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Les Rencontres économiques d’Aix au chevet de la confiance

Par Hervé Vaudoit

Journaliste

La confiance, ou plutôt la perte de confiance, c’est le thème cette année du forum du Cercle des Économistes. Ce doute qui désormais touche l’ensemble de la planète a des incidences économiques, sociales et sociétales. Des pistes pour retrouver cette confiance perdue seront-elles ouvertes au cours des débats ? Réponse à partir du 5 juillet à la Faculté de Droit d’Aix.

 

Souvent qualifiées de « petit Davos en Provence », les Rencontres économiques d’Aix font depuis 18 ans le lien entre l’année académique qui s’achève et la saison des festivals qui commence. Alors, on y mixe les séances de travail très sérieuses sur des thèmes pas moins sérieux abordés par des experts parmi les plus réputés de la planète. Depuis 2001, on a ainsi croisé dans les couloirs et les amphis de la Faculté de Droit ou ceux de l’Institut d’Études Politiques, des Prix Nobel d’économie comme Joseph Stiglitz ou Robert Fogel, des grands patrons comme Carlos Ghosn, Christophe de Margerie ou Louis Gallois, des banquiers comme Mario Monti, Jean-Claude Trichet ou Mario Draghi, d’anciens présidents comme Valéry Giscard d’Estaing ou de futurs comme Emmanuel Macron, des diplomates comme Madeleine Allbright ou Hubert Védrine, des politiques, des écrivains, des journalistes, des intellectuels, des artistes, des scientifiques, des écolos… et, bien sûr, une flopée d’économistes, à commencer par les membres du Cercle des Économistes, à l’origine et aux manettes de cette manifestation.

Au fil des années, de nombreuses questions en devenir y ont été abordées avec – on doit le reconnaître -, un flair assez sûr pour ce qui allait faire le buzz dans les mois et les années suivants. Cette année, il sera ainsi question de la crise de confiance qui freine l’économie, cristallise les mécontentements et initie les bouleversements politiques dans à peu près toutes les régions du monde, alors même que les menaces de la crise climatique se font de plus en plus précises.

À la veille de la 19e édition, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Économistes, revient pour nous sur les satisfactions passées et les idées qui émergeront en cet été 2019 déjà étouffant.

 

Les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence misent confiance 1
J.-H. Lorenzi

Les Rencontres économiques d’Aix, à quoi ça sert ?

Comme leur nom l’indique, c’est une manifestation qui permet à plusieurs catégories de personnes de se rencontrer, d’échanger et de débattre sur des thèmes choisis, alors qu‘elles ont rarement, voire jamais l’occasion de le faire dans un cadre formalisé. Les Rencontres économiques d’Aix réunissent ainsi le monde académique et universitaire, le monde des affaires et celui des institutions publiques ou non gouvernementales… On y retrouve donc des économistes, des professeurs, des entrepreneurs, des chefs d’entreprises de toutes tailles, des directeurs d’institutions publiques, des gouverneurs de banque centrale, des ministres de l’économie de différents pays. Une cinquantaine de sessions sont prévues sur les deux journées de cette édition.

 

On vous compare souvent au Forum de Davos. Avez-vous la même ambition de dresser, une fois par an, une espèce d’état des lieux de l’économie mondiale ?

Pas du tout. Contrairement au Forum de Davos, les Rencontres d’Aix sont gratuites, ouvertes, cela se passe dans une faculté de droit et de sciences économiques. Nous sommes donc sur des logiques non marchandes, avec une volonté forte de sortir des débats souvent très idéologisés que nous avons en France autour des questions économiques et sociales. Confronter régulièrement à la réalité ces questions qui traversent ou vont traverser nos sociétés, cela nous paraît utile.

 

Vous avez des exemples de questions traitées lors des Rencontres précédentes qui ont, après coup, contribué à des avancées ?

