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Le Lab zéro n’est pas un bureau de légende !

Par Nathania Cahen

Journaliste

Coco Velten ouvrira au printemps.

Oui, les fonctionnaires peuvent avoir de l’humour et être idéalistes. La devise du « Lab Zéro », « Le souhaitable est possible ! », résume bien l’esprit frondeur qui l’anime. Dans le giron de la Préfecture de région, cette cellule jeune et dynamique imagine des recettes innovantes, voire avant-gardistes, pour remédier aux défauts de notre société.

 

Au 4e étage de la préfecture, la porte d’un bureau situé trois couloirs et deux virages après l’ascenseur indique « Direction de la modernisation ». Marthe Pommié, 31 ans, a été nommée en 2015 à ce poste nouvelle génération, tout juste créé et placé sous la tutelle du SGAR (secrétaire général pour les affaires régionales). Sa mission : faire émerger et accompagner des projets visant une situation idéale pour un problème donné.

Le Lab zéro n’est pas un bureau de légende ! 1Le Lab Zéro s’inscrit dans ce cadre. Il est l’un des douze laboratoires d’innovation territoriale lauréats du Programme d’Investissement d’Avenir lancé en juin 2016 (des précisions dans la partie Bonus). Pourquoi ce nom, Lab Zéro ? « C’est un concept. Un mélange entre zéro déchet et le budget base zéro. Ici les objectifs priment sur les moyens, et la petite échelle sur la grande », précise Marthe Pommié. Et de rappeler comment dans les années 80, le « zéro waste » (zéro déchet) a été prôné à San Francisco par une bande d’idéalistes… Or cette ville fait aujourd’hui figure de pionnière avec 80% de ses déchets recyclés. « L’horizon zéro, c’est ce que nous proposons de promouvoir, dans le champ de politiques publiques souvent cloisonnées alors que les problèmes appellent des réponses transversales. Avec une méthode qui se concentre sur la fin plutôt que sur les moyens : que ferait-on si on voulait vraiment éradiquer le problème ? » Comme un laboratoire scientifique, la structure procède avec méthode, réunit des compétences complémentaires et dispose d’un budget de 175 000 euros pour 18 mois d’expérimentation.

 

Zéro sans-abris, chiche ?

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L’équipe du Lab Zéro.

Le premier projet qui a germé est un programme « zéro SDF » : « Cela peut sembler utopique, mais on veut affirmer que demain, personne ne dormira plus dehors ». C’est un moyen d’accélérer ce que de nombreux associations et bénévoles entreprennent déjà sur le terrain. Autour de Marthe Pommié, une petite équipe de plusieurs personnes phosphore sur le sujet : l’accélérateur Marseille Solutions, une psychiatre rôdée aux SDF, un ancien éducateur spécialisé, « pour faire le pont entre le pont entre des façons de travailler différentes et expliquer la démarche avec le langage approprié », un conseiller en organisation des ressources humaines et une chargée de mission auprès de la Préfète déléguée à l’égalité des chances. Le postulat de départ est qu’aujourd’hui, un SDF qui a besoin d’un abri doit passer par un appel téléphonique pour se retrouver ensuite sur une liste d’attente, et enfin acheminé vers un centre d’accueil. « Une aberration, car il y a urgence et que la mise à l’abri devrait être immédiate, développe Marthe Pommié. C’est à la source qu’il faut agir, fermer le robinet plutôt que continuer à éponger ».

 

Abriter immédiatement les néo SDF

D’où cette expérimentation qui vient juste de démarrer en partenariat avec le laboratoire de Santé de Publique de l’APHM (Assistance publique des hôpitaux de Marseille). L’étude va porter sur un échantillon de cent SDF dont c’est le premier appel à l’aide. Identifiés comme tels, ils sont placés dans des centres d’hébergement (où des places ont été préemptées), écoutés afin de recueillir leurs souhaits et établir un diagnostic, puis installés dans un logement ou une pension ou un foyer, avec suivi pendant une année. L’idée ? Proposer une approche sociale différente, qui tient compte de la parole du principal intéressé. C’est plus logique et moins onéreux – pour rappel l’hébergement d’urgence coûte chaque année plus de 200 millions d’euros à l’État. Il faut changer le système en impliquant toutes les parties.

