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Un tremplin professionnel pour les autistes

Par Agathe Perrier

Journaliste

On ne sait pas grand-chose des difficultés rencontrées par les 650 000 autistes de l’hexagone pour trouver un emploi. 80% d’entre eux sont pourtant inactifs malgré un potentiel réel. La start-up Avencod le démontre en les embauchant pour les former aux métiers du numérique et leur permettre par la suite d’intégrer une entreprise de façon pérenne. Après avoir planté ses premières graines à Nice, elle s’installe à Marseille.

C’est au pôle Technoptic, au technopôle de Château-Gombert (13e), que Laurent Delannoy, à l’origine d’Avencod avec sa femme Laurence Vanbergue, me donne rendez-vous. La tête dans les cartons, ou plutôt dans les branchements. La jeune pousse vient de poser ses valises à Marseille et s’active pour les déballer. Dans cinq jours, ses premiers collaborateurs marseillais seront là (c’est même chose faite à l’heure où vous lisez ces lignes). Tous sont handicapés, pour la plupart autistes atteints du syndrome d’Asperger. Un trouble qui se caractérise par des difficultés à interagir avec les autres, mais sans déficience intellectuelle ni retard de langage. « Notre objectif est double : d’une part, montrer aux entreprises qu’avoir des personnes autistes dans ses équipes, cela fonctionne, aussi bien en termes qualitatifs qu’économiques. D’autre part, former ce public pour lui permettre d’intégrer les métiers du numérique », met en avant le fondateur. Et leur servir ainsi de tremplin dans leur vie professionnelle.

 

Un tremplin professionnel pour les autistes
Laurence Vanbergue et Laurent Delannoy, les fondateurs de la start-up Avencod © DR

Une boîte (vraiment) adaptée

À Nice, où elle a été créée il y a deux ans et demi, Avencod a déjà fait ses preuves. Les « Avencodeurs » et « Avencodeuses », comme Laurent Delannoy aime les appeler, sont employés en CDI par la start-up, à des postes d’analyste programmeur ou testeur. Ils réalisent développement web, tests d’applications informatiques et gèrent du big data pour les clients de la société. Dans des conditions pensées pour qu’ils se sentent bien dans leur travail : pas de téléphone fixe dans les bureaux dont la sonnerie pourrait les déstabiliser, l’assurance de ne pas être dérangés de façon impromptue, des casques absorbeurs de bruit à disposition pour qu’ils soient dans leur bulle – car même le bourdonnement de fond d’une climatisation en marche peut être source d’angoisse.

Une psychologue est également en lien avec l’équipe pour identifier les éventuelles problématiques de stress ou de fatigue, comprendre leur façon de fonctionner et améliorer leur confiance en soi. « Avant, dans ma recherche d’un emploi, lorsque l’on ressentait mon atypie, c’était surtout négatif. J’étais souvent « trop » quelque chose. Chez Avencod, mes « trop » sont regardés comme des qualités. Je suis reconnu pour ce que je suis, ni plus ni moins », confie Jules. Et c’est bien là l’objectif de Laurent Delannoy. « Notre méthode prend en compte les spécificités de fonctionnement de nos collaborateurs. On augmente en même temps leur taux d’employabilité en travaillant avec de belles entreprises pour qui ils réalisent des tâches de très haut niveau ». Un atout pour leur CV.

 

Grands groupes, ETI et startups déjà convaincus

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Après une antenne à Nice, la start-up se déploie à Marseille © DR

Parmi les clients de la start-up figurent de grands noms comme Thalès, Amadeus ou Dassault. Mais aussi des ETI (entreprises de taille intermédiaire) et des startups. Chaque Avencodeur traite directement avec l’une d’elles, dans l’optique d’intégrer cette entité au bout de deux ans. « On n’oblige toutefois à rien. Un des collaborateurs me dit régulièrement : « Tu sais Laurent, je suis bien ici, je ne veux pas partir ». Ce n’est pas un problème, il restera ». En deux ans et demi, deux employés ont ainsi rejoint les clients pour lesquels ils travaillaient. Suivis prochainement par un troisième. Mais certains sont partis sans être embauchés ailleurs. « Ce n’est jamais un échec. Le métier n’est simplement pas fait pour eux ».

 

15 à 20 salariés marseillais d’ici deux ans

Tout juste arrivé dans la cité phocéenne, Laurent Delannoy vise déjà haut : compter 15 à 20 salariés dans l’équipe marseillaise d’ici deux ans. Avencod n’a d’ailleurs pas choisi la deuxième ville de France au hasard : « Il y a beaucoup de besoins à Marseille. Un grand nombre de personnes en situation de handicap cherche du travail. Nous pouvons être une solution parmi d’autres à leur intégration », estime le chef d’entreprise. Des sociétés se sont déjà manifestées pour travailler avec ses Avencodeurs, notamment CMA-CGM, Ausy (groupe de conseil et d’ingénierie) ou Carambar&Co (qui compte de nombreuses marques de confiseries). « En nous faisant confiance, les entreprises règlent leur problème de manque de compétences, se servent d’un budget handicap qu’elles ont souvent du mal à utiliser et créent un vivier pour l’intégration de personnes en situation de handicap ». Autant d’arguments que l’entrepreneur met en avant pour faire mouche. Il espère notamment que ses discussions actuelles avec un géant local aboutiront à une collaboration, voire de futures embauches.

 

Un tremplin professionnel pour les autistes 3S’ouvrir pour plus de diversité

L’entreprise souhaite désormais aussi recruter des profils neutres. « On veut apporter encore plus de diversité dans nos équipes, pour préparer au mieux l’inclusion des personnes en situation de handicap dans le monde dit « ordinaire » », explique Laurent Delannoy, confiant détester ce dernier terme. Il veut faire de sa start-up une boîte encore plus inclusive qu’elle ne l’est déjà. Fiona, Avencodeuse de la première heure, témoigne : « J’ai été accueillie par des hommes et des femmes qui s’adaptent aux difficultés de chacun, toujours à l’écoute et dans un environnement sans pression. Où chacun peut s’exprimer sans peur ni jugement ». Là se trouve l’ADN d’Avencod, et là il restera. A.P.

 

Bonus :

  • Laurent Delannoy est à la recherche active d’un chef de projet informatique. Avec objectif à terme d’évoluer sur le poste de directeur technique et directeur de l’agence de Marseille. Pour candidater : adelannoy@avencod.fr.
  • À voir (ci-dessous) : un petit film de cinq minutes baptisé « Bref, je suis Aspi ». Il nous plonge dans la tête de Christophe, jeune autiste en plein entretien d’embauche. Ce court-métrage a pour objectif de contribuer à faire changer le regard sur les jeunes « Asperger », mais également à dédramatiser le syndrome et inciter les entreprises à embaucher des jeunes qui en sont atteints. Il a été réalisé en 2016 par l’équipe du service de pédopsychiatrie du Pr. Da Fonseca de l’Hôpital Salvator de Marseille (APHM) avec l’association « Des Têtes de l’Art » et a obtenu le Prix du jury 2016 dans la catégorie Milieu ordinaire du festival « Regards Croisés » de Nîmes.