On peut dire, sans fausse modestie, que nous avons toujours été plutôt très bons sur la nature des questions posées, au moment où on les a posées, c’est-à-dire souvent avec un peu d’avance sur l’air du temps. Je me souviens que nous avions lancé le débat sur la problématique des ressources rares, avant la crise pétrolière et la montée des préoccupations autour de substances comme les terres rares, indispensables à la technologie. C’est à Aix aussi qu’avait été lancée l’idée d’un élargissement de la représentation internationale en soulignant avant l’invention du G20, que le G7 ou le G8, avec seulement les 7 ou 8 pays les plus riches du monde, c’était peut être insuffisamment représentatif de ce qu’était le monde globalisé. Je peux également citer les questions sur les excès de la finance, que nous avions soulevées avant tout le monde, en tout cas avant la crise de 2007/2008, ou celles sur la taxation des revenus de l’épargne, ou l’idée du CICE (ndlr – crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), que nous avons largement portée. Et aussi l’analyse de Carlos Ghosn, en juillet 2008, qui avait évoqué sa vision – elle s’est avérée exacte – de ce qu’allait devenir l’industrie automobile et les difficultés qu’elle allait devoir affronter… Énormément de choses sont sorties de ces rencontres année après année avec, on doit le constater, une bonne capacité à cerner les sujets qui allaient faire sens. Preuve que réunir trois catégories de personnes qui ne se réunissaient jamais avant, c’est productif.

 

Cette année, le thème des Rencontres, c’est « Renouer avec la confiance ». Pourquoi aborder ce sujet précisément cette année ?

Parce que nous constatons que c’est une question majeure et pas seulement en France. On a un vrai problème de perte de confiance à l’échelle de la planète et c’est évidemment une mauvaise nouvelle pour la santé économique du monde.

 

C’est la crise des gilets jaunes le marqueur français de cette perte de confiance ?

Ce thème a été retenu à la fin des dernières Rencontres économiques d’Aix, en juillet 2018. Donc avant la crise des gilets jaunes, avant les manifestations internationales de la jeunesse en faveur du climat, avant les mouvements à Hong-Kong… parce que nous sentions ce phénomène poindre au niveau mondial, où l’aggravation des déséquilibres économiques et sociaux rendait la situation extrêmement dangereuse. Sans fausse modestie, on peut dire que nous avons été très lucides sur les sujets qui allaient mobiliser à l’échelle de la planète

 

Cette confiance évaporée, comment peut-on la retrouver ?

En faisant ré-émerger un certain nombre de valeurs qui se sont perdues ou délitées au fil des ans.

 

De quelles valeurs parlez-vous ?

C’est ce que nous verrons du 5 au 7 juillet à Aix. Je ne vais pas anticiper la conclusion des débats. ♦

 

Bonus

 

  • La parole aux étudiants – Ces Rencontres étant très largement consacrées à l’avenir et à la situation économique, politique, environnementale et sociale de notre société, il est devenu crucial dans leur déroulement de donner la parole à la jeune génération. En 2013, le Cercle des économistes a décidé de lancer le concours « La Parole aux Étudiants » afin d’inviter 100 étudiants lors des 3 jours du forum à être force de proposition sur le thème « Inventez 2020 ». Pour cela, un jury a sélectionné les 100 meilleures contributions sur leurs capacités à exprimer leurs propres visions face aux décideurs actuels. Le jury distingue, par ailleurs, trois lauréats qui reçoivent une dotation de 1000 euros chacun et dont les copies bénéficient d’une couverture médiatique.Les étudiants sélectionnés, encadrés et préparés par le Cercle des économistes, interviennent de différentes manières dans le déroulement du forum, que ce soit en tant qu’intervenant, questeur ou participant. Libre à eux de rencontrer et d’échanger avec les intervenants présents.
  • Infos pratiques : Université d’Aix-Marseille – 3 avenue Robert Schuman, Aix-en-Provence. Ouvert à tous et gratuit. Pour s’inscrire, c’est aussi en ligne.

 

  • Les chiffres des Rencontres économiques 2018 : 270 intervenants venus de 35 pays et 5 000 participants.