 

Coco Velten, nouveau modèle de solidarité urbaine

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Les protagonistes du projet Coco Velten.

Sur le même sujet, une piste explorée est sur le point de se concrétiser avec Coco Velten, un « espace intermédiaire » mixant les usages et les publics. Le lever de rideau est prévu pour mars, après un an de travaux préalables, entre les recherches d’un endroit vacant – « et des mètres carrés vacants à Marseille, il y en a » – et les autorisations requises. Le choix s’est porté sur les 3 600 m² des anciens bureaux de la DIR (Direction interdépartementale des routes) Méditerranée, sur l’îlot Velten, à côté de la Porte d’Aix. Loin de constituer un nouveau ghetto, ce site se veut multi-usages, à même d’établir des ponts et de faire cohabiter bureaux, restaurant et quelque 80 chambres destinés à des primo-résidents. Bref, « un labo à ciel ouvert, lieu de solidarités et Le Lab zéro n’est pas un bureau de légende ! 4d’expressions diverses ». Coco Velten s’inspire notamment du modèle abouti et exemplaire des Grands Voisins à Paris, aménagé par Yes We Camp, association marseillaise « rompue à l’aménagement de lieux iconoclastes et à la création de lien social », sollicités logiquement sur ce projet. Les travaux ont été financés par l’État et la métropole. Le coût global de fonctionnement se montera à 600 000 euros annuels, dont deux-tiers pourraient être autofinancés par la location d’espaces, notamment pour le restaurant Parchita. Le reste sera du financement public, Préfecture de région, Caisse des dépôts et consignations, et Euroméditerranée. Et ce Coco, qui évoque un prénom ? « Un mot léger proposé par Yes We Camp. Une invitation au voyage. Ou les premières lettres de co-construction…»

 

Les droits des jeunes, c’est automatique !

Le deuxième gros projet du Lab Zéro est le « zéro non recours au droit », échafaudé sur sollicitation de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF13). Avec en préambule, le constat que les jeunes, à fortiori lorsqu’ils sont précarisés, n’osent pas, ne savent pas, ne font pas l’effort d’activer les aides auxquelles ils peuvent prétendre. « Or, demander un droit n’est pas une honte », rappelle Marthe Pommié. Le principe est donc d’automatiser ces droits, par exemple le droit au remboursement des soins. Avec le concours du service « précarité » de la Sécurité sociale, un test est en cours depuis avril 2018 pour comparer la couverture sécurité sociale, avec et sans ce dispositif. Dans trois mois, les résultats seront analysés – nous vous en ferons part.

 

L’abus de mails est nuisible pour la santé 

Le Lab Zéro se préoccupe même du confort des salariés de la Préfecture ! Sous forme de clin d’œil, une campagne « 0 mail inutile » a été lancée. Pas aussi futile qu’il n’y paraît car toutes les études convergent pour pointer un nombre indigeste et chronophage de messages électroniques quotidiens. La campagne est assortie de conseils, désactivation des notifications en tête.  

 

Bonus

  • Le Lab Zéro est l’un des douze lauréats de l’appel à projets lancé en mars dernier dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA) par le Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique. Il est porté par la Préfecture de Région, avec l’appui stratégique et opérationnel de Marseille Solutions. La liste a été dévoilée le 18 novembre 2016, lors de la Semaine de l’innovation publique. Ambitieux, novateurs, collaboratifs, les laboratoires d’innovation territoriale rajeunissent l’action et le fonctionnement de l’administration dans les régions.

 

  • L’économie sociale et solidaire est l’un des thèmes privilégiés par ces nouveaux labos. C’est le cas d’InSo Lab 83 dans le Var, initié par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale du Var, en association avec Toulon Var Technologies innovations, il a pour vocation de susciter des innovations dans le numérique à destination des personnes précaires, et d’aborder plus largement les problématiques sociales sous l’angle de l’innovation numérique.

 

  • Nous vous avions parlé de Yes We Camp en septembre dernier, retrouvez ici l’article consacré à l’histoire et aux réalisations de cette belle association marseillaise.