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Une maison positive, écologique et au prix du marché ? C’est possible !

Par Agathe Perrier

Journaliste

La start-up Maisons Bio s’est donné pour mission de démocratiser les maisons positives. Vous savez, celles qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Avec en prime un faible coût environnemental. Le pompon ? Un prix égal – voire inférieur – à celui d’une habitation traditionnelle. Piquée par la curiosité, je suis allée rencontrer ses fondateurs.

 

Rendez-vous est pris à la pépinière d’entreprises CleanTech, au technopôle de l’environnement de l’Arbois tout près d’Aix-en-Provence, où sont concentrées des jeunes pousses innovantes du secteur des technologies propres. Parmi elles, « Maisons Bio », fondée en novembre 2018 par Mathias Soulier et Lucien Pirolo, respectivement ingénieur en génie civil et ancien constructeur de maisons individuelles. Tous deux ont démissionné des grands groupes où ils étaient employés pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. « De par notre expérience, on sait comment fonctionne le secteur de la construction d’habitation. Les grosses entreprises continuent de garder les anciennes méthodes alors que de nouvelles plus performantes et écologiques existent. C’est pourquoi on veut les démocratiser », explique Mathias Soulier, au poste de président. Depuis trois mois, ils commercialisent ainsi des maisons positives et écologiques, dont le premier spécimen devrait sortir de terre d’ici la fin de l’été 2019.

 

Une maison positive, écologique et au prix du marché ? C’est possible !
Mathias Soulier et Lucien Pirolo, les deux fondateurs de Maisons Bio © DR

Les bases d’une maison positive

« Pour arriver à une maison qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme, il suffit d’avoir un bâti performant », indique Lucien Pirolo. Dit comme ça, c’était trop simple. Le directeur général poursuit : « Un bâti performant repose sur trois critères : l’inertie de la structure (ndlr : sa capacité à emmagasiner puis à restituer de l’énergie), l’étanchéité à l’air et la suppression des ponts thermiques ». Ce type de structure couplée à quelques panneaux solaires permet à un logement d’être positif. Et c’est aussi bien adapté aux régions très ensoleillées comme Provence-Alpes-Côte-d’Azur qu’au nord de la France.

Cette façon de penser les constructions va toutefois à l’encontre des pratiques traditionnelles. Quelques exemples à l’appui : l’isolation des habitations se fait de l’intérieur, ce qui supprime l’inertie des pièces. L’étanchéité à l’air est assurée par du placo qui perd ses caractéristiques hermétiques dès qu’il est percé, comme c’est le cas lors de l’installation de meubles de cuisine. « Les grands acteurs n’ont pas spécialement envie de changer leur système constructif car cela demanderait beaucoup d’argent et de temps pour former leurs équipes. L’innovation va venir de petites boîtes qui vont grossir au fil du temps », avancent, confiants, les deux associés. Afin de peser dans la balance, ils ne se sont pas arrêtés au « simple » critère positif.

 

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L’intérieur d’une Maisons Bio © DR

Des maisons bas carbone et écolos

D’après vous, quel matériau est utilisé dans la conception des Maisons bio ? À en regarder les photos, difficile à dire car l’aspect extérieur ne présente aucune particularité. Les parois sont en effet recouvertes d’enduit pour s’intégrer facilement dans n’importe quel paysage. Mais sous cette couche, on retrouve du bois. « On a choisi une ossature en bois biosourcé produit en France. Tout notre bois est labellisé « PEFC », issu de forêts renouvelables. Pour chaque arbre coupé, quatre sont replantés », précise Lucien Pirolo. Et son associé d’ajouter : « Nos murs consomment dix fois moins de dioxyde de carbone que du béton armé classique dans la phase de construction ».

Pour appuyer ses dires, la start-up s’est prêtée au jeu des comparaisons de matériaux (voir graphique ci-dessous). Le constat est sans appel : les murs de Maisons Bio sont beaucoup moins énergivores pendant la construction (ils consomment 0,1 mégawatt-heure/m²) que les habituels murs en parpaing (0,3 MWh/m²), brique (0,4 MWh/m²) ou béton armé (1,4 MWh/m²).

À noter que la durée de vie des Maisons Bio est aussi longue que celle des demeures traditionnelles. Elles disposent de tous les agréments pour retarder la prise du feu en cas d’incendie et répondent aux normes antisismiques. Leur recyclage est en plus facilité puisque le bois pourra être de nouveau utilisé pour construire une nouvelle habitation ou toute autre chose. À contrario, les matériaux classiques ont plus de mal à trouver une seconde vie, même si des filières tentent d’émerger (voir notre reportage sur ce sujet).

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Combien ça coûte ?

Faut-il emprunter sur 50 ans ou attendre l’héritage de mère-grand pour se payer une Maisons Bio ? Ni l’un, ni l’autre. Le prix au mètre carré est de 1 500 euros pour une habitation simple sans étage de 100 m² (comme celle figurant sur la photo tout en haut de cet article). Un prix qui n’inclut pas l’adaptation au sol ni le prix du terrain. « Si vous voulez un ordre d’idée, le prix moyen de la construction dans la région PACA en 2018 était d’environ 1 600€/m² », met en avant Mathias Soulier. Tout est ensuite imaginable : étage, étage partiel, fenêtres arrondies… Le coût en sera évidemment impacté.

La start-up devrait signer son premier projet d’ici quelques jours, pour un début de chantier à l’automne 2019. D’autres accords sont en bonne voie, aussi bien auprès de particuliers que de petits collectifs ou promoteurs. « Notre cible était initialement les primo-accédants pour leur permettre de s’offrir une maison durable. À terme, on va également demander les certifications afin de réaliser des bâtiments collectifs, évidemment pensés de la même manière que les logements individuels », confie Mathias Soulier. Un écoquartier se tramerait ainsi à l’horizon… De quoi présager de bons augures à ces deux jeunes entrepreneurs, bien décidés à démocratiser la construction de maisons positives et écologiques. A.P.

 

Bonus 

  • Maisons Bio a réalisé un comparatif en prenant en compte le type de construction d’une habitation, son isolation, l’étanchéité à l’air, les ponts thermiques, le bilan carbone à la construction, la facture d’électricité et le prix (voir ci-dessous) :

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  • Un projet lancé en 2013 a donné naissance à la construction d’une vingtaine de maisons positives dans toute la France. Baptisé Comepos, il est coordonné par le CEA et l’institut national de l’énergie solaire en partenariat avec de nombreux constructeurs. Le principal résultat attendu était la validation en conditions réelles de la faisabilité des maisons à énergie positive sur un large panel, représentatif des différents climats et des divers modes de construction. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, on en compte une à Châteaurenard (13). L’heure est aujourd’hui au recueil et à l’analyse du mode de vie des habitants de ces demeures un peu particulière. Un compte-rendu à retrouver ici.