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De l’énergie verte avec une hydrolienne entièrement recyclable

Par Rémi Baldy

Journaliste

L’énergie propre c’est bien, mais en créer avec un outil qui peut être entièrement recyclé c’est mieux. C’est le credo de Stéphan Guignard, enseignant chercheur à Aix-Marseille université, qui développe une hydrolienne doublement innovante : sa puissance est optimisée grâce à des pales souples et sa production énergétique est supérieure à celle que nécessite sa durée de vie. Encore à l’état de prototype, ce projet intitulé VH quatrevingtreize m’a intrigué.

 

L’une de mes premières questions est sur le nom : VH quatrevingtreize. Difficile d’y voir au premier abord un lien avec l’eau ou l’énergie. C’est pourtant bien le cas. « Il s’agit d’un clin d’œil au dernier roman de Victor Hugo dont c’est le titre. À la toute fin, il explique qu’il faut utiliser la force de l’eau et des vagues. C’est assez incroyable quand on sait que cela date d’il y a près de 150 ans », explique Stéphan Guignard, enseignant chercheur à Aix-Marseille Université et fondateur de la start-up. « Et puis cela rajoute un petit effet de terminer son pitch en citant Victor Hugo », s’amuse-t-il.
De l'énergie verte avec une hydrolienne entièrement recyclable 5La référence l’aidera-t-il à se faire encore plus remarquer lors du salon Meet’up qui se déroule ce mardi à la station F à Paris et lors duquel la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire Brune Poirson ainsi que le ministre de l’Écologie François de Rugy devraient venir voir son innovation ? Car au-delà des citations de Victor Hugo, c’est bien-sûr l’hydrolienne que développe Stéphan Guignard qui doit en mettre plein les yeux. Le prototype qu’il présente mesure un mètre. Il se place dans l’eau, plutôt dans des rivières ou en bord de mer, pour profiter du mouvement naturel du courant afin de faire tourner son hélice et ainsi créer de l’énergie sans impacter la faune aquatique. L’idée emprunte au rotor de Savonius, un concept d’éolienne verticale breveté il y à 90 ans. « L’innovation est dans la souplesse, avec une pale souple qui permet de multiplier par deux la puissance qu’elle peut délivrer », précise Stéphan Guignard qui a baptisé son invention la « houlomotrice ». Le système est breveté pour l’Europe, la Chine, les États-Unis et le Canada.

 

Débuter par de l’auto-consommation

Cette houlomotrice est le fruit d’une longue expérience. « J’ai toujours aimé la nature et j’ai travaillé sur la mécanique des fluides et la mécanique énergétique pour des complexes industriels ce qui m’a permis d’avoir beaucoup de connaissances dans ce domaine », raconte Stéphan Guignard. Son engagement le pousse en politique, il est conseiller municipal délégué à l’énergie et au pôle environnement de la mairie de Saint-Rémy-de-Provence. « Cela m’a permis de voir les besoins des territoires et aussi de constater le changement de l’approche politique sur l’environnement », poursuit-il.

Mais c’est bien à travers ses cours sur l’énergie de la vague et son stockage que le chercheur s’intéresse au Savonius. « Une curiosité scientifique », précise-t-il. Des travaux qui mènent Stéphan Guignard à se poser la problématique de « l’impact environnemental de nos systèmes d’extractions d’énergies renouvelables. Aujourd’hui ils ne sont pas durables car leur recyclage n’est pas extrêmement bien prévu ». Les exemples ne manquent pas. « L’éolien offshore repose généralement sur du béton qui a un coût environnemental fort, les éoliennes sur terre sont difficilement recyclables », illustre l’enseignant-chercheur.

