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Jeûner pour retrouver sa vitalité : info ou intox ?

Par Marie Le Marois, le 29 mars 2019

Journaliste

Se priver volontairement de nourriture, il faut être masochiste ! Pourtant, à considérer l’essor des stages ‘’jeûne et randonnées’’, nous serions de plus en plus nombreux à adopter cette pratique déjà recommandée… par Hippocrate – dixit l’Inserm. Souvent pratiqué pour des raisons religieuses ou spirituelles, il est également utilisé à des fins thérapeutiques ou de bien-être. Ses détracteurs le considèrent comme une hérésie, voire un danger pour notre organisme. Ses adeptes, un bienfait incontournable qui permettrait une mise au repos du système digestif et l’élimination des déchets encombrant notre organisme. Moi, Marie, 46 ans, en bonne santé, aimant bonne chaire et excès en tout genre (café, vin et cigarette), j’ai testé trois jours de jeûne pour mieux vous en parler.

 

Depuis plusieurs semaines, mon organisme m’alerte. Épuisée, irascible, gonflée du visage et du ventre, j’ai les amygdales qui grattouillent et le sommeil perturbé. Surtout, je n’ai plus faim. J’ai l’impression que mon système digestif patine, incapable de digérer quoi que ce soit. D’après mes lectures, mon foie ne parviendrait plus à jouer son rôle de détox. Il est en surrégime, bourré de toxines accumulées pendant l’hiver. Selon les principes de la médecine traditionnelle chinoise, l’automne et le printemps sont les saisons les plus adaptées pour détoxiner le foie et libérer notre énergie qui croît, à l’image de la sève, jusqu’à atteindre son apogée en été.

 

Détox : halte à l’intox

Jeûner pour retrouver sa vitalité : info ou intox ? 3Dans son communiqué ‘’Detox : halte à l’intox’’, l’AFDN (Association Française des Diététiciens Nutritionnistes) alerte sur l’inefficacité du jeûne : ‘’en plus de réduire l’apport en énergie et nutriments dont l’organisme a besoin, ces régimes sont inutiles car le foie, les reins, la peau, les poumons éliminent naturellement ces déchets’’. Priscilla Pellecuer-Mari, naturopathe et encadrant de jeûnes de six jours à Saint-Félix, estime à l’inverse que notre organisme a besoin de temps en temps d’un petit coup de pouce : « Il a en effet une capacité détox, mais trop faible au regard des toxines contenues dans notre suralimentation, des toxines émotionnelles et des déchets toxiques de notre environnement ». Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS, auteur et spécialiste du métabolisme des animaux jeûneurs explique dans Psychologies Magazine que « nos ancêtres étaient habitués aux périodes de disette. Leur corps s’auto-nourrissait des réserves accumulées pendant la saison d’abondance. Aujourd’hui, nous ingérons toute l’année trop de graisses, de sucres, de pesticides et de polluants divers. Notre appareil digestif a besoin de se mettre de temps en temps en mode pause ».

 

Les jus offrent un shoot de nutriments et se digèrent facilement

Le fait de mettre nos intestins au repos permet à l’organisme de se consacrer à la détox : « il faut savoir que 80% de notre énergie quotidienne est happée par notre digestion », informe la naturopathe. Il a suffi d’un repas de trop et d’un litre de café pour que je me décide à passer à l’acte. Pas question pour autant de donner dans le jeûne total, c’est-à dire sans rien ingérer hormis un jus le matin et un bouillon le soir. Mon truc à moi, c’est le jeûne partiel. Les ayatollahs disent que dans ce cas ce n’est pas un jeûne, mais d’autres considèrent qu’on peut utiliser ce terme si l’apport journalier reste inférieur à 400/500 calories. Je pourrais le pratiquer en monodiète : uniquement des pommes ou du riz par exemple. Mais ma préférence va aux jus de légumes et de fruits. Outre leurs valeurs nutritionnelles, ils ravissent mes papilles et ne me laissent pas complétement sur ma faim. Parmi les réactions de mon entourage (outre le « tu es complétement givrée ! »), j’ai eu : « Mais pourquoi tu ne manges pas tout simplement que des crudités ? » Dépourvues de leurs fibres, les fruits et légumes s’ingèrent plus rapidement et laissent donc vraiment le temps à mon système digestif de se reposer et se délester de ses déchets.

 

Trois jours minimum

Jeûner pour retrouver sa vitalité : info ou intox ? 1Le jeûne se pratique généralement entre un et 10 jours, si les personnes sont en bonne santé. Au delà, il faut un suivi médical. Il faut trois ou quatre jours minimum pour que ce soit efficace. La naturopathe détaille : « l’objectif d’une détox est de libérer et éliminer les toxines stockées au niveau des graisses. Durant le premier jour, l’organisme épuise le glucose circulant dans le sang, provenant des derniers aliments ingérés. Au deuxième, il puise son carburant dans le stock du foie et des muscles. Au troisième, l’organisme transforme les graisses que le corps a en réserve en sucres. Au bout de quatre à cinq jours, le corps se met à fabriquer des corps cétoniques à partir des graisses. Et c’est là que la détox réelle intervient ».

