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Sport sur ordonnance

Par Marie Le Marois

Journaliste

On sait le sport bon pour la santé, on connaît moins ses bienfaits sur les maladies chroniques. C’est désormais un fait avéré avec l’entrée en vigueur du décret « Sport sur Ordonnance » : l’activité physique est officiellement reconnue depuis mars 2017 comme bénéfique dans la plupart des ALD (affections de longue durée). Cela concerne 10 à 11 millions de Français atteints de diabète, de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, de sclérose en plaques ou de cancer. Cette mesure permet aux médecins généralistes de prescrire de l’activité physique, comme n’importe quel médicament. Le guide des prescriptions publié par la Haute Autorité de Santé en septembre lui apporte encore plus de poids.

Décryptage avec le Dr Stéphanie Ranque-Garnier, médecin au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, à l’Hôpital de la Timone (CETD). Formée en médecine du sport, elle travaille depuis 2011 sur l’activité physique comme traitement non médicamenteux de la maladie pour diverses pathologies.

 

Avant, les patients atteints d’un cancer devaient se reposer. Désormais, c’est le contraire : on les pousse à pratiquer une activité physique adaptée. Pourquoi ?

« Une activité adaptée et régulière est efficace pour les maladies chroniques car elle agit à plusieurs niveaux grâce à la contraction – donc sécrétion – musculaire : elle est un antidote à la fatigue, la déprime, aux troubles du sommeil et à la douleur. Tous les effets secondaires dont souffre le patient. Elle prépare en plus l’organisme aux traitements (chimiothérapie, radiothérapie dans le cadre du cancer, par exemple…), limite les complications post-opératoires, atténue la toxicité des traitements, augmente le taux de survie (jusqu’à 40% pour cancer du colon, sein et prostate) et réduit les récidives (jusqu’à 50% pour la prostate) ».

 

Quelles activités préconisez-vous ?L’activité physique : un bon remède contre la maladie

« Peu importe lesquelles à partir du moment où elles répondent aux conditions physiques, besoins physiologiques du patient, de sa maladie et aux règles de bonnes pratiques (intensité, hydratation, échauffement, étirement…) Respecter ses goûts est essentiel pour que la pratique devienne une habitude de vie. S’il n’aime pas le sport, il peut sortir avec son chien, prendre les escaliers plutôt que les escalators ou danser sur une playlist sur-mesure à la maison ! Pour une efficacité maximale, les séances doivent durer 30 minutes, idéalement tous les jours. Avec une montée en intensité dans le cas du cancer, des séances fractionnées dans le cas des douleurs chroniques, pour améliorer les symptômes et non les exacerber. Pour cela, il est nécessaire de calculer son TMS (Temps Maximal Symptomatique) et se limiter à 50% de celui-ci : exemple 20 minutes de marche lorsque 40 minutes augmentent les symptômes (TMS) en faisant des pauses entre deux. Tout est une question de bon dosage. Il faut en faire ni trop ni trop peu ».

 

Quelle est la réaction des patients face à cette ordonnance sportive ?

« Très positive, si la consultation l’a correctement amenée. Cela fait sourire certains lorsqu’ils lisent une prescription personnalisée qui contient parfois leur chien comme compagnon de marche et/ou leur chat comme coach de stretching. La question classique – « Est-ce remboursé par la sécu ? » – est d’emblée balayée : la note issue de la circulaire ministérielle en bas de l’ordonnance stipulant que non. Et finalement, ce n’est pas un problème car la prescription vise l’autonomie à terme de la pratique quotidienne, sans encadrement. Plus qu’un traitement, c’est un besoin physiologique qu’on prescrit. L’activité physique doit devenir une habitude de vie. Elle aussi importante que boire, manger, dormir ».

 

Vous avez cocréé ‘’Plus Sport La vie’’, premier programme d’activité physique en groupe, à l’hôpital et à l’extérieur. Et également « Sport en chambre », de quoi s’agit il? 

« Ce que fait un astronaute dans sa capsule spatiale : lutter contre les effets physiques (et psychiques) du confinement en pratiquant de l’activité physique debout, avec ou sans appui, assis ou couché, au mieux qu’il le peut. Il s’agit de lutter contre les symptômes engendrés par l’alitement et le déconditionnement (NDLR : diminution des capacités fonctionnelles de l’organisme), produisant chez les patients hospitalisés des symptômes similaires quelles que soient les causes d’hospitalisation (sommeil, humeur, transit, système musculaire, cardio vasculaire, douleurs). Il faut écouter et suivre le besoin physiologique d’une dose minimum de 30 min de contractions musculaires par jour, avec si possible une mobilisation toutes les heures ».

 

Concrètement ?

