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Le FRAC, « au service des artistes »

 
@Gilles Desplanques. L'île de béton.

Par Olivier Martocq

 

Le MUCEM a accueilli l’an dernier 1,2 million de visiteurs contre 30 000 pour le Fonds régional d’art contemporain. C’est juste oublier que le FRAC n’est pas un musée mais un couteau suisse au service des artistes vivants. Et que l’art contemporain n’est pas la tasse de thé du grand public.

 

On connaît mal les FRAC. Parmi les idées reçues : ils disposeraient de budgets illimités via le 1% artistique prélevé sur les coûts des constructions publiques. Et ils apporteraient un soutien financier à certains artistes contemporains en achetant des œuvres souvent hors de prix et en toute opacité. Sans parler des notions d’« artiste » et d’« œuvre d’art », éminemment subjectives, souvent ramenées à du « grand n’importe quoi » pour leur détracteurs ! Pascal Neveux, le directeur du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur est bien conscient de ce Le FRAC, « au service des artistes » 1problème de notoriété et des incompréhensions qui en découlent. Il dispose d’un budget annuel de 2,5 millions d’euros qui comprend les salaires d’une équipe de 30 personnes et la gestion d’un lieu d’exposition de 6 000 m². Le budget pour les achats s’élève à 234 000€ chaque année. « C’est à la fois peu en valeur absolue mais pas mal quand on sait que les artistes sont prêts à faire des efforts pour être intégrés dans les collections des FRAC, car elles sont renommées et cela joue immédiatement sur leur reconnaissance auprès de publics avertis ». Le prix moyen d’acquisition des œuvres se situe entre 2 500 et 5 000€. Loin des prix atteints par les œuvres présentées à la FIAC en 2018 : 30 000€ en moyenne. À des années lumières des sommes investies par des fondations comme celles de François Pinault ou Bernard Arnault, ou des prix fous atteints en 2013 pour un bouquet de ballons de Jeff Koons vendu aux enchères 58 millions de dollars. Le record d’une œuvre pour un artiste vivant. Quant au processus d’achat, il est très encadré. Un comité technique composé de membres venus d’horizons différents se réunit durant trois jours pour départager 250 propositions d’achat d’œuvres mais aussi d’engagement sur des projets. Au final, 30 sont retenues et proposées au conseil d’administration qui valide, ou pas, les acquisitions par vote.

 

Une plateforme ressource

« Le travail de veille et de rencontre est devenu notre première mission aujourd’hui », explique Pascal Neveux. Comme les artistes ne disposent pas d’un statut reconnu, qu’il y a huit écoles d’art sur la région mais aussi des centaines d’autodidactes, les FRAC ont mis en place des outils pour tenter de repérer les nouvelles tendances et ceux qui les animent. Principale source de contact, une plateforme Internet où transitent chaque semaine des dizaines de propositions et d’échanges. S’ensuivent des rencontres, des visites d’ateliers. « L’acquisition n’est pas notre seule mission d’accompagnement. Nous aidons à monter des dossiers de subventions, à trouver des résidences ou ateliers d’artistes, des lieux d’exposition, des moyens pour l’édition. Nous avons des accès à la formation, des spécialistes des droits d’auteurs ou assimilés ». Une évolution parfaitement assumée par le directeur du FRAC qui reconnaît la difficulté pour le grand public de percevoir les incidences profondes des technologies sur l’art. « Nous sommes au croisement des pratiques artistiques. La peinture et la sculpture sont des moyens d’expression parmi d’autres. Aujourd’hui, les propositions ne sont plus cloisonnées à un seul domaine d’activité ».

 

Un parmi 600 artistes référencés

Le FRAC, « au service des artistes » 2
@Gilles Desplanques. L’île de béton

Gilles Desplanques, architecte de formation vit à Marseille. Le FRAC lui a acheté l’an dernier un film de 9 minutes et 20 secondes, « L’île de béton », librement adapté de la nouvelle de JG Ballard. Une série de performances où l’auteur se met en scène, apparaissant comme une figure loufoque. Un naufragé moderne perdu au milieu d’un urbanisme en cours de destruction. Le spectateur est saisi car il reconnaît les lieux : les boues rouges d’Altéo et le Stadium de Vitrolles. « Des zones polluées, abandonnées, squattées, où l’urbanisme se déconstruit. Ce qui m’intéresse, c’est le courant contextuel. Créer un univers dans un espace conçu à l’origine pour une fonction bien précise mais aujourd’hui oubliée ». Gilles Desplanques est conscient qu’il est difficile de vivre de sa démarche artistique : « Mes œuvres ne s’accrochent pas au murs ». Le FRAC lui a permis d’en préciser le contour juridique et financier. « Le support ne compte pas, je livre les vidéos sur CD, Blue Ray et même en format numérique sur une simple clé USB. En revanche elles sont limitées à 5 copies numérotées ».