 

Planifier son agenda

Le plus difficile est de bien choisir son moment. Exit le petit café du matin, les déjeuners avec les copains, l’apéro…  Il ne faut avoir aucun repas prévu, au risque de saliver devant un gueuleton sans pouvoir y toucher. Le jeûne implique de s’extraire de son tumulte quotidien et de ses repères. Les repas, surtout dans notre société française, rythment notre vie sociale, comme le démontre si bien l’étude ‘’Sociologie des rythmes alimentaires’’. C’est la raison pour laquelle certains pratiquants préfèrent le suivre au sein de centres dédiés. Dans notre région, La Pensée Sauvage est le plus prisé. Mais il en existe une multitude, La Maison du Jeune, Escale Détox et, la plus récente, Terre d’Eugénia, à Marseille.

 

Extracteur de jus plutôt que blender

Jeûner pour retrouver sa vitalité : info ou intox ? 2 Je me lance un soir de printemps. Plus facile pour moi de débuter mon jeûne par une nuit. J’ai quoi dans mon frigo ? Betteraves, cardes, carottes. Il est préférable d’acheter des produits bio qui, en plus de l’absence de pesticides, n’ont pas besoin d’être épluchés. Les légumes ont-ils des fonctions spécifiques ? « Tout à fait. Les légumes verts, par exemple, ont des vertus antioxydantes qui permettent de lutter contre les radicaux libres. Mais le plus important reste de choisir des légumes de saison et en circuit court pour conserver au maximum la qualité des aliments », insiste Priscilla Pellecuer-Mari. Oups, je me suis offert courgettes, concombres et tomates dont la saison est plutôt en juin/juillet. Armée de mon extracteur, je réduis mes repas en jus. Là encore, les questions fusent dans mon entourage : « et pourquoi pas la centrifugeuse ou le blender ? » Ces derniers ont une vitesse de rotation très élevée dont la conséquence est de chauffer les aliments et par là, détruire leurs nutriments.

 

Effets secondaires

Jeûner pour retrouver sa vitalité : info ou intox ?La première journée est compliquée. Après un mélange citron/gingembre/curcuma qui m’électrise, je me sens fébrile, flottante – comme si j‘étais décorporée – et ma langue apparaît blanche et chargée. Je découvre sur Internet que les intestins étant au repos, ils deviennent eux-mêmes extracteurs au même titre que les autres organes dont c’est la fonction. Les toxines remontent et se fixent sur la langue. Ce travail intense d’élimination peut s’accompagner de multiples effets secondaires, selon la durée du jeûne : « coup de pompe, déprime passagère, tachycardie, insomnie mais le plus souvent nausées et maux de tête », égrène la naturopathe. Autant de signes qui traduisent une intoxination importante. « Mais tous ces effets secondaires ne sont pas obligatoires et certaines personnes ne rencontrent aucun désagrément ». On est loin du regain de vitalité promis par le jeûne. Un état qu’il faudrait somme toute accepter, d’après le Dr Gardette, médecin généraliste à Marseille : « Il faut profiter de mettre son système digestif au repos pour ralentir, prendre le temps. Recentrer son énergie sur les autres besoins essentiels : respirer, boire et dormir ».

 

Pratiquer une activité physique

Priscilla Pellecuer-Mari estime de son côté qu’il est certes important de se recentrer mais aussi de se mouvoir. « Pendant le jeûne, toutes les toxines sont libérées dans le corps. Il est donc important de les évacuer par toutes les voies dont la sudation : sauna, hammam, marche… Si on ne fait rien, les toxines stagnent dans le corps et l’intoxiquent ». Lors des jeûnes qu’elle anime, après une séance de yoga, les participants font des randonnées de 12 à 14 km chaque matin. Avec un seul jus dans le ventre…

Le deuxième jour, j’ai une pêche de folie. Même pas faim. Je vais nager, j’ai le « power ». Et mon jus betterave-carotte est un délice. Je m’offre même un nectar banane-kiwi-pommeorange. Erreur ! « L’extracteur retient les fibres et sans les fibres, l’index glycémique des fruits augmente considérablement. On peut en mettre mais seulement 20% », prévient Priscilla Pellecuer-Mari tout en m’indiquant que carotte et betterave débarrassées de leurs fibres sont considérées comme des fruits. Mes nuits sont belles, mes journées zen. Je dégonfle, j’ai à nouveau faim et j’arrête de mordre. Mon énergie est débordante et mon esprit léger.

