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Se donner les moyens d’une mode éthique et durable

Par Nathania Cahen

Journaliste

Mettre en avant les marques qui agissent, interpellent les consciences, incitent les consommateurs à préférer un achat responsable : c’est le challenge Go for Good des Galeries Lafayette. En un an, 500 entreprises sont entrées dans ce mouvement vertueux.

Les Galeries Lafayette mobilisées pour une mode éthique et durable 3On ne le sait pas, ou peu : les Galeries Lafayette sont dotées depuis 2012 d’une direction développement durable. C’est elle qui, en septembre 2018, a lancé l’opération Go for good, sous l’œil bienveillant d’une marraine acquise à la cause, la créatrice Stella Mc Cartney. Le principe ? Mettre en avant les marques qui agissent, interpellent les consciences, incitent les consommateurs à préférer un achat responsable. Environ 500 des 3 000 marques du magasin ont joué le jeu, la moitié dans le secteur du prêt-à-porter, à l’instar de Louis Vuitton, Armor-Lux, Éminence, ou Patagonia. Inscrivant tout ou partie de leurs collections dans un cahier des charges pointu. Des entreprises de la région Provence, comme Le temps des Cerises, Hom, Leï 1984 ou Le Marseillais pointent également dans ce catalogue vertueux. Dans l’œil de Marseille, un corner dédié aux marques marseillaises Go for Good, a été aménagé au sein du magasin du Centre Bourse quand ailleurs ce sont des espaces Le Good Spot.

Go for Good est un projet phare qui s’inscrit dans l’évolution des modes de consommation, l’attention portée à l’impact sociétal et environnemental des achats. Après l’alimentation et la beauté, le secteur mode-habillement s’éveille à son tour. Il était temps, quand on sait qu’il s’agit d’une industrie parmi les plus polluantes, et parmi les plus controversées pour l’exploitation de la main d’œuvre (l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza, à Dacca, avait causé plus d’un millier de morts dont de nombreux enfants). À cela s’ajoutent certaines pratiques irresponsables : on consomme deux fois plus de mode qu’il y a 15 ans, mais les trois quarts des vêtements ne sont quasiment jamais portés.

 

L’innovation, un moteur du changement

Les Galeries Lafayette mobilisées pour une mode éthique et durable 4« Pour les Galeries Lafayette, l’innovation n’est pas une option mais une nécessité. Le secteur du retail se transforme en profondeur et rapidement. L’e-commerce explose et nous pousse à concilier le grand magasin avec le digital. Pour nous appuyer dans cette modernisation, nous avons ouvert, il y a deux ans, un accélérateur de start-ups à Paris, Lafayette Plug and play, spécialisé dans les nouveaux défis technologiques du retail », indique Damien Pellé, directeur du développement durable des Galeries Lafayette depuis 2018. Des solutions novatrices émergent régulièrement des deux promotions sélectionnés chaque année, comme les caméras connectées de Qopius qui photographient régulièrement les rayonnages d’un magasin et en extraient différentes informations (marques présentées, prix des produits, promotions en cours…) pour optimiser la présentation des produits et la gestion des stocks. Ou encore le système de Heuritech qui détecte les nouvelles tendances de mode sur les réseaux sociaux. Pour rester au plus près de l’innovation, les Galeries Lafayette sont également membres de l’accélérateur d’Amsterdam Plug and Play – Fashion for Good, lancé par la Fondation C&A, qui se concentre à 100% sur le thème de la mode responsable (matériaux innovants, nouveaux procédés de recyclage, etc.).

 

Production à la demande, location et échange de vêtements

Les Galeries Lafayette mobilisées pour une mode éthique et durable 1Sur le plan du développement durable, cette nouvelle perspective induit de profonds changements en termes de traçabilité des chaînes de production, de sélection des marques ou d’information aux clients. La lutte contre le gaspillage vestimentaire conduit à s’intéresser à la production à la demande. « Scanner la silhouette du client pour du sur-mesure industriel permettrait d’aligner la production sur la demande et de résoudre les problématiques des stocks, du gaspillage, des invendus, des promotions, détaille Damien Pellé. Cette stratégie zéro déchets est intéressante, tout comme la possibilité de louer les vêtements, pratique qui se développe aux États-Unis avec des acteurs tels que Rent The Runway. » Le succès de la plateforme Vinted, qui permet d’acheter, vendre ou échanger des articles seconde main, est également symptomatique d’une révolution.

 

Dans l’hexagone, un contexte porteur

Les Galeries Lafayette mobilisées pour une mode éthique et durable 2La France dispose de l’une des réglementations les plus exigeantes au monde vis-à-vis des entreprises en matière de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), respect des droits humains ou lutte contre la destruction d’invendus. « Ceci favorise l’émergence d’un nombre très significatif d’entreprises leaders de leurs secteurs en matière de développement durable. Nous sommes un pays phare dans le monde de la mode. Il est important de montrer l’exemple, de faire preuve d’imagination et d’audace », estime Damien Pellé. Les parties prenantes de la filière s’organisent à différents niveaux afin de développer des collaborations autour d’acteurs comme Eco TLC, un éco organisme agréé par l’État en charge du recyclage des textiles en fin de vie, l’ICS (Initiative for Compliance and Sustainabilty) qui œuvre à l’amélioration des conditions de travail dans les pays de production textile ou encore Paris Good Fashion impulsé par la mairie de Paris et qui vise à faire de la ville la référence mondiale en matière de mode responsable d’ici à 2024. Dans le nord de la France, les industriels textile, ou un groupe comme la Redoute (lire ses engagements ici) font également preuve de beaucoup de solidarité et d’innovation pour un développement plus durable.

À la clé, des bénéfices pour la planète et les petites mains du textile, mais aussi la fierté et la motivation des salariés des marques et des entreprises qui s’engagent. ♦

 

 

Bonus

 

  • En 2018, les GL ont fait don de près de 90 000 articles de mode invendus à Emmaüs

 

  • Du 4 septembre au 13 octobre sera célébré le premier anniversaire du mouvement Go for Good et les magasins GL de Prado et Bourse, à Marseille, mettront à l’honneur toute l’offre Go for Good de leurs rayons.

 

  • Relisez l’article consacré au mouvement Anti_fashion Project initié par la Marseillaise Stéphanie Calvino. L’édition 2019 se tiendra les 27 et 28 juin à la Friche de la Belle de Mai.