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La Cité de l’agriculture, petits actes pour grands changements

Par Nathania Cahen

Journaliste

Certains parmi vous découvriront cet espace atypique ce soir, à l’occasion de notre Saint-Marcel.le. Les autres pourront y faire un tour à l’occasion d’un événement ou pour un déjeuner bio et constructif. Présentation en bonne et due forme de cette association et de son lieu avec Marion Schnorf, 30 ans, qui en est à l’origine. Petite balade sur les terres (et entre les murs) de la transition agro-écologique…

Pourquoi une « Cité de l’agriculture » ?

Au tout départ, c’était une idée juste sur le papier, un objet de réflexion et de discussion autour d’un thème qui m’est cher. Le mot cité suggère le mythe. Il s’agissait d’un projet utopique pour me permettre de rencontrer du monde et me tricoter un réseau à Marseille. Mais nous avons réalisé que notre projet signifiait un manque puisqu’il a interpellé. Il s’est alors étoffé, a pris forme, pour devenir réalité en 2015.

Quel en est le concept ?

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Réunir en un même endroit production, expérimentation, consommation, formation, valorisation des biodéchets. Disposer d’un levier à même de faire bouger des lignes et contrer la morosité ambiante. On veut être décalés, traiter de sujets sérieux sans être anxiogènes, de manière plus légère, originale. Nous espérons apporter notre pierre à une société plus sobre, plus saine et plus juste. Rapprocher les citadins des producteurs à travers les dimensions santé, plaisir ou lien. Mais aussi lutter contre la précarité alimentaire.

Nous sommes aujourd’hui présents dans les 1er et 15e arrondissements de Marseille. Nous, c’est cinq salariés, deux stagiaires, un service civique et La Cité de l’agriculture, petits actes pour grands changements 2plusieurs bénévoles. Concernant le pôle production, nous avons travaillé pendant un an et demi avec une micro-ferme pilote à Tarascon : 1 500m² où nous avons comparé différents substrats écologiques, comme la laine de mouton, pour faire pousser plein de variétés de légumes. L’objectif est d’être dans le concret quand on parle d’agriculture sur de toutes petites surfaces : combien de fruits et légumes produits ? Qu’est-ce qui fonctionne, ne fonctionne pas ? Est-ce qu’on peut produire assez pour un restaurant ? Cela a été un grand test. Nous changeons aujourd’hui de dimension et la transférons sur un terrain que la ville de Marseille met à notre disposition pour 5 ans ; 8 500m² pleine terre, non loin du MIN des Arnavaux.  Tout reste à imaginer et nous incluons dans la réflexion des associations, des pépinières solidaires, les habitants du quartier… Par curiosité nous avons fait le test du slip : enterrer des culottes en coton blanc pendant trois mois. Quand on les déterre, s’il ne reste que l’élastique, c’est super, une terre très organique. Si la pièce de tissu est intacte ou presque, c’est mauvais signe… Résultats positifs !

Que trouve-t-on au local du boulevard National ?

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Nous y avons ouvert notre restaurant, ouvert le midi, en rodage depuis novembre. Au-delà de nos menus, nous voulons démontrer que manger est un acte politique qui touche de nombreux métiers. Derrière le poulet par exemple, il y a l’éleveur, le producteur de grains, le transport, l’abattoir, la logistique, la distribution. Tout ceci a un impact sur le coût final, sur l’environnement, et sur la santé ! C’est pourquoi nous souhaitons amener le consommateur à porter son regard sur l’amont et faire ses choix en conscience. Nous voulons aussi démontrer qu’il est possible de bien manger, même si ce n’est pas très cher et même s’il n’y a pas beaucoup de viande. Bref, faire de nos convives des acteurs !

Et puisque l’on parle d’acteurs, nous portons aussi un projet qui s’intitule « courts-métrages et cuisine » : nous identifions des personnes isolées que nous assortissons avec un jeune d’un centre social pour qu’ils cuisinent ensemble. Dix court-métrages sont programmés sur dix mois ; la première session aura lieu le 9 février. Nous veillons à ce que la recette et ses ingrédients soient de saison et faisons les courses avec eux (pour l’éthique des choix). Puis une caméra les suit en cuisine. Dix petits films sont prévus, qui pourront être visionnés sur Internet ou à l’occasion de soirées projection. Deux fondations nous soutiennent pour ce projet, AG2R La Mondiale, ainsi qu’Ivory.

La grande bibliothèque qui borde les tables se remplit doucement. Quelle est sa vocation ?

