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De l’eau minérale sans filtre et sans bouteille plastique, c’est possible

Par Rémi Baldy

Journaliste

De l’eau de meilleure qualité et une facture allégée. C’est le pari de Solable avec sa solution pour purifier l’eau du robinet grâce à des leds reproduisant la lumière du soleil. La start-up veut devenir une vraie alternative aux bouteilles plastiques et lance un financement participatif pour étayer son développement. J’ai cherché à en savoir plus sur ce concept plein de promesses.

 

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Pascal Nuti et Saadi Brahmi.

Dès le premier contact, Pascal Nuti partage son enthousiasme. « Vous tombez très bien puisque nous lançons notre mini-bouteille », s’exclame le président fondateur de Solable. Le nom de cette start-up installée à Lambesc et incubée au technopôle de l’Arbois à Aix-en-Provence vient « de l’idée de conjuguer le potable et le solaire », explique-t-il. Ce concept est le fil conducteur de Pascal Nuti et son associé Saadi Brahmi. Les deux hommes sont d’anciens collègues de travail qui ont décidé de se lancer à leur compte. « Nous avons une passion commune pour l’énergie solaire et il se trouve qu’à un moment nous étions tous les deux disponibles », raconte Pascal Nuti. Voilà le début de Solable en juin 2015. Mais pas tout à fait celui de LaVie, un coffret qui permet de rendre l’eau du robinet minérale. « Nous étions en train de réaliser une expérience de pasteurisation avec l’eau du robinet et à un moment, je ne sais plus vraiment pourquoi, nous l’avons bue et le goût était différent », se souvient en riant l’entrepreneur.

 

« De l’eau plus pure que l’eau minérale »

De l’eau minérale sans filtre et sans bouteille plastique, c’est possible 4Concrètement, LaVie se présente sous la forme d’un socle en bambou à brancher à une prise électrique et dans lequel il faut insérer sa bouteille d’eau. À l’intérieur, pas de filtre mais des leds reproduisent des UVA. Ce sigle désigne la catégorie la moins énergétique d’ultraviolets produit par le soleil. Dans un rapport de décembre 2017 sur LaVie, le professeur Nicolas Roche, chercheur au laboratoire de mécanique, modélisation et procédés propres (Université d’Aix-Marseille – CNRS – M2P2), explique que l’utilisation d’UVA « apporte une garantie supplémentaire sur le maintien ou l’amélioration de la qualité bactériologique des eaux ».

L’exposition aux leds permet de casser les molécules de chlore, mais aussi tous les éléments nuisibles tels que les pesticides ou les bactéries. « Il apparaît clairement une efficacité de déchloration du procédé La Vie supérieure à 90% dès 15 minutes d’exposition au rayonnement UVA des solutions dopées en Chlore », écrit également le professeur Nicolas Roche dans son rapport. Autre avantage, le fait de ne pas avoir recours à un système d’évaporation permet de conserver les minéraux que contient l’eau. Pour profiter de cette eau purifiée, il faut donc attendre 15 minutes, le temps du processus. « Cela donne de l’eau plus pure que l’eau minérale, nous faisons ce que les purificateurs ne font pas », revendique Pascal Nuti.

 

Une alternative aux bouteilles plastiques

De l’eau minérale sans filtre et sans bouteille plastique, c’est possible 3Quatre ans après l’expérience impromptue, le succès est au rendez-vous. Solable a reçu trois prix au prestigieux CES de Las Vegas et après un an et demi de commercialisation, la start-up affiche 7 000 exemplaires vendus. On les trouve principalement chez le distributeur Boulanger. Ce premier produit permet de purifier des bouteilles d’un litre. Un format destiné « aux familles ». Raison pour laquelle Solable travaille sur une version de 50 cl. « Cela s’adapte mieux à la vie au bureau ou pour le weekend, c’est une dimension pour les gens de tous les jours », juge Pascal Nuti. Une campagne de financement participatif a débuté lundi sur Indiegogo. « La fabrication est en cours, les premières livraisons devraient avoir lieu en juillet », avance le dirigeant. Ce nouveau modèle permet aussi de diviser le prix par deux. La modèle d’un litre coûte 200 euros et celui de 55 cl, 99 euros. « Cela permet aussi d’être plus abordable et de lever l’incertitude », prévient Pascal Nuti. Le prix de départ permet en tout cas de réaliser des économies à moyen-terme puisque l’eau en bouteille coûte 200 à 300 fois plus chère que celle du robinet selon les chiffres du dernier baromètre TNS-Sofres « Les Français et l’eau ».