 

Une reprise alimentaire en douceur est nécessaire

Jeûner pour retrouver sa vitalité : info ou intox ? 5Mon jeûne est terminé. Je ne peux pas le poursuivre, j’ai un déjeuner de boulot le quatrième jour. Je choisis une salade pour reprendre en douceur mais crack, première entorse, je succombe devant un café. Deuxième entorse le soir-même lors d’un apéro ‘’copines d’enfance’’ : un verre de vin rouge. Crack, un second (et un troisième, et une cigarette…) « Il est nécessaire de reprendre en douceur sa vie alimentaire, environ la moitié de la cure, sous peine d’en perdre les effets et d’avoir éventuellement des ennuis : mal de ventre, accès de fièvre, crise de foie, insiste le Dr Gardette. On privilégiera fruits et légumes crus ou cuits, puis laitages et poisson et, enfin, céréales et viande ». Il est important également de manger lentement et de bien mastiquer.

 

La véritable détox, c’est une vie saine et une alimentation équilibrée.

Mon comportement est typiquement celui que dénonce Priscilla Pellecuer-Mari : « Je vois trop de personnes dont des businessmen, qui viennent à mes jeûnes pour s’alléger et le reste du temps font n’importe quoi ! » Là-dessus, la naturopathe rejoint l’Association Française des Diététiciens Nutritionnistes qui souligne que la véritable détox, c’est une vie saine et une alimentation équilibrée. Avant d’entamer un jeûne continu, elle propose de commencer par mettre de l’ordre dans son alimentation quotidienne puis de suivre un jour de jeûne complet par semaine. Adopté. ♦

 

Bonus

  • Le label ‘’Agréé FFJR Jeûne et Randonnée‘’ est la garantie de centres de jeûne sérieux et de qualité.
  • L’étude de l’INSERM sur l’évaluation de l’efficacité de la pratique du jeûne comme pratique à visées préventive ou thérapeutique (janvier 2014).
  • Le jeûne total non encadré médicalement est contre indiqué pour les personnes qui ont : un IMC (indice de masse corporelle) trop faible, inférieur à 18,5, l’angoisse du jeûne, des troubles alimentaires, une médication quotidienne lourde, une chimiothérapie, une maladie auto-immune. « En fonction du bilan médical de la personne, je propose plutôt une monodiète de riz ou un régime paléo (céréales, légumineuse, sucre et produits laitiers sont supprimés)», explique Priscilla Pellecuer-Marie
  • Jeûner 72 heures régénérerait l’organisme, selon une étude menée par une équipe de l’Université de Californie du Sud
  • La tradition du jeûne est très importante dans les trois religions monothéistes (ramadan, carême, Yom Kippour) mais aussi dans des cultes comme celui du Parmalim en Indonésie. La principale idée est de se priver pour convertir son cœur et se détacher de ses préoccupations matérielles.
  • Sidonie, 50 ans, et son jeûne thérapeutique : « J’ai toujours souffert de lumbagos que je traitais à coups d’antidouleurs et d’indifférence. Ce corps m’encombrait, je n’y prêtais pas attention. Mais un soir, il a dit stop, je ne pouvais plus marcher, ni m’asseoir plus de cinq minutes. Verdict : double hernie discale. Pendant près de six mois, j’ai été contrainte de rester allongée dans mon canapé, mon corps corseté et soumis aux médicaments. A un moment donné, je prenais deux doses de cortisone, six antidouleurs, un patch la nuit. Je me sentais prisonnière d’un tunnel de souffrance sans fin. Heureusement, le télétravail me permettait de garder le moral. Au printemps, mon état s’est amélioré avec des infiltrations de cortisone et la kiné. Je revis vraiment depuis septembre, depuis que je fais des longueurs de dos crawlé à la piscine. Mais je ne supportais plus les médicaments, j’avais l’impression de m’empoisonner. On m’a parlé des bienfaits du jeûne pour les hernies, je me suis inscrite au centre La Pensée Sauvage, dans le Vercors : une semaine détox ponctuée de randonnées, massages, méditations… Le premier jour, j’ai naturellement voulu prendre le contrôle mais rapidement je me suis laissée guider. Au deuxième, je ne prenais déjà plus de médicaments. Ce fut un voyage intérieur extraordinaire. J’ai réalisé que cela faisait des années que je portais les enfants, le boulot, ma vie. Et, comme par hasard, mes hernies se situaient au niveau des lombaires, la zone qui porte le plus le corps. Le dernier jour, à la rupture du jeûne, je me suis laissé surprendre par un flot de larmes, j’ai compris que j’avais besoin qu’on s’occupe de moi. Aujourd’hui, mon corps est mon compagnon mais c’est moi qui suis devenue sa compagne. Quand une douleur apparaît, je le préserve et m’allonge. Et si je me sens décentrée, je recommence des mini détox ».

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