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Quel remède contre l’obésité, ce mal du 21e siècle ?

Par Agathe Perrier

Journaliste

Environ 16% de la population française est atteinte d’obésité. Mais l’opération est-elle la panacée pour tous ceux qui souhaitent retrouver un poids moins dangereux pour leur santé ? Justement, à Marseille, un Centre chirurgical de l’obésité a récemment ouvert. J’en ai franchi les portes, armée de toutes mes interrogations.

 

On pourrait presque le qualifier de « mal du siècle ». C’est en tout cas un fléau incontestable, qui touche aussi bien les Français que le reste du monde. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère que l’on est obèse à partir d’un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 30. Pour le calculer, rien de plus simple : on divise son poids par sa taille au carré (poids/taille²). Avec un IMC de 30 à 35, l’obésité est qualifiée de modérée. Elle devient sévère jusqu’à 40 et morbide (ou massive) au-delà.

Pour tenter d’inverser la balance lorsque l’on est à l’un de ces stades, il y a évidemment les régimes. mais beaucoup envisagent une solution plus radicale : l’opération. Anneau gastrique, sleeve gastrectomie (ablation d’une partie de l’estomac), Bypass gastrique (réduction du volume de l’estomac et modification du circuit alimentaire), les solutions ne manquent pas. Le docteur Marius Nedelcu avertit toutefois : « Si on veut guérir, il faut bien avoir en tête que la chirurgie n’est pas un miracle ». Ce chirurgien de l’obésité exerce au Centre chirurgical de l’obésité (CCO) de Toulon et, depuis février dernier, également dans celui qui s’est ouvert au sein de la clinique Bouchard, à Marseille. Dans cet établissement qui accompagne des personnes atteintes d’obésité, l’objectif est avant tout la perte de poids pour sortir de la maladie. Sans passer obligatoirement sur le billard.

Quel remède contre l’obésité, fléau du 21e siècle ?

 

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Entrée de la clinique Bouchard © DR

La chirurgie, c’est pas automatique

Lorsqu’un patient se présente au CCO de la clinique Bouchard, il a bien souvent en tête de se faire opérer. C’est le cas de Florence, suivie depuis deux mois. Il y a environ huit ans, elle a déjà subi – ou bénéficié selon les points de vue – une intervention pour se faire poser un anneau gastrique. Pour des raisons de santé, elle a dû le desserrer et n’a pas perdu autant de poids que souhaité. Elle compte donc recourir de nouveau à la chirurgie d’ici quelques mois. Mais rien n’est sûr pour le moment. « Avant d’y penser, on suit le patient pendant au minimum six mois », explique le docteur Marc Danan, également chirurgien de l’obésité.

Ce « on » fait référence à une solide équipe pluridisciplinaire qu’il a lui-même constituée. Elle se compose de chirurgiens, gastro-entérologues, psychiatres, psychologues, pneumologues, cardiologues, stomatologues, endocrinologues, diététiciens, coaches sportifs, sophrologues, médecins nutritionnistes, chirurgiens plasticiens, et kinés. Impressionnant ! Le docteur Danan n’exagère donc pas lorsqu’il parle d’un accompagnement global de l’obésité : « Pendant ces six mois, on va flécher le parcours du patient. Il va rencontrer les différents membres de l’équipe une à plusieurs fois. On se réunit ensuite et on discute pour savoir s’il faut ou non une chirurgie ». Une décision collégiale où l’avis du patient est d’ailleurs pris en compte.

Une technique non chirurgicale peut aussi être envisagée dès le départ pour les personnes avec un IMC de 30 à 40. Il s’agit d’une sleeve endoscopique (voir vidéo ci-dessous). Contrairement à son homologue dite gastrectomie qui supprime une grosse partie de l’estomac, elle consiste à « seulement » réduire son volume en le plissant à l’aide de points de suture. Et ce, en passant directement par la bouche. La clinique Bouchard est la seule à pratiquer cette intervention dans toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La bataille de l’après