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C’est notre centre de ressources. Il va bientôt être beaucoup plus fourni puisque nous venons d’obtenir un financement d’AG2R, encore, pour créer et alimenter le premier fonds documentaire de Marseille dédié aux problématiques de l’agriculture alimentaire, l’écologie, la santé, la nature en ville… Nous avons commandé 700 ouvrages qui seront en accès libre, que chacun pourra consulter.

Nous organisons par ailleurs des conférences, des colloques, parfois hors les murs quand beaucoup de monde est attendu. Ce sera le cas en mai avec « Les 48 heures de l’agriculture ». La formation est aussi présente tous les premiers dimanches du mois avec « Un dimanche aux Aygalades ». Sur le marché des producteurs des quartiers Nord, nous proposons des animations, des ateliers pour les enfants, des balades commentées en lien avec le Bureau des Guides et la Cité des arts de la rue.

Nous cherchons aussi à fédérer les structures qui émergent autour de l’agriculture urbaine, à mettre en tous les acteurs du territoire : plus de 650 structures s’intéressent aux thématiques liées à l’agriculture et à l’alimentation sur la métropole marseillaise. Nous servons ainsi la salade mizuna cultivée et produite par Le Talus….

Pourquoi l’agriculture et pourquoi Marseille ?

La Cité de l’agriculture, petits actes pour grands changements 5L’agriculture doit être dans mes gênes, même si je l’ai longtemps refoulé. Ma famille est issue de ce milieu, avec des grands-parents éleveurs de bovins dans le Béarn et cultivateurs dans le nord des Bouches-du-Rhône. Ma mère ensuite s’est impliquée dans la culture de l’olive. Quand j’étais petite, je n’assumais pas et à côté de profession de la mère, j’écrivais coordinatrice de projets. J’ai passé beaucoup de temps au grand air à arracher des souches ou ramasser du bois alors que je rêvais de bouquiner dans ma chambre…. Et puis des études, plutôt orientées vers l’urbanisme, six années au Liban, à travailler notamment sur l’efficacité énergétique, dans la viticulture mais aussi dans une ferme pédagogique. Quant à Marseille… Grandie à Noves, je ne venais quasiment jamais dans cette ville. Je n’y connaissais absolument personne. Mais, après le Liban, c’était une situation géographique et climatique idéale entre Beyrouth et Paris. La texture de la ville, sa dimension méditerranéenne me séduisaient.

Tout ce qui touche à l’agriculture a beaucoup bougé ces derniers temps. Quel regard portez-vous sur cette sensibilité émergente ?

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C’est énorme en effet. Il y a une prise de conscience généralisée sur tout ce qui s’est perdu comme valeurs, sens, croyances anciennes, traditions… Aujourd’hui beaucoup ont besoin de se raccrocher à des choses tangibles, concrètes, comme le jardinage, qui apaise.

Il y a aussi de nombreux doutes sur ce que l’on mange, un nouveau regard sur l’agriculture vivrière. Une grande inquiétude vis-à-vis du climat. Or Marseille est une ville rebelle où on ne compte pas les initiatives, les alternatives, avec un réseau ultra-riche, engagé et dynamique. Sans compter sur des ressources naturelles précieuses, un sol riche, le climat, un réseau d’irrigation nickel, de bonnes idées…

Vos défis pour 2019 ?

Enraciner ce qui a été entrepris en 2018, la micro-ferme notamment. Multiplier les événements qui mixent les publics. Et surtout trouver un modèle économique fiable et autosuffisant. Nous avons pu acheter notre local grâce à un prêt de la NEF. À ce jour, nous fonctionnons pour un tiers avec des subventions publiques, un autre tiers de subventions privées et le reste en autofinancement (des prestations et du conseil pour des aménageurs, urbanistes ou architectes). Nous portons aussi un projet pastoral, avec l’envie d’implanter un troupeau de moutons aux portes de Marseille. Bientôt…@

— La rubrique alimentation est soutenue par le Fonds Epicurien

 

Bonus

  • La Cité de l’agriculture, petits actes pour grands changements 6Les besoins de la Cité de l’Agri : des adhésions (10 euros) ou des dons sur son compte Helloasso. Des bénévoles pour la ferme mais aussi pour l’organisation des 48 heures de l’agriculture urbaine : contact@cite-agri.fr
  • La Cité de l’agri est ouverte tous les jours 9h à 18h. C’est au 37, bd National, Marseille 1er.
  • Prochain Dimanche aux Aygalades, le 3 février de 9h à 14h. Cité des arts de la rue, 225 av. des Aygalades.
  • Une gazette trimestrielle, Le Persil, donne la parole aux adhérents et évoque les initiatives locales, avec des recettes et des petites annonces en prime.