Au-delà du pouvoir d’achat, Solable veut aussi permettre de réduire la consommation de bouteilles plastiques. « Cela permet de supprimer le transport et le plastique », souligne Pascal Nuti. Il n’existe pas de chiffre précis sur la quantité de bouteilles plastiques consommées et recyclées, ou pas, dans l’Hexagone. Toutefois, en février 2018, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique, assurait que « dans les grandes villes, comme Paris et Marseille, seule une bouteille en plastique sur dix est collectée ». En 2016, l’organisme des producteurs de plastiques PlasticsEurope indiquait que le taux de recyclage des plastiques, tous produits confondus, en France est de 22% contre 31% en Europe.

 

D’autres projets autour de l’eau dans les tuyaux

En plus d’offrir une solution à la consommation de plastique, LaVie peut permettre à Solable de développer d’autres initiatives axées sur l’eau. Son site présente ainsi LaDouche qui utilise l’eau qui tombe pour chauffer celle qui arrive, ou encore un panneau solaire dont la capacité est augmentée grâce à de l’eau ensuite réutilisée ensuite pour les sanitaires. Le succès de LaVie doit permettre de lancer les autres concepts. « Nous voulons devenir un incubateur “artisanal” pour porter des projets de ce type. Comme il est difficile de trouver des financements, nous misons sur un produit qui pourra bien marcher rapidement afin nous permettre de récolter assez d’argent pour mener à bien nos idées », ambitionne Pascal Nuti. Un concept autour de la culture de graines consommant moins d’eau et à cultiver chez soi est dans les tuyaux. Le dirigeant ne souhaite pas en dire plus tant qu’il n’a pas trouvé un entrepreneur pour mener ce projet…. Une chose est sûre, les idées ne manquent pas. ♦

 

Bonus

  • Le financement – Pour se lancer, Pascal Nuti et Saadi Brahmi ont d’abord compté sur leurs fonds propres en investissant 50 000 euros. Ils ont ensuite pu profiter de l’écosystème et du réseau du technopôle de l’Arbois pour trouver des financements. « Grâce à eux nous avons pu rencontrer deux accélérateurs européens », souligne Pascal Nuti. Il s’agit dans un premier temps d’InnoEnergy qui a récupéré 10% des actions de la start-up en échange d’un investissement de 120 000 euros. L’organisme est l’un des trois « KIC », pour Knowledge and innovation communities, (Communauté de la Connaissance et de l’Innovation), fondé par l’Institut européen d’innovation et de technologie pour « trouver des solutions à un défi mondial donné ». Un autre de ces organismes, Climate-KIC a subventionné Solable à hauteur de 100 000 euros l’année dernière.

« Tous ces investissements se sont faits au fur et à mesure, pour accompagner notre développement », explique Pascal Nuti. La start-up a également contracté deux prêts auprès de BPI France et de la Banque populaire pour un montant total de 400 000 euros. La quête de liquidités de la jeune pousse provençale ne s’arrête pas là. Une levée de fonds est prévue une fois que la campagne de financement participatif sera terminée dans un mois. L’objectif est d’atteindre les 500 000 euros. Une somme qui sera doublée localement grâce au fonds Paca Investissement. Pascal Nuti espère également que la campagne sur Indiegogo jouera un rôle de promotion pour attirer des financeurs. Une plateforme japonaise qui adapte les contenus d’Indiegogo au marché nippon va étendre le financement participatif au pays du Soleil-Levant. De quoi élargir les perspectives.