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btvg #5 Stéphane Amato, en guerre contre les préjugés sur le handicap

 

Le 29 octobre, Stéphane Amato, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Toulon a été élevé au grade de chevalier de l’Ordre national du Mérite. Atteint depuis la naissance d’un syndrome de Little, ce chercheur multi-diplômé combat les stéréotypes plaqués sur les handicapés, dans une société pensée par les valides pour les valides. Qui ne permet pas encore aux invalides de penser pour les invalides.

 

C’est une personne qui l’admire beaucoup qui nous a parlé de lui et d’un parcours tout sauf anodin ou facile. Membre du comité Eurêka de Marcelle et agrégé de philosophie, Marc Rosmini, avait très à cœur de voir relayé sur notre site l’hommage à son ami. Nous l’avons donc contacté. Le timbre de Stéphane Amato est assuré. Aucune allusion au handicap. Le propos direct, pertinent et prenant. Dans l’actualité aussi puisque, cette semaine, ce chercheur en « Sciences de l’information et de la communication » au sein du laboratoire de l’Institut btvg #5 Stéphane Amato, en guerre contre les préjugés sur le handicap 1Méditerranéen des Sciences de l’Information et de la Communication (IMSIC) va écrire une lettre circonstanciée à Sophie Cluzel, la Secrétaire d’État en charge des Personnes handicapées. Son objet ? Il renvoie à l’engagement et aux travaux que mène cet enseignant sur les représentations médiatiques des personnes en situation de handicap. Il interroge sur l’action et la communication gouvernementale à propos d’une opération majeure, le Duoday.

 

« Le Duoday alimente les stéréotypes »

Cité comme une référence dans le monde des valides, un exemple à démultiplier, le Duoday, est relayé et tagué sur tous les réseaux sociaux, mais perçu par les premiers concernés comme une variation de #jadopteunhandicape. « Au lieu de casser les stéréotypes, le Duoday les alimente, estime Stéphane Amato. Car ce one shot médiatique renvoie aux images plaquées sur les personnes en situation de handicap, notamment celle du super héros ». Les autres représentations étant schématiquement la victime ou la personne aigrie. Or, cette mise en scène, cette exposition ostentatoire de personnes handicapées aux parcours exceptionnels, que ce soit sur le plan professionnel, intellectuel ou sportif, est la marque pour notre société d’un signe distinctif. « Nul ne peut être tenu pour responsable des capacités ou incapacités dont le hasard l’a doté. Le handicapé est d’abord une personne avec sa vie, son parcours et, oui, son handicap. Mais il ne faut pas la définir sur ce critère ». Et le spécialiste en communication d’estimer que si on veut faire avancer les mentalités, les messages doivent être mieux construits. Les intentions sont évidemment bonnes mais « l’enfer est pavé de bonnes intentions… et oui sur ce pavage il y a, entre-autre, des fauteuils roulants qui circulent ». Stéphane Amato propose de faire des études de « réception » auprès des populations concernées qui sont, soit dit en passant, nombreuses, puisque la loi dite de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées  considère un large spectre de personnes comme, par exemple, les personnes diabétiques, amputées, malentendantes, bipolaires, et bien-sûr les personnes à mobilité réduite (PMR) Recueillir la manière dont ces dernières perçoivent et décodent les mesures instituées en leur faveur.

Pourquoi des valides pensent-ils pour les invalides ?

« On vit dans un monde pensé par des valides pour des valides. Et, pire, ce qui est entrepris pour les personnes en situation de handicap a été pensé par des personnes valides, ce qui pose quand même question ! » Stéphane Amato ne précise jamais qu’il est lui-même handicapé. Mais quand il mène une étude, elle est effectuée sur le terrain, avec des personnes qu’il rencontre, qu’il interroge et qui lui parlent parce qu’il connait la problématique pour la vivre, d’où une mise en confiance rapide. « Ma volonté, c’est de comprendre des phénomènes sociaux complexes et là où ça devient prétentieux, c’est que je veux pouvoir agir dessus ». D’où ces trois masters en sciences de gestion, en psychologie et en sciences de l’information et de la communication. Un cursus scolaire impressionnant, peut-être, mais complémentaire. Une approche interdisciplinaire et un regard pluriel, mis au service des causes que ce battant embrasse. Une chose est sûre, le docteur et maître de conférences Amato ne pourra être taxé de « validisme », l’injure suprême dans le milieu du handicap. @

 

 

  • Le principe du DUODAY est simple : il consiste à organiser des tandems sur un jour, avec une personne en situation de handicap en stage et un salarié titulaire du poste. Cette journée implique une participation active aux tâches habituelles du travailleur de l’entreprise, voire lorsque cela n’est pas possible, la réalisation d’une observation de son travail. Ce dispositif né en Irlande, puis lancé en Belgique et arrivé en 2016 dans le Lot-et-Garonne. Lors de cette première édition, 80 duos avaient été constitués au sein de 28 entreprises ou collectivités. Après évaluation du dispositif, 9 salariés sur 10 avaient changé de regard sur les compétences des personnes en situation de handicap. En 2018, l’opération s’est déployée sur l’ensemble du territoire, avec quelques 4 000 tandems recensés. Le 16 mai 2019, le DuoDay changera de dimension pour s’étendre « le même jour » à l’ensemble des pays de l’Union européenne.