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[Série] Tourisme et seuil de tolérance à Marseille #4 Prise de conscience… enfin !

Par Olivier Martocq

Journaliste

@Marcelle média

Le tourisme en forte progression de 6% devrait dépasser la barre des 8 millions de visiteurs en Provence cette année. Une manne estimée par le Conseil Départemental à 2,7 milliards d’euros et 50 000 emplois selon le patronat [#1 Le positif]. Certes important, ce secteur économique ne représente cependant que 7% du PIB et 7% des emplois. Si les villes conçues autour de cette activité se félicitent de cette tendance, la présence de 5 millions de touristes pose des problèmes à Marseille, en termes de pollution essentiellement imputable aux 523 escales des paquebots de croisière [#2 les nuisances] mais aussi de logement locatif et de surpopulation des plages, calanques et de certains quartiers transformés en Disneyland [#3 les conflits d’intérêt].

 

Il aura fallu attendre le plan rouge canicule déclenché le 28 juin – une première en France- pour que les lignes bougent concernant la pollution. Jusque-là, et malgré des épisodes d’alerte à l’ozone et aux particules fines répétés, les autorités ne s’activaient pas. Les informations habituelles de mise en garde des populations fragiles étaient diffusées, puis on attendait que ça passe. Personne n’était au courant par exemple que depuis le 7 juin les automobilistes marseillais avaient l’obligation de se procurer une vignette Crit Air, avec plus de deux ans de retard sur les autres grandes agglomérations.

 

Premières mesures pour lutter contre la pollution automobile

[Série] Tourisme et seuil de tolérance à Marseille #4 Prise de conscience...enfin ! 3
@Marcelle média
Résultat, quand la préfecture a déclenché la circulation différenciée dans la cité phocéenne, une bérézina en a résulté. Aucun conducteur n’était allé sur internet se procurer le fameux viatique. Dès lors, les policiers ne pouvaient que faire de l’information-prévention et, au lieu d’amendes de 68 et 135 euros (pour les poids lourds), distribuer des centaines de tracts sur 10 points d’accès vers l’hyper centre, en principe interdit aux véhicules de plus de 12 ans. Effet sur le trafic : zéro ! Plus inquiétant, une semaine plus tard, les pare-brise dotés de vignettes sont toujours aussi peu nombreux à Marseille. Au passage, les journalistes curieux ont découvert qu’il n’existait pas de chiffres officiels sur le nombre de voitures concernées. Certains sites en ligne favorables aux automobiles évoquent 600 000 véhicules relevant de Crit Air 3/4/5 (les plus polluantes), soit près de la moitié du parc départemental. C’est considérable et ouvre la porte à une possible crise de type gilets jaunes, d’autant que les quartiers les plus pauvres de la métropole provençale sont aussi les moins bien desservis par les transports en commun.

 

Premières mesures pour lutter contre la pollution des paquebots

[Série] Tourisme et seuil de tolérance à Marseille #4 Prise de conscience...enfin ! 2
Photo Isaac Sand
Ce même 28 juin, le Conseil de surveillance du port de Marseille Fos a adopté deux mesures pour baisser les rejets des navires estimés par l’ONG Transport&Environment, à Marseille, à près de 15 tonnes d’oxydes de soufre par an, ce qui en fait l’un des principaux polluants de l’air. Ce taux est quatre fois plus élevé que celui de tous les véhicules circulant dans la cité phocéenne ! AtmoSud, l’organisme qui mesure la qualité de l’air à Marseille estime (info France 24) que les activités maritimes représentent 40% des émissions d’oxyde d’azote et 13 % des particules fines émises. Une tendance à la hausse dans une ville qui vise désormais la place de premier port de croisière méditerranéen, avec un objectif de deux millions de passagers dès 2019 contre 1,6 million en 2017. Contestant ces chiffres sans en proposer d’autres, la direction du port a néanmoins ordonné aux navires de réduire leur vitesse de deux nœuds dans la rade, ce qui entraîne un retard d’environ 10 minutes mais une baisse de la pollution qu’elle évalue à 20%. Autre information de taille contenue dans  « Nos actions pour l’excellence environnementale », son nouveau plan de communication, 20 millions d’euros seront investis d’ici à 2025 pour apporter l’électricité à quai et éviter que les moteurs des paquebots ne tournent à l’arrêt. Une prouesse technologique -et ça, pour le coup, c’est une réalité- qui fera de Marseille le premier port de méditerranée disposant de ce type d’équipement. Reste que Jean-Marc Forneri, le président du Conseil de surveillance du port, ne répond pas sur deux points essentiels. La pollution générée par chaque navire lors des manœuvres d’accostage, moment le plus critique en termes d’émission de polluants. Et, surtout, l’apport de ces navires de croisières pour l’économie portuaire et locale face aux investissements et aux désagréments que leur venue génère [#2 les nuisances]. Jean-Marc Forneri se contente sur ce sujet de resservir les chiffres qui tournent en boucle depuis cinq ans : 300 millions d’euros et 2 000 emplois – qui ne reposent sur aucune étude sérieuse. « Nous ne sommes pas des empoisonneurs, il y en a assez de cette image qui affecte les 42 000 salariés de la filière », se défend-il. Le même concède que la pollution des bateaux de croisières sera bien un des enjeux de la prochaine campagne des municipales. Et que tous les politiques vont s’en emparer.

 

Airbnb Marseille va s’aligner sur Paris

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@Marcelle média
Même si, à la différence de Bordeaux, Nantes, Toulouse, Lyon et bien sûr Paris, les prix de l’immobilier ne flambent pas à Marseille (info Le Figaro économie), il y a une tension sur l’immobilier ancien des quartiers populaires du centre-ville [#1 Le positif]. L’impossibilité pour la mairie d’y reloger 2 000 personnes évacuées de logements insalubres à la suite du drame de la rue d’Aubagne est une illustration de cette réalité. 13 000 locations Airbnb seraient la principale cause de ce déficit. Stigmatisée par la fédération de l’hôtellerie qui affiche des taux d’occupation très corrects, de l’ordre de 68% sur l’année avec une clientèle étrangère en forte hausse (+ 22%), la plateforme devrait se voir dès l’an prochain tenue d’appliquer les mêmes règles qu’à Paris. Jusqu’à présent, la mairie obnubilée par le tourisme estimait que la capacité hôtelière de la ville était insuffisante avec 7 500 chambres, et fermait les yeux. L’effet immédiat de ce contrôle et des restrictions imposées aux propriétaires, ainsi que le risque fiscal encouru, devraient faire baisser mécaniquement l’offre de 30%. Et remettre sur le marché de la location des appartements notamment de petites surfaces.

 

Et quelques intentions

Le développement anarchique des bars et terrasses d’été exaspère les riverains de quartiers jusque-là calmes comme le Vallon des Auffes, les Catalans, Saint-Victor ou la pointe rouge. Là encore, les élus ont pris conscience que ce serait un des enjeux des municipales. Les autorisations accordées par les mairies de secteurs devraient donner lieu désormais à des procédures plus encadrées, passant notamment par des études d’impact préalables. Pour la sur-fréquentation des plages et des calanques, là encore des spécialistes se penchent sur les nouvelles problématiques, notamment la gestion des flux. « Nous n’avons pas le même comportement que les touristes, relativise Didier Réault adjoint en charge de la mer et du littoral. Aux heures les plus chaudes nous ne nous baladons pas dans les calanques et ne grillons pas sur les plages ». Un peu court comme solution. ♦