtout en augmentant le nombre de clients et de collectes », précise Alexis Pelluault, fondateur du groupe en 1997.

 

Un recrutement solidaire

Outre l’environnement, l’ADN d’Élise comprend l’insertion de personnes en difficulté. Sur les 460 salariés du groupe, 80 % sont ainsi en situation de handicap. Alexis Pelluault souhaite atteindre et dépasser les 500 salariés d’ici deux ans : « Depuis 22 ans, nous sommes dans une démarche de création d’emploi, l’homme est au centre de la préoccupation ». Il faut savoir que les entreprises qui optent pour le recyclage plutôt que pour l’incinération des papiers permettent de multiplier par 10 l’emploi dans la filière.

Dans la région PACA, le site d’Avignon est référencé « entreprise adaptée » (qui emploie 80% de personnel handicapé) tandis que Marseille, Nice et Nîmes sont étiquetées entreprises d’insertion. Les 50 salariés y sont employés pour une durée maximale de 24 mois. La majorité d’entre eux (60%) trouve ensuite un emploi pérenne ou une formation qualifiante. Les autres interrompent leur contrat, bien souvent avant le terme, ne réussissant pas à faire face aux difficultés rencontrées dans leur insertion sur le marché du travail. « Parmi les agents qui passent chez nous, il y a des pépites, des personnes qui n’ont pas grandi dans un univers facile, qui n’ont pas été accompagnées, et qui ont juste besoin qu’on leur tende la main pour s’en sortir », confie Frédéric Ghossoub.

Le cas de Farid El Mouhrad en est un parfait exemple : orienté vers la branche professionnelle après la 3e, sans avoir vraiment trouvé sa vocation faute d’accompagnement familial, il est entré chez Élise Méditerranée en contrat d’insertion comme agent collecteur à 20 ans. « J’y ai appris le respect des horaires et des responsables, d’être carré dans mon travail, de rester professionnel en toute circonstance ». Impliqué et motivé, c’est au sein même de l’entreprise qu’il a été embauché en CDI. Six ans plus tard, sa motivation n’a pas baissé et ses responsabilités se sont décuplées. Le chef d’équipe est aujourd’hui responsable d’exploitation. A.P.

 

Bonus

  • Le groupe Élise compte 35 sites dans toute la France et emploie 460 personnes. 10 200 sociétés font appel à ses services pour la collecte de leurs déchets.
  • D’après une étude de l’ADEME : « Avec 70 à 85 kg consommés par an et par salarié, soit environ trois ramettes par mois, le papier est le premier consommable de bureau : il représente les ¾ du tonnage des déchets produits dans les activités de bureaux ».
  • Les chiffres sur l’industrie papetière en France montrent que la consommation de papier et carton a légèrement augmenté en 2017 comparé à 2016 (+0,5 % pour s’élever à 8,9 millions de tonnes). Si la production a baissé de 2 millions de tonnes depuis l’année 2000, elle reste stable (autour des 8 millions) depuis 10 ans.