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Un forum pour dessiner Autrement le monde économique. Vraiment ?

Par Paul Molga

Journaliste

Photo @T.vaudé-pressvox

Vendredi c’est ravioli ! La recette est connue mais l’Union pour les Entreprises des Bouches-du-Rhône qui organise demain à Kedge Business School son grand rendez-vous économique de la rentrée, entend la cuisiner différemment. Avec, en chef de brigade, Johan Bencivenga.

Pour renouveler le genre qui s’essouffle en bises de retrouvailles post-estivales après 19 éditions, l’UPE13 fait venir un ministre, de jeunes pousses des quartiers aux dents longues, quelques penseurs aux neurones bien aiguisés, une star décatie du petit écran et le parterre habituel des managers et chefs d’entreprises du département, autour d’un adverbe un brin érodé, « autrement ». Ces nouveaux ingrédients suffiront-il à relever la sauce et provoquer le sursaut de papilles (et de conscience) pour produire, encadrer et gérer différemment les entreprises dans lesquelles les nouvelles générations tentent de se faire une place ? J’ai posé la question à l’organisateur en chef de ce bain de jus de crâne, Johan Bencivenga. Je connais bien ce quadra dont j’ai observé avec attention l’éclosion publique. On a souvent discuté, parfois de rien, beaucoup de tout, au point de se tutoyer désormais. C’est un garçon perméable aux nouveaux concepts en dépit d’un héritage industriel passéiste. Mais prudence : la vieille dame qu’il dirige – l’UPE 13 – a 150 ans cette année et c’est dire si elle connaît les vieilles recettes du militantisme syndical…

 

L’organisation patronale que tu diriges célèbre cette année 150 ans de réflexion, d’action et de lobbying pour organiser (et parfois harmoniser) les interactions entre l’entreprise et la société, et c’est un adverbe volontairement percutant – « Autrement » – qui vient ponctuer sa rentrée économique. On serait tenté d’y voir une injonction…

Un forum pour dessiner Autrement le monde économique. Vraiment ? 1« Plutôt un conseil de prudence et de lucidité. Les années qui arrivent vont nous exposer à de profonds bouleversements dans tous les domaines : le climat, la biodiversité, mais aussi la démographie, les énergies, l’alimentation, la gestion de l’eau potable, la pollution   de nos environnements, les équilibres géopolitiques sous-jacents… Comment imaginer une entreprise conservant ses vieux schémas de pensée dans ce contexte ? En accompagnant depuis plus d’un siècle les grands débats de sociétés, notre organisation syndicale a montré – et transmis sur plusieurs générations – son sens des responsabilités. Avec de nouvelles données éco-systémiques, les patrons engagés d’hier et les nouveaux dirigeants doivent élargir leur champ de responsabilité. Il est vital qu’ils intègrent désormais tous les sujets de société et qu’ils interagissent avec. La récente décision de Rodolphe Saadé – président à Marseille d’un des leaders mondiaux du transport maritime conteneurisé – d’éliminer la route antarctique ouverte par la fonte des glaces de ses options commerciales est à cet égard un signe extrêmement puissant des possibles. Faire Autrement est d’abord une question de valeurs.»

 

Un forum d’idée et de partage comme le rendez-vous que tu proposes, peut (doit ?) jouer ce rôle fondamental de stimulation des consciences. Mais il n’y a pas loin entre la bonne volonté, l’utopie et le brainwashing. Certains peuvent douter de la sincérité de ces valeurs vu l’historique des errements passés…

« Nous n’avons cette fois pas le choix, je l’ai dis, et le contexte sociétal a profondément changé. J’appartiens à une génération pivot qui prend les commandes après des décennies de confiscation. Nous nous sommes accomplis dans nos domaines et le pouvoir – politique, intellectuel, sociétal… – qui nous parvient aujourd’hui, presque mécaniquement du fait de l’âge des anciens capitaines, a une valeur qui n’est plus la même : nous héritons d’un devoir de transmission. Nous devons faciliter l’apparition de nouveaux modèles accélérés par l’amplification technologique, pour passer d’une économie de stock à une économie de flux, d’une économie de propriété à une économie d’usage, à une économie plus locale que mondiale. En 1968, la génération spontanée a brisé ses chaînes, rompu avec d’anciens modèles qui la frustraient. Pas question de déterrer à nouveau les pavés. Cette nouvelle édition du forum des entrepreneurs participe à la mobilisation nécessaire à la pacification de la réflexion. Ce qui va en sortir anticipe le changement et notre responsabilité de « faire autrement ».

 

Les nouvelles générations rêvent d’un idéal d’entreprise. À quoi penses-tu que cet environnement de travail puisse ressembler ?

« Une entreprise pleinement intégrée dans son environnement doit offrir de la sérénité pour faire en sorte que ceux qui y sont employés soient heureux de venir travailler. Cela ressemble à une profession de foi, mais à y regarder de près, c’est une apologie du bon sens et un retour aux valeurs essentielles. On est arrivé à la fin du capitalisme sauvage qui a privilégié la vision courtermiste de poignées d’actionnaires à l’intérêt général. Pour tendre désormais vers une forme de plénitude économique, il faut des entreprises solides animées par une projection et des investissements à long terme qui consolident son assise. Une entreprise est un bien collectif qui partage ses richesses et des valeurs humaines. C’est un jeu d’équilibriste instable dont le contrôle réclame de la volonté ». ♦

 

Bonus

  • Pratique : vendredi 6 septembre de 8h30 à 17h30 sur le campus Kedge Business School – Domaine de Luminy. Marseille 9e
  • Plus d’infos sur le 19e Forum des entrepreneurs sur le site de l’UPE13. Il reste des places pour l’atelier « Mauvais élèves mais grands patrons ».
  • De 14h30 à 16h aura lieu la finale de The Choice 2018. Relisez notre article sur ce programme de l’Union patronale des Bouches-du-Rhône qui aide 100 jeunes à concrétiser un projet d’entreprise à l’occasion d’une compétition inspirée de The Voice.
  • Marcelle sera présent dans le corner presse toute la matinée. Passez nous voir !