L’endosleeve, c’est ce dont espère bénéficier Sylvie d’ici quelques semaines. « Je fais des régimes depuis l’âge de 14 ans. J’ai tout essayé. J’ai perdu beaucoup, mais repris beaucoup aussi. La sleeve endoscopique sera un coup de pouce pour un nouveau départ. Mais je sais que j’aurai un gros travail à mener après ». Elle est lucide, Sylvie. Car opération ou intervention non chirurgicale, derrière, c’est tout un rééquilibrage alimentaire et personnel à fournir. Évidemment, l’équipe du CCO de Marseille sera à ses côtés. Prévention, ateliers culinaires, prise en charge sportive sont autant d’éléments compris dans l’accompagnement. Ce que les médecins appellent dans leur jargon « l’éducation thérapeutique ». Un point essentiel pour le maintien du poids sur le long terme. « Notre cheval de bataille est la lutte contre la reprise de kilos. On sait qu’elle est insignifiante chez des patients suivis. Pour les non-suivis, elle est de 30% », met en avant le docteur Danan.

 

Le CCO de Marseille modèle ?

La clinique Bouchard et son centre chirurgical de l’obésité font partie du groupe Elsan, deuxième groupe de cliniques et d’hôpitaux privés en France. Ce dernier détient plus de 120 établissements dans tout le pays, dont une soixante de CCO. « Mais très peu d’entre eux ont l’envergure du nôtre », tient à préciser David Fleyrat, directeur de Bouchard. À fortiori quand le centre s’installera dans des locaux tout neufs, à partir de 2020. La clinique marseillaise va en effet gagner un nouveau bâtiment de sept étages en lieu et place d’une ancienne villa utilisée pour la partie administrative. Elle se trouve sur ses terrains, à quelques pas de l’entrée principale. Les premiers coups de pioche pour la démolir vont démarrer sous peu. Deux étages seront entièrement dédiés au traitement de l’obésité : un pour tout ce qui touche à la chirurgie et l’autre pour l’éducation thérapeutique.

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La particularité sera toutefois ailleurs. Le docteur Danan est en effet en train de créer une méthode qu’il a baptisée « BariaFit » (contraction de « bariatrie » et « fitness »), qui sera au cœur de l’accompagnement. « Le gros problème de l’amaigrissement initial est qu’on perd du gras, mais aussi beaucoup de masse musculaire. Mon but est d’aider les patients sur ce volet ». Une fois la méthode finalisée, l’équipe l’étendra au CCO de Toulon puis à l’ensemble du groupe Elsan pour créer une sorte de fédération des centres chirurgicaux de l’obésité. Quand les estimations tablent sur 22% de personnes obèses dans le monde en 2045 – contre déjà 13% en 2016 d’après l’OMS – elle serait plus que de rigueur. La priorité est aussi à l’endiguement du phénomène. Mais hormis la prévention dès le plus jeune âge, on n’a pas encore inventé l’arme fatale.

 

Bonus :

  • La cause fondamentale de l’obésité et du surpoids est un déséquilibre énergétique entre les calories consommées et dépensées, d’après l’OMS. Elles sont aussi multiples selon le docteur Nedelcu : génétiques, familiales (abus sexuel, séparation, déménagement, etc), sociales, hormonales ou liées également à la prise de certains médicaments.
  • Seules les interventions chirurgicales (anneau gastrique, bypass et sleeve gastrectomie) sont remboursées par la sécurité sociale si le patient concerné répond aux critères de prise en charge (IMC, complication associée à l’obésité, âge, etc). Les tarifs sont variables en fonction du dépassement d’honoraires du chirurgien et de l’anesthésiste.
  • L’obésité morbide (ou massive) entraîne une augmentation de la mortalité ainsi qu’une hausse du diabète, des maladies cardiovasculaires et de l’apnée du sommeil.
  • À Marseille, l’hôpital public de la Conception dispose aussi de son centre de l’obésité. Des chirurgies sont également pratiquées au sein des hôpitaux Européens et Nord. Des établissements que le CCO de la clinique Bouchard ne voit pas comme de la concurrence. « Sur l’ensemble des patients qui pourraient être opérés, seulement 4% le sont. Il y a suffisamment de travail pour tous », met en avant le docteur Danan.