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L’appli qui fait danser les écoliers et accroît leur assurance

Par Agathe Perrier

Journaliste

Le Ballet National de Marseille (BNM) va bientôt achever la phase-test de son application « Map to the Stars », qui mise sur le développement de la créativité des enfants par la danse et les nouvelles technologies. Elle s’invite pour cela directement dans les classes. Les écoliers adorent et gagnent en confiance.

 

La sonnerie raisonne à l’école primaire de Saint-Barnabé. Il est 13h30. Si la majorité des élèves retourne en classe pour l’après-midi, tel n’est pas le cas pour les CM2 de monsieur Amadeï. Direction le gymnase pour eux. Les chaussures et vestes enlevées, garçons et filles déambulent dans l’espace puis s’allongent et se détendent. « Pour la séance d’aujourd’hui, nous allons nous pencher sur le mouvement dans l’art. Je vais vous montrer une œuvre et on va en discuter », annonce l’instituteur. Quel rapport avec la danse ? Les enfants ne semblent pas perturbés et prennent place autour de leur professeur.

La danse, vecteur de confiance chez les enfants
Les élèves analysent une œuvre avant de reproduire les mouvements identifiés en dansant © AP

Les formes et les lignes de force du tableau sont ce qui intéresse l’enseignant. Les novices en art les repèrent tour à tour. Après quelques minutes, la consigne tombe : « Maintenant, vous allez essayer de reproduire les mouvements que vous avez identifiés ». Ni une, ni deux, les 23 minots se mettent en action. Avec plus ou moins de ressemblance, de souplesse, de grâce. Là n’est pas l’important. « L’objectif est d’initier les enfants à la danse et surtout de titiller leur créativité. On sait comment l’art en général peut réveiller et débloquer des choses. Ça peut réellement les aider à s’exprimer », explique Béatrice, danseuse au sein du Ballet National de Marseille (BNM), présente pour superviser la leçon. Le centre chorégraphique, créé en 1972 par l’illustre danseur et chorégraphe Roland Petit, s’est en effet donné pour mission de développer la créativité des enfants par la danse et les nouvelles technologies. La structure a ainsi imaginé une application mobile clé en main destinée aux professeurs des écoles. À l’intérieur, des sessions mêlent tutoriels, explications et interactions, pour permettre aux petits de se mettre en mouvement.

 

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L’application Map to the stars © AP

Au-delà de Marseille, un projet européen

C’est en septembre 2017 que le BNM s’est lancé dans la création de son application, sous la direction du chorégraphe Éric Minh Cuong Castaing, directeur de la compagnie Shonen. L’idée est alors de donner naissance à un nouvel outil numérique constitué d’une série de tutoriels classés par objectifs pédagogiques, avec des défis à réaliser avec les élèves. Un projet de dimension européenne puisqu’il se monte en collaboration avec des structures culturelles implantées chez nos voisins : le Centre international des arts chorégraphiques d’Amsterdam (ICK), le centre référence de danse Mercat de les Flors de Barcelone et Explora-Museo dei Bambini, musée pour enfants de Rome. « Des artistes de chacun de ces pays ont créé des tutoriels avec, comme base commune, un échauffement, un déroulement et un temps de détente. Mais un contenu varié », expose Béatrice. Ces leçons particulières sont testées grandeur nature depuis septembre 2018. À Marseille, outre l’école Saint-Barnabé, celle du Parc Bellevue (3e) et le collège Germaine Tillon (12e) les expérimentent également.

Art, géographie, architecture… En travaillant sur différents domaines, les élèves s’initient à la danse. Et abordent parallèlement diverses notions comme la mémoire, l’improvisation ou le fait d’apprendre à composer avec plusieurs consignes. Les petits Français, Néerlandais, Espagnols et Italiens suivent tous le même programme de douze séances, dont la durée varie de 35 à 45 minutes. Puisque cette année scolaire est celle de l’expérimentation, le BNM et les structures européennes partenaires recueillent leurs avis et retours. « À terme, l’objectif est de créer des échanges entre les classes des différents pays. Qu’ils se challengent entre eux pour développer leur esprit critique », précise Béatrice.

 

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© AP

De la danse et beaucoup de confiance

Retour au gymnase de l’école Saint-Barnabé. Les élèves enchaînent différents exercices, mettant leur créativité toujours plus à contribution. Ils ne doivent plus seulement transcrire un mouvement, mais plusieurs, les enchaîner avec des transitions, exprimer l’atmosphère qui se dégage des œuvres présentes autour d’eux. Sur ce dernier point, ça coince un peu. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à le dire quand, une fois remontés en classe, Béatrice leur demande ce qu’ils ont pensé de cette séance. Mais le bilan reste malgré tout positif pour cette session.

Et sur le programme de façon générale ? L’objectif d’initiation à la danse est atteint sans hésitation. « C’est bien de faire de la danse à l’école parce qu’on n’en fait jamais d’habitude », souligne ainsi Raphaël. Norah et Arthur approuvent. « On est moins timide depuis qu’on fait cette activité avec les autres », ajoute de son côté Thomas. Moins de honte, moins de peur d’être moqués : les ateliers ont également permis aux enfants de gagner en confiance. Le professeur approuve totalement ces dires : « Lors des premières séances, c’était compliqué car les enfants ne voulaient pas se toucher ou ne serait-ce que montrer ce qu’ils avaient produit. Aujourd’hui, ça ne pose plus de problèmes. Ils ont même fait des représentations devant un public ! Je pense que je participerai de nouveau l’année prochaine avec ma classe car le bilan est très positif », se réjouit Olivier Amadeï. D’autres enseignants de l’établissement rejoindraient aussi volontiers la prochaine promotion.

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Clôture de la séance par un retour d’expérience avec Béatrice, danseuse au BNM © AP

Cinq classes pour 2019/2020

Après la phase d’expérimentation, place au déploiement de Map to the stars. Cette fois en totale autonomie pour chacun des pays. 27 tutoriels seront au total disponibles, traduits dans six langues. À Marseille, le BNM envisage de travailler avec cinq classes pour la première année de développement. Le centre chorégraphique réfléchit également à céder les droits d’exploitation à la compagnie Shonen, pour que le dispositif s’exporte au-delà des classes marseillaises ou provençales. Avec l’idée que des enfants partout en France puissent s’initier à la danse et gagner en confiance de façon ludique.

 

Bonus :

  • La création et le développement de l’application a pu voir le jour notamment grâce à un financement de la Commission européenne via le programme Europe Créative. D’où la collaboration avec d’autres structures européennes dans sa construction. Le reste (environ 40% du budget) provient du BNM et des partenaires.
  • Map to the stars n’est pas la première initiative du BNM à destination des enfants. Avec « Entre(z) dans la danse », le centre chorégraphique effectue un travail d’éveil et de sensibilisation chaque année auprès de plus de 300 élèves de la métropole depuis 1999. Ils visitent les studios et coulisses du BNM, assistent à des répétitions et aux spectacles de la compagnie, participent à des ateliers avec les danseurs professionnels et réalisent une œuvre qui est présentée en fin d’année sur scène.