« Dans les premiers services où cette prescription est mise en pratique à Marseille, il s’agit d’utiliser par exemple un vélo d’appartement et de pratiquer d’autres exercices physiques encadrés, pour des patients reclus plusieurs semaines dans une chambre isolée en hématologie (en attente d’une greffe de moelle par exemple). Ou encore des patients en pré-habilitation (NDLR : préparation de l’organisme avant intervention) et/ou réhabilitation précoce (NDLR : récupération après intervention) ».

 

Pourquoi avoir choisi la fibromyalgie comme support d’étude ?

« Cette maladie méconnue touche 4 à 8 % de la population et majoritairement des femmes. La file active Le nombre de patients souffrant de cette pathologie et ayant consulté au moins une fois au Centre d’Evaluation et de L’activité physique : un bon remède contre la maladie 1Traitement de la Douleur de patients est important, aux alentours d’un millier. Il y a des critères diagnostics reconnus mais cette affection est encore mal comprise et mal perçue par l’ensemble de la population, les instances dirigeantes et les soignants ».

 

Quels sont les bienfaits du reconditionnement physique sur la fibromyalgie ?

« Une amélioration de la qualité de vie qui passe par l’amélioration des fonctions physiques, une réduction des symptômes (fatigue, humeur quasi immédiatement en post séance, sommeil la nuit qui suit), et de manière plus retardée de la dépression, de la douleur. Avec comme corollaire une réduction de la consommation médicamenteuse, du recours au système de soin, voire une reprise d’activité professionnelle. Bien entendu à condition que cette activité physique soit adaptée, régulière et en suivant des règles de bonne pratique. Nous avons formé une cinquantaine d’éducateurs, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychomotriciens à Marseille et autour, pour assurer et pérenniser des propositions appropriées sans frein économique ».

 

En quoi consiste votre programme de recherche ‘’Fibromyactiv’’ ?

« Chaque année, 20 patients atteints de fibromyalgie bénéficient pendant six mois au CETD, avec Sport-Thérapie, d’un reconditionnement physique trois fois par semaine : séances d’aquagym et à sec (équithérapie, danse, capoeira, Qi Gong, yoga, Pilates, boxe, ping-pong, marche nordique, sports collectifs…). Cette recherche-action entend démontrer les bienfaits de l’activité physique sur cette pathologie mais surtout en mesurer les causes d’amélioration. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de voir l’état des patients s’améliorer et de comprendre les mécanismes sous-jacents de cette amélioration ».

 

Cette recherche innovante a été récompensée en juin 2017 par le prix Fondation de l’Avenir/La Casden.  Qu’est ce que cela a changé pour vous ? Quelles avancées depuis ?

L’activité physique : un bon remède contre la maladie 3« Tout le monde – soignants, soignés, sportifs – est très enthousiaste autour de ce programme débuté il y a 4 ans. Nous avons pu donc le poursuivre et y intégrer de l’imagerie cérébrale fonctionnelle. Ce qui rend cette étude encore plus innovante et riche en informations. Nous pouvons d’ores et déjà observer des anomalies de fonctionnement cérébral sur les premières analyses mais il faut attendre la fin des inclusions (NDLR : introduction de patients dans le programme de recherche) avant de pouvoir en tirer des conclusions statistiquement significatives. Notamment le lien supposé entre les améliorations des symptômes des patients et les marqueurs biologiques, et l’amélioration de fonctionnement cérébral. Rendez-vous à la fin de la recherche, dans un an et demi ».

 

Bonus

  • La prescription de l’activité physique, adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical des patients ALD, peut être dispensée par les professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens), les enseignants en activité physique adaptée ou les éducateurs sportifs.

 

  • Plusieurs programmes pour les personnes touchées par un cancer avec des animateurs diplômés en DU Sport & Cancer dans le département. Séances gratuites, Aix, Arles, Salon de Provence, Gardanne, Marseille… Tél. : 04 91 38 96 42.

 

  • Témoignage d’une patiente ‘’Sport sur Ordonnance’’, Astrid, 60 ans, atteinte d’une sarcoïdose ganglionnaire, maladie inflammatoire due à un trouble du système immunitaire

« À cause de ma maladie, je suis épuisée et j’ai du mal à respirer. Pour limiter ma fatigue et mon stress, éviter que ma maladie ne s’aggrave, mon médecin, avec l’accord de mon cardiologue, me prescrit deux séances par semaine d’exercices cardio chez ma kiné. Depuis un an, je fais 20 minutes de marcheur et 20 minutes d’elliptique, le but étant vraiment de booster mon cœur. Bien sûr tout ça sous l’œil attentif de ma kiné ».