La première a été acquise pour 2 500€. « Soit un euro de l’heure si on prend en compte le temps passé à l’écriture du scénario, aux repérages, puis au tournage. Mais le plus important c’est la reconnaissance de ma démarche ». Gilles Desplanques a profité des contacts du FRAC pour suivre une formation dans l’écriture de scénarios. Il va exposer à l’espace Montévidéo à Marseille (vernissage le 27 février 2019), un travail différent autour de l’architecture des corps, restitué sous forme de dessins. Une installation lui permet de s’emparer du Modulor (mesure inventée par Le Corbusier en 1945 à partir d’une taille humaine standard d’1,83 mètre, qui se fonde sur l’observation de l’architecture traditionnelle européenne et l’utilisation des proportions de cette unité pour élaborer l’harmonie d’une architecture) et y applique son propre standard architectural, le « Sotomayor power », issu de deux records des JO de 1993 : 2,45 mètres en hauteur et 8,95 mètres en longueur. Si l’architecture du 21e siècle subit une révolution dans l’appréhension des volumes, c’est au FRAC qu’elle le devra. O.M.

 

 

Bonus : le FRAC pour les nuls !

 

  • Un FRAC, c’est quoi ? (Extrait communiqué officiel)

Un Fonds régional d’art contemporain est une institution qui a pour mission de réunir des collections publiques d’art contemporain, de les diffuser auprès de nouveaux publics et d’inventer des formes de sensibilisation à la création actuelle. Créés en 1982 sur la base d’un partenariat État-régions, les FRAC assurent depuis plus de trente ans leur mission de soutien aux artistes contemporains.

 

  • Le FRAC PACA pratique

Adresse : 20, bd de Dunkerque, Marseille 2e. Tél. : 04 91 91 27 55. Horaires d’hiver : du mardi au samedi de 11h à 18h et dimanche de 14h à 18h (entrée gratuite). Un vendredi par mois : nocturne gratuite de 18h à 21h (entrée gratuite).
Plein tarif : 5 €. Avec un billet plein tarif daté de moins de 7 jours, tarif réduit pour les structures des pôles culturels J4-Joliette et J5/archiculturel.

 

  • Le FRAC PACA en chiffres.

Le FRAC, « au service des artistes » 3Un lieu d’exposition de 6 000m² implanté au cœur d’un îlot urbain à la Joliette. Un acte architectural fort de l’architecte japonais Kengo Kuma inauguré en 2013. Une collection de 1 500 œuvres et 600 artistes référencés, parmi lesquels 40% d’étrangers. Un partenariat avec des dizaines de lieux d’exposition sur la région, principalement dans les zones peu urbanisées, pour faire connaître l’art contemporain. Environ 1 000 œuvres sont prêtées chaque année.

 

  • Projet culturel 2018-2021

Une labellisation des FRAC est en cours. Le fonds PACA, à travers « La Fabrique du récit », entend mettre en avant l’émergence et les tentatives, artistiques comme intellectuelles, de penser « ce

qui advient » aujourd’hui dans notre société. Il s’agit de rapporter et raconter l’imbrication étroite qui existe entre création et société, d’éclairer les mutations esthétiques, culturelles, sociétales en cours. L’art visuel hybride et pluridisciplinaire remplace l’art plastique.

 

  • 3 expositions pour un anniversaire (14 décembre-24 février)

Plateau 1 : le « musée » du FRAC PACA a 5 ans. Il est temps de le faire connaître via une histoire de la collection, avec des œuvres de Gilles Aillaud, Pierre Alechinsky, Eduardo Arroyo, Georges Autard, Martin Barré, Jean-Pierre Bertrand, Vincent Bioulès, Jean-Charles Blais, Richard Deacon…

Plateau expérimental : l’exposition « Bon Vent » de Rodolphe Huguet s’inscrit dans le cadre des résidences croisées et illustre l’évolution des thématiques abordées.

Plateau 2 : Installation d’une œuvre de Maya Dunietz, qui allie visuel et sonore.