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Précieux et anticancéreux, le corail !

Par Nathania Cahen, le 8 janvier 2019

Journaliste

Photo Marcelo Kato - Pixabay

Un médicament bio, à base de molécules naturelles issues du corail, est en cours d’élaboration dans un petit laboratoire de Luminy. Incursion dans l’univers fascinant et prometteur de la start-up Coral Biome.

 

Au commencement, Frédéric Gault caressait juste le projet de monter une ferme de corail. Il pense alors consacrer ses élevages à deux causes. Proposer ses coraux aux collectionneurs et aquariophiles, afin de préserver la biodiversité des récifs et limiter les prélèvements sauvages. Et subvenir aux besoins des laboratoires de biotechnologie et cosmétologie, qui les utilisent dans certains composés. Finalement, la start-up créée va conduire ses propres programmes de recherche et développement sur les molécules des coraux, dont les qualités contre le cancer, l’infection et l’inflammation sont avérées. De précieux trésors pour la santé de demain avec des traitements, non plus chimiques, mais 100% naturels.

 

Les prodigieuses qualités du corail

Précieux et anticancéreux, le corail ! 2Le dirigeant et cofondateur de Coral Biome est intarissable au sujet du corail. Cet être hybride, à la fois animal, végétal et minéral, le subjugue et fait déjà l’objet de son mémoire de fin d’études au Cnam-Intechmer, en 2005. « Ce monde fascinant est là depuis des centaines de milliers d’années, a survécu et s’est adapté à toutes les crises majeures de l’évolution. Il a su se diversifier, proliférer, faire preuve de résilience… C’est très beau et esthétique un récif coralien, mais c’est aussi un monde guerrier et hostile, armé pour lutter contre de potentiels prédateurs, conserver son espace. » Mais l’espèce est menacée par des braconniers en tous genres, d’où l’idée d’une ferme d’élevage où cultiver diverses espèces de coraux et alimenter ainsi le commerce, sans nuire à la biosphère. Le moyen de participer à la préservation de la biodiversité et d’un microcosme fragile et précieux, dont dépend l’existence de quelque 500 millions d’êtres humains (de la Floride à l’Indonésie en passant par la Réunion).

 

Des vertus thérapeutiques pour 40% des molécules du corail

À priori, ni sa passion, le corail, ni son cursus d’ingénieur ne prédestinaient Frédéric Gault à rejoindre la recherche contre le cancer. Diplôme en poche, il travaille d’abord au rayon aquariums d’une grande enseigne, tout en mûrissant son projet d’élevage. Il croise alors un ancien professeur de biologie de la faculté Saint-Charles, Yvan Perez. De cette rencontre jaillit l’étincelle : adosser la ferme de coraux à un programme de recherche.

Nombre de publications médicales attestent déjà du lien entre les deux, notamment en matière de cancer, mais s’intéressent davantage à la dimension chimique que biologique. Il est ainsi établi que les coraux ont su élaborer de nombreuses défenses, correspondant à un potentiel d’innovations précieux pour la santé humaine. « 40% des molécules des coraux possèdent des propriétés antivirales, antimicrobiennes ou anti-inflammatoires. Il y a tout dans la nature ! », glisse Frédéric Gault. On est en 2009 et le principe d’un laboratoire pilote de culture des coraux, fonctionnant sur fonds propres, est posé. Au bout d’un an et demi, les résultats obtenus sont des plus encourageants, pour la croissance des espèces cultivées par bouturage, mais surtout pour la validation des hypothèses médicales, à partir de l’extraction de composés précis. « Confortés, nous soumettons au Technopôle Grand Luminy notre projet de société avec son modèle hybride : la vente en ligne de coraux pour autofinancer en partie le volet recherche », se rappelle Frédéric Gault.

 

Plus la moindre trace de cancer

Précieux et anticancéreux, le corail ! 3Un an plus tard, l’équipe intègre cette pépinière dédiée aux start-ups de la biotech. Les recherches se focalisent rapidement sur le « candidat médicament » (composé ayant un fort potentiel thérapeutique) CBM 27 dont les résultats in vitro sont impressionnants, notamment sur les cancers qui touchent les 15 organes principaux, dont la peau, le poumon ou le pancréas. Démarrés en 2016, les tests in vivo suivent toujours leur cours, en collaboration avec une équipe d’oncologues marseillais. Leur étude commune porte sur un cancer du cerveau très agressif, réputé incurable : le glioblastome. Les essais sur l’animal ont donné des résultats sidérants puisqu’après un traitement de deux mois à raison de deux injections hebdomadaires, il ne subsiste plus la moindre trace de cancer. Sans qu’aucune anomalie de comportement n’ait été détectée. « Aucun médicament connu à ce jour n’a donné de tels résultats », se réjouit Frédéric Gault.

