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Comment débusquer les talents entrepreneuriaux des cités ?

Par Paul Molga

Journaliste

Saison 1.

Make The Choice, un programme de l’Union patronale des Bouches-du-Rhône, aide 100 jeunes à concrétiser un projet d’entreprise à l’occasion d’une compétition inspirée du programme télé de recherche de talents musicaux. La saison 2 est en route. Je m’y suis impliqué.

 

Comment débusquer les talents entrepreneuriaux dans les cités ? 2Quand l’organisatrice de cette deuxième édition du concours d’entrepreneuriat des quartiers m’a demandé si je pouvais venir animer un atelier sur le pitch (présentation synthétique et convaincante d’un projet – ndlr), je n’ai pas hésité une seconde. Pas seulement parce qu’il était flatteur de travailler pour l’occasion en binôme avec Jean Galabru, qui dirige l’école d’acting créée par son père ; c’est surtout que ce programme conçu sur un mode ludique par l’Union Patronale des Bouches-du-Rhône (UPE13) a montré son efficacité pour aider les jeunes sans diplômes et sans réseau issus des quartiers défavorisés, à réaliser leur rêve : se mettre à leur compte.

À mon âge, je me découvre une passion pour la transmission des savoirs et j’ai monté l’an passé le concours Éloquentia Marseille, une formation d’un nouveau genre à la prise de parole en public.

 

Identifier et valoriser les compétences des jeunes

Comment débusquer les talents entrepreneuriaux dans les cités ? 3Make The Choice s’appuie sur une pédagogie disruptive pour aider très concrètement les nouvelles générations à prendre confiance en elles et à s’insérer sans peine dans la société, quel que soit le parcours. Dans la lignée de The Voice, le célèbre programme télé de coaching de jeunes talents musicaux, ce sont des tremplins qui valorisent les compétences à renfort de conseils, de master classes et de sessions d’inspiration. Ce mardi, je me suis donc attelé à ma nouvelle tâche : fournir à une quarantaine de candidats de Make The Choice les bases d’un pitch percutant. D’ici quelques jours, ils seront en effet auditionnés à l’Orange Vélodrome : trois minutes pour présenter leur projet et cinq critères de notation pour les jurys : la personnalité du candidat, la qualité de sa présentation, sa maturité, la pertinence et la viabilité de son projet. « Ce dispositif est un levier de socialisation et d’intégration qui mobilise les valeurs liées à l’entrepreneuriat, à l’engagement et à la dynamisation du territoire. Mais il veut surtout donner aux jeunes l’envie de prendre en main leur destin, de se placer en mode actif dans un monde numérique et de service qui va bouleverser notre rapport au travail », explique Johan Bencivenga, président de l’Upe13.

 

100 participants et autant de parrains

L’opération a débuté le 1er février avec l’appui d’une trentaine de structures d’aide à la création d’entreprise. Dans un premier temps, les porteurs de projet ont été invités à présenter leur idée devant la caméra de leur smartphone et à publier leur vidéo sur une plateforme partagée. Le public a voté, et les 100 candidats retenus ont chacun pu choisir leur coach personnel parmi un panel d’autant d’entrepreneurs et consultants volontaires, venus défendre leur capacité à les conduire à la victoire. Un mandat leur a été consenti pour marquer leur engagement. Chacun doit fournir au minimum deux heures hebdomadaires de son temps à son poulain. « On est tous investis au-delà, tant cette mission solidaire et ambitieuse est prenante », témoigne Yves Fajherazzi, directeur de la Seramm, l’entité marseillaise du groupe Suez. Coach d’un jeune pour la deuxième année consécutive, il a fait connaissance avec Quentin, qui rêve d’ouvrir un lieu ludique réunissant escape games, jeux vidéo et jeux de société.

 

Une immersion à Thecamp

Comment débusquer les talents entrepreneuriaux dans les cités ? 1À l’issue des auditions, un quart seulement des candidats sera sélectionné pour participer début juin à un week-end en immersion sur le campus d’innovation Thecamp, près d’Aix-en-Provence. Au menu : programme de découverte de soi et des fondements de l’entrepreneuriat au travers d’ateliers de créativité (faire une tour avec quelques spaghetti, du scotch et des chamallows, tirer un portrait à l’aveugle…) et de rencontres inspirantes. L’an passé c’est l’inventeur du compte sans banque Nickel, Ryad Boulanouar, qui s’était prêté à l’exercice. « The Choice, c’est le circuit court pour l’accès à l’entrepreneuriat », retire-t-il de cette expérience. Trois des candidats qu’il a rencontrés à l’occasion figurent dans sa web série, La Méthode Boulanouar. Cette année, les apprentis entrepreneurs ont déjà eu l’occasion de participer à une master class exceptionnelle avec Joey Starr. Les 25 sélectionnés rencontreront l’équipe dirigeante de la marque de chaussures Pataugas.

Ce n’est pas tout. « Nous saisissons toutes les opportunités de décloisonner les mondes », explique Johan Bencinvenga. L’an passé, plusieurs candidats ont par exemple été invités à participer aux universités d’été du Medef et l’un d’eux, Nicolas Garcin, a remporté le prix Frédéric Chevallier HighCo pour son projet d’algorithme Insity qui doit permettre de centraliser et de géolocaliser l’information culturelle des villes. Certains ont également sauté les étapes pour rejoindre la business nurserie de Kedge Business School, quand d’autres, des filles retenues pour la qualité de leur projet et leur personnalité d’entrepreneures, ont gagné les rangs des Premières du Sud, dont Angèle, 28 ans, porteuse du projet de couture équitable Fildream. « Ce que nous faisons, explique encore Johan Bencinvenga, c’est révéler des talents et mettre au service de leur parcours toutes les forces entrepreneuriales disponibles ».

 

« Réconcilier les quartiers sensibles avec la ville »

Comment débusquer les talents entrepreneuriaux dans les cités ? 4L’opération a coûté moins de 200 000 euros. « Nous n’espérons pas seulement réconcilier les quartiers sensibles avec la ville, nous voulons en tirer le meilleur et conjuguer nos talents et nos expertises pour exploiter les potentiels cachés de la cité », estimait Johan Bencivenga en remettant l’an passé leurs chèques à cinq lauréats. Outre une dotation de 5 000 euros, ceux de la deuxième édition auront droit à une adhésion gratuite aux services de l’organisation patronale pendant deux ans et à un accompagnement personnalisé jusqu’à la création de leur entreprise. Efficace ? Après la première édition, 40% des jeunes candidats ont lancé leur structure professionnelle. ♦