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Marseille, étape cruciale pour la biodiversité mondiale ?

 

Par Hervé Vaudoit, journaliste

Le prochain Congrès mondial de la nature se tiendra à Marseille en juin 2020. Y prendra-t-on l’engagement qui permettra de ralentir le rythme actuel d’extinction des espèces, le plus rapide depuis que le monde est monde ? Les organisateurs souhaitent en tout cas y démontrer que les solutions existent. Présentation suivie de l’interview de Marjorie Hagobian, en charge de la mobilisation régionale.

 

Marseille sera-t-elle à la biodiversité en 2020 ce que Paris fut au climat en 2015 : un congrès fondateur ? Non plus celui de la prise de conscience face aux bilans et aux statistiques – c’est fait depuis belle lurette et ça ne fait plus avancer le schmilblick -, mais bien celui du réveil des Etats et des Gouvernements, alors que les efforts consentis par quelques uns depuis une quarantaine d’années ont aussi montré leurs limites.

Pour méritoires qu’ils soient, ces efforts ont en tout cas échoué à enrayer ce que les scientifiques décrivent comme la 6e extinction massive des espèces vivantes à la surface de la Terre, la première initiée par l’une d’elles, l’Homme. Un phénomène qui concerne l’ensemble des pays du globe et qui ne pourra s’inverser qu’avec le concours de tous. Ça tombe bien : le monde entier est précisément le champ d’action et de compétences de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), première organisation non gouvernementale internationale à visée environnementale, à l’origine d’outils aussi connus que la liste rouge des espèces menacées ou la convention sur le patrimoine mondial de l’Unesco.

Du 11 au 19 juin 2020, c’est donc à Marseille que l’UICN tiendra son Congrès Mondial, véritables jeux olympiques de la biodiversité, une manifestation qui a lieu tous les 4 ans et rassemble la crème des scientifiques, des experts, des politiques, des décideurs, des entreprises, ONG et associations… au chevet des espèces et des habitats menacés. La dernière édition, en 2016, avait réuni à Hawaï plus de 10 000 congressistes de 180 nationalités sur 10 jours, pour près de 1400 sessions sur une multitude de thèmes en lien avec le sujet principal et plus de 13 000 spécialistes de la conservation pour alimenter les débats. Chez nous, cet événement organisé depuis 1948 (1) portera des enjeux qui ont largement contribué à faire descendre la jeunesse du monde entier dans la rue ces derniers mois, pour réclamer aux plus vieux qui tiennent les manettes de se préoccuper un peu plus et un peu mieux de la planète sur laquelle ils vont devoir vivre. Ses ambitions déclarées n’ont rien de révolutionnaire dans ce contexte : continuer d’influencer positivement le cadre mondial de la biodiversité, avec en ligne de mire le respect des Objectifs de Développement Durable 2030 adoptés par l’ONU en 2015 et la prochaine Convention pour la Diversité Biologique, qui se tiendra à Pékin en octobre 2020.

Ce qui, en revanche, serait révolutionnaire, c’est que ces objectifs 2030 soient atteints à l’heure dite. Une perspective qui nécessite un préalable : un consensus mondial à l’issue du sommet prévu dans la capitale chinoise, avec à la clé les moyens adaptés à la résolution de cette crise qui pourrait, selon de nombreux scientifiques, menacer jusqu’à l’existence même de l’humanité si elle s’aggravait encore. ♦

 

« Une visibilité internationale unique pour les solutions environnementales développées ici »

Moins d’un an avant le coup d’envoi, l’équipe d’organisation de ce Congrès Mondial est déjà en ordre de marche. Nous avons rencontré Marjorie Hagobian, en charge de la mobilisation régionale sur ce congrès ; en clair des relations entre les différentes parties prenantes – IUCN, ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, Agence française de la Biodiversité et collectivités, acteurs économiques, ONG, associations, enseignants et chercheurs. Entretien.

 

Marseille, étape cruciale pour la biodiversité mondiale ? 1
Marjorie Hagobian

Le Congrès Mondial de la Nature organisé à Marseille, cela a surpris tout le monde. On ne s’attendait pas à un tel succès ?

Marjorie Hagobian : « C’est d’abord un succès pour la France, dont la candidature a été retenue pour l’organisation de cet événement, et c’est évidemment un succès pour Marseille, qui a été choisie par le ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, l’UICN et l’Agence française de la Biodiversité,  les organisateurs. Cela va donner une visibilité nouvelle à la ville et au territoire et permettre la montée en compétences sur les problématiques environnementales et leurs solutions. Et c’est aussi une formidable opportunité pour les entreprises, les universités, les labos de recherches, les associations, les ONG, les institutions, qui vont disposer d’une fenêtre unique sur l’international, car nous allons accueillir des gens venus des 5 continents ».

