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COllections PAtrimoine INSertion, l’insertion par l’arboriculture

Par Nathania Cahen

Journaliste

COPAINS est un acronyme astucieux pour COllections PAtrimoine INSertion, un projet d’insertion par le maraîchage et l’arboriculture sur l’île de Porquerolles, qui bénéficie de partenariats porteurs.

Il y a trois ans, le maraîcher de l’île de Porquerolles, Alain Rattalino, a pris sa retraite. Je le connaissais un peu pour avoir été de ses clientes occasionnelles. Il travaillait des terres concédées par le Parc national, à la sortie du village, sur la route du phare. Le personnage était sympathique et causant. Ses fruits et légumes toujours récoltés à maturité étaient délicieux, vendus à des prix corrects. En vertu de quoi sa clientèle, importante en été, plus rare au printemps et à l’automne, était fidèle. Son départ et la mise à disposition des parcelles intéressent Sauvegarde des forêts varoises, une association de l’ESS installée à Hyères, qui organise des chantiers d’insertion liés à la nature – son entretien comme son exploitation. Et monte un projet en partenariat avec le Parc national de Port-Cros et le Conservatoire Botanique de Porquerolles.

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Agnès Aujard

« Le maraîchage bio était au nombre de nos projets, mais sur le continent, la pression foncière est tellement forte que les prix sont prohibitifs pour nous », explique sa directrice, Agnès Aujard. À Porquerolles, la terre appartient à l’État, et la structure est retenue pour prendre la relève sur la vingtaine d’hectares à exploiter. Entretenir et renouveler les collections variétales d’arbres fruitiers d’un site doté d’un patrimoine génétique exceptionnel. Tout n’est pas cultivé, il y a des lauriers roses et des dattiers qui poussent en liberté. Des oliviers, des figuiers et des mûriers. Des rangées de tomates, blettes, courgettes, aubergines, poivrons. Et à l’automne des navets et des poireaux. Avec une prime à l’agroforesterie, méthode qui mixe arboriculture et maraîchage, en misant sur la complémentarité pour fertiliser les espèces, économiser l’eau et encourager la biodiversité. « Par exemple, quand les racines des légumes se décomposent, elles enrichissent la terre du figuier », précise Agnès Aujard. Des salariés du réseau Cocagne (lire en bonus) qui fédère notamment des chantiers d’insertion autour du maraîchage bio ont prêté main forte pour la mise en place.

Projet social sur île dorée 2Le projet a été plutôt bien accueilli par les locaux. « Il y a peut-être eu un peu d’appréhension avant que nos équipes ne viennent travailler, liée au terme « insertion », souvent vecteur de représentations négatives, note la responsable. Mais les craintes n’étant pas fondées, et en expliquant que les salariés sont des demandeurs d’emploi, et non des délinquants, les Porquerollais ont compris l’intérêt du projet et la plus-value qu’il pouvait apporter à leur île ».

 

Petites récoltes pour commencer

Il existe une demande toute l’année, mais très mal répartie : la population de Porquerolles avoisine les 250 habitants en basse saison mais accueille quotidiennement quelque 15 000 visiteurs quotidiens aux mois de juillet et d’août. Les productions sont assez faibles : 4 hectares de figuiers donnent 700 kg de fruits et un hectare de mûriers, 30 kilos. Les exercices 2017 et 2018 ont enregistré chacun des déficits de l’ordre de 30 000 euros, « ce qui n’est pas simple pour notre association qui a peu de réserves ».

Le budget de fonctionnement de COPAINS se monte à 455 000 euros (celui de l’association Sauvegarde des forêts varoises à 1,2 million d’euros), dont 18 000 euros de frais de transports pour acheminer les salariés sur l’île. Différentes subventions viennent l’abonder, dont 9 000 euros de la métropole Toulon Provence Méditerranée et 20 000 euros du Parc national de Port-Cros.