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« Des matériaux biosourcés »

Il souhaite donc utiliser un outil capable de produire plus d’énergie que la quantité dont il aura besoin pour sa fabrication, sa durée de vie, sa maintenance et son recyclage. La machine de VH quatrevintreize est constituée de matériaux biosourcés et de déchets comme les tissus en fibre de lin et aiguilles de pin. De quoi faire « un produit recyclable de A à Z ». Le tout avec de la technologie low-tech, pour faire baisser le prix. « Nous arrivons à 40% de rendement, le maximum pour une hydrolienne est de 60% donc j’ai préféré miser sur un produit accessible », explique Stéphan Guignard. Le business model se base sur de l’économie de fonctionnalité. L’idée n’est pas de vendre une hydrolienne, mais des watts et donc de procéder avec des locations sur des durées de 10 ans pour un montant de 2 500 euros. « Avec les économies que cela permet, le produit est remboursé en cinq ans », assure Stéphan Guignard. Pour l’instant, les premiers tests permettent une production de 500 Watts pour une vitesse d’écoulement de deux mètres cubes par seconde. La cible idéale est donc constituée de particuliers ou de petites collectivités, pour de l’auto-consommation. En milieu marin, cela peut permettre d’alimenter les signalisations en mer.

 

Des futures fermes

Le développement de la technologie s’est fait avec SATT Sud-Est. Un partenariat qui se traduit sous forme de dette remboursable dans 5 ans. Pour ce qui est du reste des financements de VH quatrevingtreize, Stéphan Guignard a d’abord compté sur ses fonds propres puis une aide de la BPI.

De l'énergie verte avec une hydrolienne entièrement recyclable 3Pour l’instant, seul le prototype est prêt. Des tests vont maintenant être menés jusqu’à septembre pour voir sa durabilité, celle des matériaux biosourcés notamment, et vérifier si les dimensions conviennent. Pour financer la recherche et développement ainsi que le déploiement des prototypes, VH quatrevingtreize réalise une campagne de financement participatif de 100 000 euros. L’idée est d’abord d’assurer les performances d’une machine seule puis d’en associer plusieurs et de constituer des fermes. « Cela permettra de déterminer si 1 + 1 + 1 fait 1,3 ou 3 ou 4 », explique Stéphan Guignard.

Mais le dirigeant pense déjà à la suite. Une levée de fonds d’un million d’euro pour 2020 et la possibilité de concevoir des machines de 5 à 20 mètres pour les placer dans des fleuves ou courants marins et développer une puissance beaucoup plus importante. Un développement qui pourrait profiter du réveil de l’Europe sur ce sujet. En mai 2018, un programme de R&D d’un montant de 8 millions d’euros a été lancé. D’une durée de trois ans, il ambitionne de réduire de 6 à 8% le coût actualisé de l’énergie, soit le prix complet d’une énergie sur sa durée de vie. Le marché semble prometteur. Des députés britanniques estiment qu’il pourrait atteindre au niveau mondial à 90 milliards d’euros en 2050. « Qu’est-ce que l’océan ? Une énorme force perdue. Comme la terre est bête ! Ne pas employer l’océan ! », écrivait Victor Hugo. Près de 150 ans plus tard, c’est en train de changer. ♦

 

Bonus

  • Le label GreenTech verte. Le salon Meet’up est un évènement qui s’inscrit dans le cadre du label GreenTech verte. Cette initiative a été lancée en février 2016 par les ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires. Elle vise à repérer des start-ups dont les projets permettent d’apporter des réponses ou des leviers dans la lutte contre le changement climatique, la précarité énergétique ou pour encourager la préservation de la biodiversité. Les différentes innovations doivent s’inscrire dans une démarche d’économie circulaire. L’idée est que ces « jeunes pousses » contribuent à la mise en œuvre du plan climat du ministère de la Transition écologique.

Une fois labellisées, les start-ups profitent d’un écosystème avec des incubateurs, dont le technopôle de l’Arbois à Aix, et de différentes initiatives comme des salons, dont le Meet’up, des hackathons ou des levées de fonds. Lors d’un bilan en fin d’année dernière, le ministère annonçait que 141 projets avaient été lauréats du label.