Quels sont les atouts de la ville qui ont fait la différence ?

« La façade maritime exceptionnelle de ce territoire et la proximité de nombreux parcs naturels protégés (2), qui sont un outil majeur pour la préservation de la biodiversité ».

Comment l’événement va-t-il s’articuler ?

« Il y aura d’abord une partie « Forum »,  réservée aux congressistes, avec plus de 300 sessions organisées par des experts, la société civile et des représentants de gouvernements du monde entier. Il y sera exposé les dernières initiatives, innovations et solutions en matière de conservation de la nature. Cet espace sera constitué par les motions sur lesquelles ont travaillé les experts et les gouvernements et les contributions des acteurs du monde entier engagés pour la préservation de l’environnement. Ils  auront d’abord fait l’objet d’un processus de sélection, après appels à candidatures.

Il y aura ensuite un espace d’exposition qui permettra aux exposants des cinq continents de présenter leurs recherches, innovations et travaux et un espace Génération Nature, c’est à dire un village expérimental autour de la biodiversité qui présentera les engagements et les efforts de mobilisation de la société civile française. Il sera ouvert à tous, c’est la nouveauté de 2020. Nous attendons plus de 100 000 visiteurs sur cet espace.

Il y aura enfin l’assemblée générale des membres de l’UICN. C’est l’organe décisionnaire le plus élevé de l’organisation et qui s’exprime sur les questions de conservation et de développement durable les plus pressantes de notre époque, afin d’alimenter le plan mondial de la biodiversité ».

Vous n’avez pas peur qu’à parler de tout, on ne retienne in fine pas grand-chose ?

« Non, il faut continuer d’expliquer les phénomènes qui menacent la biodiversité et le climat, inlassablement, le plus en profondeur possible. Car plus de gens auront l’information et comprendront les enjeux, plus on pourra envisager l’avenir avec optimisme. Mais on en est encore loin. Le Congrès Mondial est un moyen formidable pour, justement, faire passer l’information à un grand nombre de personnes et mettre en exergue les réalisations ».

Dans votre « Village des Solutions », pourra-t-on voir des technologies comme ces drones américains capables de polliniser les plantes à la place des abeilles ?

« Les solutions que nous recherchons pour ce village sont plutôt pour prévenir que pour guérir. La technologie peut aider à trouver des solutions, mais elle ne peut pas se substituer au vivant. La guêpe pollinise, mais elle fait aussi partie de la chaîne alimentaire, pas le drone ».

À part Marseille, en quoi le reste du territoire sera-t-il impliqué dans cette manifestation ?

« C’est Marseille qui accueille mais c’est la France le pays hôte. Et c’est effectivement tout le territoire qui sera impliqué. Les collectivités comme la Ville de Marseille, la Métropole, le Département et la Région sont déjà fortement mobilisés. Il y a aussi la Chambre de commerce, les entreprises, associations, ONG, chercheurs, enseignants… Et puis, hormis le Congrès Mondial « in », dont nous avons déjà parlé, il y aura le « off », qui débutera dès le mois de septembre et regroupera toutes les initiatives des structures qui le souhaiteront. Ellse pourront les mettre ensuite en valeur dans le cadre des nombreux événements et rendez-vous de ce « off ».

Que peut-on espérer comme suite à cet événement, à part le souvenir qu’il aura été organisé à Marseille ?

« Ce congrès 2020 sera pour Marseille et le territoire l’occasion de montrer non seulement son engagement et sa mobilisation ainsi que les actions et réalisations de ses différents acteurs en faveur de la préservation de l’environnement, mais aussi comment les différents interlocuteurs auront réussi à travailler ensemble, fédérés autour d’un sujet crucial, celui de la préservation des espèces animales et végétales dont dépend la survie de notre propre espèce. Ce sera aussi le moment de tout mettre en œuvre pour que cet événement  laisse un héritage fort qui aidera à ancrer les bonnes pratiques en matière de responsabilité sociétale des entreprises – la RSE – et d’économie circulaire. » ♦

 

(1) La première édition, alors appelée Assemblée Générale de l’IUCN, s’était déroulée à Fontainebleau. D’abord au rythme d’une AG tous les 2 ans (jusqu’en 1960), puis tous les 3 ans (jusqu’en 1996) et enfin tous les 4 ans sous forme de Congrès Mondial, depuis 1996.

(2) Parc National de Port-Cros, Parc National des Ecrins, Parc National du Mercantour, Parc Régional du Lubéron, Parc Régional des Alpilles, Parc Régional de Camargue, Parc Régional des Préalpes d’Azur, Parc Régional des Baronnies Provençales, Parc Régional du Queyras, Parc Marin de la Côte Bleue.

 

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