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Un café solidaire pour égayer la vie en Ehpad

Par Nathania Cahen

Journaliste

Il a été imaginé par et pour les résidents de cette maison de retraite afin de tisser des relations sociales et affectives différentes, dans un cadre plus avenant. Invitée à remettre un prix à l’occasion des Lauriers régionaux de la Fondation de France, la rédaction de Marcelle a eu un coup de cœur pour ce projet qui mêle les publics et les générations.

 

Un café solidaire pour égayer la vie en Ehpad 1Installé au rez-de-chaussée, avec une ouverture sur la terrasse et le jardin, ce café presque comme les autres a ouvert au mois de janvier 2018. « La déco n’est pas du tout médicalisée mais contemporaine, avec un look sympa et un esprit bistrot. C’est un endroit qui veut ressembler à la maison », décrit Amélie Charretier, directrice adjointe de l’hôpital de Clermont-l’Hérault (34) et de son Ehpad de 120 lits avec unités dédiées aux malades atteints d’Alzheimer. « On y prend un café, on mange une crêpe maison et on peut même y déjeuner à midi ». Géré par les résidents, avec l’aide du personnel, cette installation s’inscrit résolument dans la philosophie de cet hôpital qui applique la méthode Montessori aux personnes âgées – préserver au maximum leur autonomie, miser sur les capacités préservées plutôt que se focaliser sur celles qui ont disparu.

 

Impacter un quotidien souvent terne

Un café solidaire pour égayer la vie en EhpadL’idée s’est naturellement imposée à la directrice Florence Fries qui, par le passé, avait été présidente d’une école associative qui recourait aux outils Montessori. « Je trouvais très formels et décalés les outils sensés permettre la vie sociale des personnes âgées. Malgré leurs difficultés cognitives et leurs handicaps, il me semblait qu’il était possible de les impliquer différemment, de les faire bénéficier des préceptes de la philosophie Montessori. Créer quelque chose de concret, qui impacte un quotidien souvent terne et qui leur donne l’impression de faire ». Elle complète : « La santé passe par de tels projets : être debout, échanger, aller au café, y trouver une alimentation-plaisir, participer à un atelier de tango ou de peinture… »

Beaucoup d’énergie et d’empathie ont été déployées pour monter ce lieu de vie, y impliquer au mieux les résidents – au gré des arrivées, des déclins et des grands départs. Au rythme de deux réunions hebdomadaires, ils ont pu échanger et donner leur avis sur la déco, les produits vendus, les prix fixés…  Et parfois même voter. « Mais beaucoup se sont montrés frileux à l’idée de tenir la caisse, sourit Florence Fries. Ils n’ont plus envie d’avoir des responsabilités, réclament une aide. Certains nous ont même dit qu’ils avaient assez travaillé dans leur vie ». La Fondation de France (relire ou lire notre article) a très tôt soutenu le projet, permettant d’y affecter un mi-temps, en la personne d’une aide-soignante parée d’une formation en psychologie, épaulée par un jeune en service civique. Et de démarrer dans de bonnes conditions.

 

L’ambiance est moins anxiogène

Un café solidaire pour égayer la vie en Ehpad 4Pour la psychologue de l’hôpital, Andrea Garson, les résultats sont tangibles : « C’est d’abord un périmètre de marche élargi et de nouvelles habitudes. Surtout nous avons relevé peu de troubles du comportement comme il peut en survenir lors d’un changement de lieu. Les résidents prennent leur café, se tiennent normalement. Peuvent offrir une consommation ou une glace à une proche ». L’autre avantage est le cadre, plus accueillant et plus « normal » que celui de la chambre pour retrouver de la famille ou des amis. A fortiori quand des petits-enfants viennent. Il y a le jardin attenant où ils peuvent s’amuser. « L’ambiance est moins lourde, moins culpabilisante et anxiogène », acquiesce la psychologue. Les soignants qui accompagnent leurs patients ou profitent de la convivialité du lieu y découvrent également les pensionnaires sous un autre jour, y observent parfois des capacités insoupçonnées.

Outre les pensionnaires de l’Ehpad et leurs visiteurs, le café solidaire reçoit les agents de santé, les patients de passage pour un examen ou une consultation à l’hôpital, jusqu’aux lycéens voisins. « On a fait rentrer de la vie normale, de la ville, du quotidien », résume Florence Fries. Et de souligner l’avance des pays nordiques, où il n’est pas rare de trouver un salon de coiffure dans les établissements pour retraités. Ce café, il faut le préciser, est un outil de soins et pas un commerce en quête de profit. Il n’y a donc aucune concurrence avec les autres cafés de Clermont-l’Hérault. L’esprit qui règne dans cette place est à la tolérance et à l’humanité.

 

L’odeur des gâteaux

Un café solidaire pour égayer la vie en Ehpad 3Le bilan ? Un mélange de grande fatigue et de vraie satisfaction. Le café connaît une belle affluence qui ne se dément pas, et il a été investi bien au-delà des espérances par le personnel hospitalier. La majorité des résidents dont l’état de santé le permet participe aux évènements et aux activités mises en place (lecture, chorale, débats d’idées…). Une régie culturelle a même été mise en place avec une monnaie d’échange sous forme de tickets. « Mais nous n’avions pas réalisé que ce serait aussi lourd, reconnaît la petite équipe. C’est beaucoup de travail, de temps, de présence, de vigilance et d’organisation car le café est ouvert six jours sur sept ». « Je crois vraiment en ses vertus, ajoute Florence Fries. Il y a un peu de joie et de légèreté qui sont entrées dans nos murs. Et l’odeur des gâteaux est bénéfique pour tous ! » ♦

 

Bonus

  • La Fondation de France a soutenu ce projet à hauteur de 23 500 euros sur deux ans dont 11 000 euros pour l’embauche d’un animateur qui joue le rôle de référent et coordinateur.
  • Sur la méthode Montessori adaptée aux personnes âgées, relisez notre article sur l’Ehpad Notre Dame de la Paix, à Toulon.
  • Ça marche ailleurs : d’autres Ehpad ont également un café sur place : Les Hirondelles à Néris-les-Bains (Allier), et L’orée des pins à Lit et Mixe (Landes).