 

De précieux partenaires

Projet social sur île dorée 5Il y aussi des dons de fonds privés et d’entreprises mécènes, à hauteur de 79 500 euros. Parmi ces précieux partenaires, le fonds de dotation Itancia, les fondations de L’Occitane, Pierre et Vacances, JM Bruneau et, depuis cette année, AG2R La Mondiale. Avec le groupe Pierre et Vacances, qui possède une résidence à Giens, une synergie originale s’est par ailleurs nouée : les salariés qui le souhaitent offrent une journée « cohésion » à COPAINS pour aider à désherber les cultures, ramasser les mûres, faire du second œuvre… Jusque dans le hall, où des panneaux détaillent ce projet d’insertion. Du mécénat de compétence aussi, avec la graphiste Lelia. La PME Soleou assure la mise en bouteille de la petite récolte d’olives et la société de transport TLV-TVM, mécène, fait chaque année un don assez conséquent depuis le démarrage de l’action. « Nous ne payons le fret, ni pour les marchandises, ni pour les camions que nous faisons passer. La compagnie nous donne également des billets gratuits qui nous permettent de proposer à nos partenaires un passage à Porquerolles sans avoir à payer les billets, pour la venue du comité de pilotage ou la visite de nouveaux partenaires potentiels », détaille Agnès Aujard.

 

L’insertion par la main verte

Seuls les deux formateurs sont logés sur l’île, dans une fermette propriété du Conservatoire du littoral. Ils encadrent 16 personnes bénéficiant d’un contrat de travail initial de six mois (sur la base d’un SMIC de 24 heures) qui se frotteront à des activités de maraîchage, arboriculture, transformation et commercialisation. C’est pourquoi 20% de leur temps rémunéré relève de l’accompagnement et de la structuration d’un projet. Le fonctionnement est le même pour l’ensemble des publics accompagnés par Sauvegarde des forêts varoises sur le continent, qu’ils soient affectés à l’entretien des espaces naturels de Giens, à la propreté urbaine de Toulon Provence Métropole ou au salin des Pesquiers. L’objectif social qui sous-tend est d’accompagner au moins 60% des effectifs vers l’emploi ou, à défaut, vers une formation professionnalisante. Cet objectif est fixé par l’État. L’association ne l’a pas atteint deux années de suite et a ainsi perdu plus de 83 000 euros de subventions de la Région.

Pour autant, le projet de Porquerolles n’est pas menacé. Un laboratoire modulaire a ouvert cette année pour réaliser sur place confitures et conserves. Proposer des paniers est une éventualité étudiée, tout comme vendre les produits transformés sur le marché bio du samedi, à Hyères. « Il y a beaucoup de choses nouvelles pour nous, travailler sur une île, développer l’arboriculture. C’est un projet énergivore mais magnifique », résume Agnès Aujard. ♦

 

*— Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « Alimentation durable », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité, mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et soutenir l’engagement de Marcelle – le Média de Solutions —

 

Bonus

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  • Pour soutenir l’association d’insertion Sauvegarde des Forêts Varoises, vous pouvez faire des dons ou devenir bénévole. Si vous êtes à la tête d’une entreprise, pensez mécénat (financier, de compétences ou dons en nature) ! L’association Sauvegarde des forêts varoises a été créée en 1991 et dispose d’un agrément pour 48 postes en chantiers d’insertion.

 

  • Le point de vente COPAINS se situe au bout du village de Porquerolles, sur la route du Phare. Il est ouvert les mardi et vendredi de 10h à 13h. Les tarifs pratiqués s’alignent peu ou prou sur ceux de FranceAgriMer.

 

  • Le réseau Cocagne – En 1991, inspiré d’un modèle suisse auquel a été ajouté un volet social, le premier Jardin de Cocagne est créé à Chalezeule (25), porté par l’association Julienne Javel. Face à l’exclusion qui touche alors les personnes de culture rurale et agricole, ce nouveau concept, initié par Jean-Guy Henckel, vient diversifier les activités d’insertion par l’activité économique et étendre l’offre de remise au travail des publics en difficulté. Le pari est ambitieux : il s’agit d’allier le principe de la distribution en circuit court à des clients qui sont aussi des adhérents de l’association, l’insertion par le travail pour des personnes en grande précarité, et le cahier des charges de l’agriculture biologique. L’essaimage démarre dès 1994. En 1999, 50 jardins existent et pour répondre au besoin de développement, d’animation et de coordination de leurs actions, le Réseau Cocagne est fondé.