Prochaine étape ? Les essais pré-cliniques puis cliniques, sur l’humain. La formulation, la typologie (en poudre, en cachets ?), le prix du médicament. Pour espérer une mise sur le marché en 2022. Dans le meilleur des cas. En matière de recherche, la patience est en effet une qualité indispensable.

 

Collecte de fonds et vallée de la mort

Faire de la recherche en France est extrêmement frustrant, regrette Frédéric Gault : « L’environnement est porteur avec beaucoup de projets d’excellence, mais nous connaissons tous d’énormes difficultés pour lever des Précieux et anticancéreux, le corail ! 4fonds. Dans d’autres pays, au Royaume-Uni ou aux États-Unis par exemple, la culture du risque est différente et les levées sont plus accessibles ». De fait, Coral Biome recherche en permanence des investisseurs. « Là, nous nous situons dans la vallée de la mort, ironise Sandrine Sancourtes, la directrice scientifique de Coral Biome. C’est le moment crucial entre l’amorçage et les essais cliniques, où trouver des investisseurs culottés est une gageüre. La start-up nation n’est pas vraiment un modèle reposant… » Pour autant, d’une année sur l’autre, il faut trouver de nouveaux moyens de financer le programme et ses besoins. « Nous étudions toutes les pistes, note Frédéric Gault, notamment les appels à projets européens et les fonds d’investissement. La suite va coûter très cher, il nous faut lever 5,3 millions d’euros pour les trois prochaines années ». Et de miser évidemment sur First, le futur fond d’investissement régional dédié aux start-ups de la biotech. « La levée de fonds est essentielle, d’elle dépend l’augmentation de notre capacité de production, et notre réactivité face aux exigences pharmaceutiques. »

 

Une équipe soudée autour d’un rêve commun

L’extension du domaine de la recherche passera également par des locaux plus grands et une équipe pluridisciplinaire élargie. Cette dernière compte à ce jour cinq salariés, des ingénieurs, un docteur en sciences, un autre en pharmacie. « Avec des valeurs communes de respect, de bienveillance et un même rêve, glisse Carole Valenti, docteur en pharmacie et directrice du développement. Nous savons bien que nous sommes trop petits, que ce n’est pas nous qui apporterons le traitement sur le marché. Mais nous aurons apporté notre pierre à l’édifice ! »

 

 

Bonus

  • Les travaux des sept dernières années ont été rendus possibles par différentes rentrées financières, outre la vente de coraux : des subventions, des prêts, un prix Créatreize, des aides de la région PACA et de la BPI… Fin 2016, 620 000 euros ont ainsi pu être levés, dont la moitié via une campagne de crowdfunding sur la plateforme Anaxago (dont les start-ups est un fer de lance). Complétés l’année suivante par deux prêts de 75 000 euros (de la Région et de la BNP) et un Crédit d’impôt recherche.

 

  • Le commerce des coraux est contraignant et répond à des quotas. Le principe appliqué par Coral Biome est celui du « Wysiwyg » (What you see is what you get) : c’est l’animal qui figure sur la photo, et pas un autre, qui est envoyé à l’acheteur. Selon l’espèce et la rareté, le corail peut coûter de 15 à 500 euros. Environ 120 espèces sont cultivées dans le petit labo de Luminy.

 

  • À propos du projet FIRST : premier fonds du genre en France, il sera doté de capitaux publics et privés dont le total pourrait atteindre ou dépasser les 100 millions d’euros. Il aura pour mission de contribuer au développement de la filière santé, en complémentarité avec les structures d’accompagnement performantes déjà en place, en assurant aux projets les plus porteurs de la Région un financement de long terme. De nombreux projets innovants en région dans différent domaines du secteur des sciences de la vie (biotech, medtech, santé numérique, silver économie, cosmétique…) pourraient bénéficier de ce fonds. À l’origine de ce projet, le Pr. Olivier Blin, qui dirige l’institut de neurosciences Dhune.

 

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