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[Série] Autopsie d’une poubelle #3 : De la mite au logis

 
L'atelier shampoing bio...

Par Guylaine Idoux, journaliste

 

Accompagnée par l’association Zero Waste Marseille, notre famille poursuit son grand voyage sur la planète Zéro Déchet, une oasis en forme de promesse pour l’avenir, sur laquelle elle entend bien s’implanter définitivement. Sauf que toute migration est un bouleversement. Et que changer d’habitudes est super rude (oui, je suis un peu poète aussi). Après quatre mois d’aventure, notre famille a surmonté bien des obstacles mais il faut bien avouer qu’un léger essoufflement apparaît. Comme le dit Fiona, la responsable de Zero Waste Marseille : « Maintenant, on rentre dans le dur ».

 

D’abord les bonnes nouvelles : oui, la poubelle a super maigri, stabilisée à 6kg par mois (33kg mensuel au départ de l’aventure, rappelons le chemin parcouru). Oui, on a changé nombre d’habitudes. Oui, on est plutôt fiers de nous. Quel boulot ! A l’heure d’un premier auto-bilan, on se rend compte qu’il a fallu faire face à tous ces trucs auxquels on n’aurait pas pensé en se lançant -tête baissée, comme d’hab’- dans le Défi Familles de « Zero Waste Marseille » : des vers blancs à tête noire sur les murs de la cuisine, des ordures trimballées à travers la ville en quête de composteur collectif, un atelier shampoing à 20 heures alors que le fiston a besoin d’aide pour les devoirs (et que la baby-sitter n’arrive pas), les biscuits du goûter qu’il faut cuisiner quand on a juste envie d’aller se coucher, les courses en vrac qu’on n’arrive toujours pas à organiser au quotidien… Soyons honnêtes, ces dernières semaines, l’équipe familiale a testé ses limites. Qu’on se le dise : Zéro Déchet, c’est pas (toujours) du gâteau !

 

Scène 1. Intérieur jour, la mère est dans la cuisine. Elle brandit son téléphone portable face au mur en grimaçant. Le fiston l’aperçoit et s’approche.       

[Série] Autopsie d’une poubelle #3 : De la mite au logis 3
Un ver, ça va. Deux, bonjour les dégâts !
Le fiston : « Mais qu’est-ce que tu fais ? »

La mère : « Je filme. »

Le fiston : « …? »

La mère : « Y’a un vers. »

Le fiston : « Haaan, mais c’est super dégueu »

La mère : « Oui. »

Le fiston : « C’est ton truc zéro déchet, encore. »

La mère : « Oui. »

Le fiston : « Non mais j’en étais sûr. »

La mère : « Je viens d’avoir Fiona au téléphone. Vers blanc avec point noir sur la tête, elle n’a pas hésité, c’est de la mite. Je ne savais même pas que ça existait en version vers, ce truc. Bon… Fiona m’a dit de nettoyer la cuisine au vinaigre… Tu vas m’aider. »

A ces mots, un drame familial a bien sûr éclaté. On vous en épargne la douloureuse transcription (en tous cas, les enfants, c’est plus ce que c’était).

 

Scène 2. Intérieur jour, le beau-père fait face au bokashi, ce composteur de cuisine installé par la famille. Visiblement, il est ennuyé.

[Série] Autopsie d’une poubelle #3 : De la mite au logis 2
La balade des épluchures sur la Canebière.
La mère : « Ça va ? »

Le beau-père : « Il est plein ».

La mère : « Oui. Je sais ».

Le beau-père : « Il faut le vider ».

La mère : « Oui. Je sais. »

Le beau-père : « Faut que j’y aille ».

La mère : « … ».

Le beau-père : « … ».

La mère : « Bon, je peux y aller si tu veux ».

Le beau-père : « Nan, on a dit que c’est moi qui m’en occupais. Mais bon, franchement, passer le dimanche matin à balader vingt kilos d’épluchures pourries dans la ville au lieu de buller ? »

La mère : « … ».

Le beau-père : « J’ai l’impression de faire du marché noir ». Il charge le bokashi dans le chariot à courses (20 kg !!!) et ouvre la porte d’entrée d’un air théâtral : « Adieu ! ».

 

Scène 3. Intérieur jour, deux heures plus tard (et pas une demi-journée, passons rapidement sur l’exagération). Le beau-père revient, une expression difficile à déchiffrer sur le visage.

