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Des accouchements non médicalisés… mais encadrés

Par Nathania Cahen

Journaliste

Les futurs parents désireux de voir naître leur enfant le plus simplement possible, sans médicalisation excessive, sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense. Mais moins de dix structures offrent cette possibilité, dont la Casa de Naissance, à Aubagne. Curieuse, je suis allée voir à quoi cela ressemble.

 

Depuis quatre ans, des femmes de la région, de Marseille en particulier, choisissent d’accoucher à Aubagne où un environnement adapté à une naissance « naturelle » leur est proposé. Contrairement aux autres maisons de naissance de l’hexagone, celle d’Aubagne n’est pas contiguë mais intégrée à l’hôpital Edmond Garcin. Elle s’y est installée en mars 2018, quittant la clinique de la Casamance où elle a vu le jour et d’où elle tire ce nom de « Casa » lors de la fusion des deux établissements.

Odile Tagawa, sage-femme libérale qui exerce à Marseille depuis 1988 est l’une des initiatrices du projet, pilier de cette équipe de professionnelles âgées de 28 à 63 ans, qui assure une permanence nuit et jour. Les huit sages-femmes sont toutes favorables à un accompagnement global de la naissance, initié dès le début de la grossesse et se prolongeant aux premiers mois de vie du nouveau-né. Adeptes des préceptes du pédopsychiatre et psychanalyste britannique Donald Woods Winnicott* qui valorise le soutien de la femme qui devient mère.

 

Pas le moindre appareil médical en vue

Des accouchements non médicalisés… mais encadrés 2La « chambre de naissance » se situe à un couloir seulement du « bloc » et de ses trois salles d’accouchement classiques. Porte mauve, paravent bouton d’or, dans cette pièce à la fois intimiste, chaleureuse et conviviale, pas le moindre appareil médical en vue, même le monitoring (sans fil et immersible) est dissimulé sous une pièce de tissu africain. Sur une estrade plutôt basse (pour y monter et en descendre facilement), un matelas ferme (pour les appuis) et large permet au futur papa de s’étendre auprès de sa compagne pendant le travail et après la naissance. Pas d’étriers, pas d’accoudoirs. Mais des espaliers, un gros ballon, et une grande baignoire, utilisés au gré des douleurs, des besoins. Des accouchements non médicalisés… mais encadrés 3« Le bain, un allié indispensable pour la dilatation. Les espaliers car se suspendre facilite l’ouverture du bassin. Un critère important pour nous est d’offrir une grande liberté de mouvements et de favoriser la richesse des postures », indique Odile Tagawa. La pièce est également équipée d’une bouilloire (pour le thé mais aussi pour des linges chauds et humides pour détendre le périnée), un lecteur de CD, des lampes tamisées… « Autant d’attentions destinées à laisser la part instinctive s’exprimer, à ne pas exciter le cerveau cortical et à créer un climat de confiance ». Et, bien-sûr, une table à langer rabattable en bois, suspendue au mur.

Les couples ont été conviés en amont à participer à un « GR », le grignotage-rencontre mensuel qui réunit toute la tribu des sages-femmes, ainsi que de jeunes parents passés par la Casa de Naissance et invités à raconter l’arrivée de leur enfant. « On ne peut jamais prévoir de date de délivrance, donc pour les futurs parents, c’est rassurant de faire connaissance avec nous toutes, sachant qu’il est rare que celle qui suit la grossesse soit présente le jour J », précise notre guide.

 

La péridurale dans 8 % des cas, contre plus de 80 % en moyenne

Quel impact le choix d’un tel cadre a-t-il sur l’accouchement à proprement parler ? Les chiffres sont éloquents : il est recouru au déclenchement dans 9 % des cas (contre 20 % en moyenne au niveau national) ; à la péridurale dans 8 % des cas (de 80 à 90 %) ; à la césarienne dans 5 % des cas (20 %). La proximité avec le bloc est un facteur rassurant. Si une péridurale est finalement nécessaire, le changement d’unité se fait alors rapidement. « Nous ne sommes pas pour la naissance naturelle à tout prix, insiste Odile Tagawa, la sécurité de la mère et de l’enfant prime avant tout ». Les accouchées rejoignent de toute façon les chambres du service maternité, « où nous leur rendons visite pour évoquer les suites de couche, l’allaitement, les soins du bébé ». Les relations avec les médecins, sages-femmes et auxiliaires de puéricultrice du couloir à côté sont, du reste, excellentes.

Une centaine d’accouchements par an

D’une soixantaine d’accouchements par an, l’équipe est passée à une centaine, pour environ 1 100 à la maternité d’Aubagne. « Une majorité de Marseillaises et d’Aubagnaises. Le bouche à oreille fonctionne et l’intérêt augmente ». Il s’agit souvent de couples de la classe moyenne éduquée, qui ont à cœur de privilégier le processus naturel. Qui, pour des raisons personnelles, peuvent avoir besoin de prendre leurs distances avec l’institution médicale ou recherchent une certaine intimité. Un des fondements de ce succès est l’exceptionnelle cohésion qui soude le groupe et repose, notamment, sur des études de dossier avec l’équipe de la maternité, une analyse de pratiques avec un pédopsychiatre-psychanalyste, des journées de travail entre les sages-femmes de La Casa de Naissance, des rencontres avec les parents (avant et après la naissance). Nommé NUAGE (pour Nouvelle unité d’accompagnement global en équipe), ce concept a suscité l’enthousiasme lorsqu’il a été présenté aux Assises nationales des sages-femmes, qui se sont tenues à Marseille en mai dernier.

Des accouchements non médicalisés… mais encadrés 1L’existence de la Casa de Naissance est liée à un collectif de sages-femmes de Marseille qui, dès les années 2000, a entamé une réflexion sur les moyens d’améliorer l’accompagnement à la naissance dans un premier temps. Puis l’accouchement. Promulguée en décembre 2013, la loi autorisant la création des maisons de naissance va leur permettre de concrétiser leur réflexion et mettre en place cette collaboration. La Casa de Naissance d’Aubagne est la seule structure du genre dans toute la région Sud-PACA. Même si le centre hospitalier de Hyères (Var) s’est doté d’une unité physiologique baptisée « Alternative » qui procède du même esprit.

Il faut au passage rendre hommage à ces sages-femmes dont la conviction et le dévouement sont des moteurs. Les honoraires pratiqués sont en effet discutables (et discutés !) puisque le barème est le même, quelle que soit la longueur et la complexité de l’accouchement (dont la durée moyenne est de 10 heures, auxquelles en ajouter 6 pour les choix et tâches suivant la naissance). Un rapport de la Cour des comptes de 2011 recommandait du reste une réévaluation de la grille tarifaire. Un premier pas dans ce sens devrait être effectué en 2019. N.C.

 

Bonus

  • Aujourd’hui, 2% des accouchement en France ont lieu à la maison
  • Des infos sur la pensée de Donald Woods Winnicott dans Psychologies
  • Les « maisons de naissance » sont des structures autonomes qui, sous la responsabilité exclusive de sages-femmes, accueillent les femmes enceintes dans une approche personnalisée du suivi de grossesse jusqu’à leur accouchement, dès lors que celles-ci sont désireuses d’avoir un accouchement physiologique, moins médicalisée et qu’elles ne présentent aucun facteur de risque connu. Elles sont autorisées à fonctionner à titre expérimental pour une durée de 5 ans. En France il en existe 9 à ce jour : Paris, Vitry-sur-Seine, Castres, Grenoble, Baie-Mahault, Saint-Paul, Bourgoin-Jallieu, Sélestat et Nancy.