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Qista, la borne anti-moustiques écolo qui veut conquérir le monde

Par Hervé Vaudoit

Journaliste

Photo @Magaweb

Mis au point entre la Camargue et Aix-en-Provence, où l’entreprise est implantée, le dispositif développé par Qista piège les moustiques sans les éradiquer et sans recourir à des produits toxiques.  Son déploiement international a déjà commencé.

 

Tenir les moustiques à distance sans insecticide ni substance toxique a longtemps relevé de la gageure. Jusqu’à ce que deux Arlésiens, Pierre Bellagambi et Simon Lillamand, se penchent sérieusement sur la question. Avec une double préoccupation : empêcher les attaques mais sans éliminer les populations d’insectes, indispensables à l’équilibre de la chaîne alimentaire.

Après deux ans de travail, de réflexions et d’essais, les deux compères touchent au but. Ils mettent au point un dispositif capable d’attirer irrésistiblement les moustiques présents à 60 mètres à la ronde et de laisser les autres vivre leur vie normalement. Ni chimie, ni lampe à ultra-violet dans leur système, juste un peu de bon sens et beaucoup de matière grise.

 

Éliminer les moustiques : un désastre pour les oiseaux

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La borne anti-moustiques

« L’idée a germé en 2012, quand nous sommes tombés sur une étude très inquiétante du centre de recherche de la Tour du Vallat », raconte Pierre Bellagambi. Conduite par Brigitte Poulin, qui dirige le département « Ecosystèmes » de cet institut, l’étude dressait un constat alarmant de la situation après les opérations de démoustication massives entreprises en 2010, sous la pression d’une population de moins en moins tolérante à l’égard de ces insectes. D’autant moins tolérante, d’ailleurs, que venait d’apparaître un fléau plus insupportable encore : le moustique tigre, beaucoup plus actif dans la journée que son cousin endémique et vecteur de maladies graves comme le chikungunya ou la fièvre zika.

Que révélait ce travail d’évaluation scientifique ? Que l’élimination des moustiques dans toute la Camargue avait eu des conséquences désastreuses sur les espèces insectivores, notamment les hirondelles et les passereaux, avec des taux de natalité en chute de 70 à 80% chez ces oiseaux. À partir de là, « on a épluché toute la littérature scientifique concernant les moustiques, explique le jeune entrepreneur. Et on a compris que s’ils nous piquaient, c’est parce que nous avions le sang chaud et que nous respirions. »

En fondant leur réflexion sur ces deux caractéristiques, Pierre et Simon développent plusieurs machines prototypes qui imitent le rythme respiratoire humain et dégagent, par intermittence, des molécules odorantes qui leurrent les moustiques. Résultat : les bestioles se ruent sur la machine, qui les aspire et les piège dès qu’ils s’en approchent. « Le rayon d’action de notre dispositif est de 60 mètres autour de la borne, précise Pierre Bellagambi. Au-delà, ils ne sont pas touchés. »

 

88% de piqûres en moins

Avant de se lancer pour de bon, les deux associés ont toutefois pris soin de faire valider leur concept par les meilleurs experts ès-moustiques, ceux de la Tour du Vallat. En 2013, trois mois après avoir livré leur premier prototype, les retours sont tous positifs : ça marche. Et plutôt très bien. Un protocole est alors mis en place pour tester le système sur un grand espace, en l’occurrence le village de Sambuc, un site classé Natura 2000 au milieu des zones humides de Camargue, sorte de paradis terrestre pour moustiques de toutes espèces. Une quinzaine de bornes sont déployées aux quatre coins de la commune. Là encore, les résultats ne se font pas attendre : le taux de piqûre chute de 88% sans préjudice pour la faune alentours, notamment les oiseaux et les chauves-souris, qui ne perdent pas leur garde-manger dans l’opération. Dans la foulée, Pierre et Simon déposent un brevet et créent Techno-Bam, leur première société, qu’ils installent sur le technopôle de l’Arbois, à Aix, au contact de plusieurs dizaines d’entreprises spécialisées dans le green business et l’environnement.

Depuis 2016, l’entreprise est entrée dans une autre phase, celle du développement national et international. De prestigieux investisseurs industriels, Air Liquide et Thierry Dassault, sont arrivés pour soutenir son développement. Un nouveau nom, prononçable dans toutes les langues, est choisi : ce sera Qista. Un petit tour au Consumer Electronic Show de Las Vegas, d’où ils ramènent deux prix en 2018, achève de placer la petite start-up provençale sur orbite. Elle compte aujourd’hui 21 salariés et franchira cette année les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, après 1,1 M€ l’an dernier et 450 000euros en 2017. Plus de 2 500 de ses machines sont déjà opérationnelles en France métropolitaine, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie et au Canada. En 2020, Qista prévoit de s’attaquer à d’autres marchés : les États-Unis, Singapour, l’Italie, l’Espagne, la Croatie, la Grèce… mais aussi l’Afrique, avec la Côte d’Ivoire et la Guinée Conakry pour commencer.

Seul obstacle à une montée en puissance plus rapide encore : le prix de la borne. Plus de 1 000 euros pour le modèle grand public et plus du double pour le modèle urbain. « Mais c’est le prix de la qualité et de l’efficacité », plaide Pierre Bellagambi, rappelant que « toutes nos machines sont fabriquées ici avec des matériaux et des consommables produits localement. » Et qu’elles marchent. Le jeune dirigeant espère néanmoins que, succès aidant, les séries de plus en plus importantes permettront de faire un peu baisser les coûts, même si le leitmotiv de l’entreprise reste la qualité et la satisfaction des clients et que ses dirigeants entendent ne rien céder sur ce registre. Qista, ou comment faire le buzz en supprimant le bzzz aux oreilles des vacanciers. ♦

 

Qista, la borne anti-moustiques écolo qui veut conquérir le monde 1* Le CEA de cadarache, parrain de la rubrique « Recherche », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité, mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et soutenir l’engagement de Marcelle – le Média de Solutions.

 

Bonus – réservé aux abonnés –

  •  Technique – Pour singer la respiration humaine, la borne Qista expulse régulièrement une petite quantité de CO² dans l’air – « seulement du CO² récupéré dans les silos de céréales », précise l’entreprise -, ainsi que des molécules produites naturellement par le métabolisme humain comme l’acide lactique, présent notamment dans la transpiration et la respiration. C’est cette combinaison de leurres qui attire les moustiques irrésistiblement vers la borne, où un aspirateur les avale.

 

  •  Mousti-connecté – Connectées au réseau, les bornes Qista sont capables de compter les moustiques qu’elles piègent, d’enregistrer le moment où ils ont été piégés et d’envoyer ces données vers un serveur. On peut donc imaginer, à terme, un système de monitoring des populations de moustiques partout où il y aura des bornes, une production de statistiques en continu et le développement d’outils numériques d’alerte en cas de variations anormales d’une donnée ou d’une autre. Sans compter l’exploitation scientifique qui pourra être faites de tous ces datas pour mieux connaître les moustiques et mieux lutter contre les piqûres, sans nuire à la biodiversité et aux écosystèmes.

 

  •  Collectivités – Outre les communes de Camargue mobilisées depuis la mise au point du concept, Qista vient de signer des contrats avec plusieurs collectivités de la région, notamment les villes de Hyères, La Garde et Marseille.