Le beau-père : « Punaise, pas si simple d’avoir accès au composteur collectif des allées Gambetta… Sur Internet, ça semblait pourtant ouvert à tous et tout le temps. »

La mère : « C’est bien ce qu’il m’avait semblé comprendre chez Zero Waste. Il faut s’inscrire, ils ont trop de succès. Il n’y a pas assez de composteurs collectifs dans Marseille. On m’a même raconté que certains enterraient leurs ordures végétales en douce dans les parcs. Un copain, qui habite dans une résidence assez chic du 9e, le fait dans le jardin de sa résidence. Comme il a honte, il attend qu’il fasse nuit pour ne pas que ses voisins le voient. »

Le beau-père : « Ben là, l’accès au composteur collectif était fermé quand je suis arrivé. Heureusement, un mec est passé et il avait les clés. Je crois qu’il a eu pitié. Je l’ai quasi supplié de m’ouvrir pour que je puisse verser le bokashi ».

La mère : « S’il n’avait pas voulu, tu aurais dû revenir avec ? ».

Le beau-père, d’une voix rauque et blanche : « Jamais de la vie ».

La mère : « Arrête de rouler des yeux comme ça. Tu me fais peur »

 

Scène 4. Intérieur nuit. Dans la colocation d’Éléonore, qui s’est lancée avec ses sept colocataires dans le Défi Familles Zéro Déchet. Elle héberge l’atelier shampoing du soir. Emmenée par Fiona, ce sous-groupe (issu du sur-groupe Défi Familles) est tellement soudé qu’il se fait des ateliers bonus en douce.

[Série] Autopsie d’une poubelle #3 : De la mite au logis 4Fiona : « J’ai apporté tous les ingrédients. Je vous avais demandé d’apporter de l’huile végétale et éventuellement les huiles essentielles de votre choix. Tout le monde a bien cela ? »

La mère, qui est déjà arrivée très en retard : « Oh non, j’ai oublié mon huile végétale ! ».

Voilà. C’est là, entre l’ajout du tensio-actif et de la poudre d’ortie que la mère a réalisé qu’elle était en train de fléchir. On vous avait prévenu, c’est l’épisode-clé, celui où l’on se demande si nos héros ne vont pas perdre la partie. Ils ont même loupé la quatrième réunion mensuelle de Zero Waste (avec l’atelier déodorant, pour remplacer celui en plastique qui habite toujours la salle-de-bain), la faute à pas de chance, un couac dans l’organisation familiale, mais bon, elle [Série] Autopsie d’une poubelle #3 : De la mite au logis 5l’a loupé quand même. Et pour tout vous dire, la mère et le beau-père n’arrivent toujours pas à s’organiser pour aller à l’épicerie vrac, trop loin. Du coup, les courses familiales sont faites au Naturalia d’à-côté, bio certes, mais avec tout le plastique qui va avec. Pire, une fois (une seule, promis juré), la mère a craqué, on l’a vue chez Monoprix. C’est pas joli joli.

Heureusement, sur la planète Zéro Déchet, il y a Fiona. Elle a 27 ans. Quand on la voit, elle fait pile son âge. Mais quand on lui parle, on dirait qu’elle a beaucoup plus. Elle a un petit côté Yoda du Zéro Déchet. Elle écoute, sans juger. Et puis elle t’encourage à faire mieux. En tous cas, du mieux que tu peux. Allez, haut les cœurs, on continue ! En mieux. ♦

 

Bonus

  • Relisez les deux premiers épisodes de la série : « La dernière marotte de maman » et « Ça me gratte la tête ». Ça fait du bien !
  • Zero Waste Marseille lance son label « Commerçant Zéro Déchet », recensant toutes les boutiques s’engageant dans la réduction des déchets : abandon des emballages à usage unique (les sacs plastiques ou même papier), acceptation des contenants personnels des clients (de type bocaux ou Tupperware), gestion des emballages de gros… Des macarons apposés en vitrine signaleront bientôt ces commerçants, à privilégier par tous ceux qui souhaitent faire avancer un « Marseille Zéro Déchet ». Mais si c’est possible !
  • Sur la délicate question des composteurs collectifs (ou perso) à Marseille, lire l’excellente enquête de Jeanne, l’une des bénévoles Zero Waste.

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