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Le Mouves titille la fibre sociale des entrepreneurs

Par Nathania Cahen

Journaliste

Certains penseront spontanément au Mouv’, la radio rock du service public. Parce que phonétiquement, c’est la même chose : [muv]. Mais ce Mouves-ci est un réseau d’entrepreneurs engagés. Leur seul point commun serait donc de batailler pour se faire entendre !

 

Le Mouvement des entrepreneurs sociaux a été créé voilà 9 ans par une petit équipe énergique et engagée dont étaient Tarik Ghezali et Jérôme Shatzman, les cofondateurs et ex codirigeants de Marseille Solutions. Mais le premier président du Mouves sera l’Aixois Jean-Marc Borello, le boss du groupe SOS.

Le Mouves titille la fibre sociale des entrepreneurs 2L’idée – Ce qui les a motivés à y cogiter avec d’autres jeunes entrepreneurs dès 2008 et à passer à l’acte début 2010 ? « Sortir de l’entre-soi et se projeter sur la société, lui parler, l’intéresser, l’embarquer. Affirmer la figure de l’entrepreneur dans l’ESS, (pas un « gros mot » au contraire !), faire reconnaître l’innovation sociale au même plan que l’innovation technologique, fabriquer de nouvelles alliances avec le business, les banques, les grandes écoles : partout où on ne parlait pas ou peu d’ESS… », énumère Tarik Ghezali. Mais encore la nécessité d’une évaluation de l’impact constante et sérieuse : « On n’est pas vertueux par nature ! »

La présentation– Le Mouves se revendique première réunion des entrepreneurs sociaux en France, avec l’ambition de devenir un grand mouvement citoyen dans ce domaine. Comment ? Il fédère et fait progresser les acteurs porteurs de cette fibre d’une part, sensibilise le grand public à la cause de l’entrepreneuriat social d’autre part. Le Mouves compte aujourd’hui 850 adhérents : des cadres et chefs d’entreprise (de l’ESS mais pas seulement), des associations et des sympathisants engagés dans dix régions de France, tous mobilisés pour développer l’entrepreneuriat social et militer de la sorte pour plus de liberté, de justice sociale et de protection de l’environnement.

Localement – J’ai rencontré Camille Auchet, administratrice de la branche Provence-Alpes Côte d’Azur du Le Mouves titille la fibre sociale des entrepreneursMouves, qui compte 70 adhérents (des associations pour moitié et 5% de Scop ou Scic). « Nous comptons des structures assez importantes comme Acta Vista ou Enercoop, mais surtout des entreprises de taille modeste. Et même Le Cloître, un pôle d’innovation et d’entrepreneuriat qui réunit des résidents engagés ». Dernier arrivé ? La Conciergerie Solidaire. Également directrice de Voisin Malin PACA, Camille Auchet liste quatre missions : susciter des rencontres et faire réseau (un apéro est organisé tous les deux mois). Donner à voir au grand public une autre manière d’entreprendre (via des interventions en milieu scolaire notamment). Plaider collectivement pour les entreprises sociales auprès des instances nationales. Mais aussi transformer sans hésiter cette convivialité en business. Des synergies se nouent, qui ont débouché par exemple sur la mise en place de « Marseille Demain », un groupe Facebook qui veut faire découvrir au plus grand nombre les initiatives qui agissent pour le Marseille de demain (je suis allée voir, c’est plutôt en sommeil actuellement). Ou divers rapprochements, entre Totem Mobi et des associations du réseau, entre Recyclop et Aremacs sur des opérations de recyclages lors de festivals, ou encore le partage de locaux entre Écolo Crèche et Mom’Sud.

Cerise sur le gâteau – Au printemps dernier, le collectif regroupant Marseille Solutions, le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux PACA et la Chambre Régionale des entreprises de l’économie sociale et solidaire de la région (CRESS PACA), a obtenu le label « Territoire French Impact » pour Aix-Marseille Métropole. Un signal fort de la volonté de l’État de favoriser l’innovation sociale, et une manière de rendre plus visible ce type de démarches.

Témoignage – Vincent Nicollet, directeur général d’Acta Vista, et membre du Mouves depuis la première Le Mouves titille la fibre sociale des entrepreneurs 1heure ne décroche pas : « C’est le lieu où je peux rencontrer une diversité d’entrepreneurs à la fois capables d’évoquer leur engagement -comme dans des réseaux associatifs militants- tout en parlant entreprise -comme dans un réseau de dirigeants conventionnels- ». Il souligne également l’utilité du Mouves au-delà de ces rencontres,« c’est aussi faire des propositions politiques concrètes depuis plusieurs années, comme ce fut encore le cas à l’issue des premières « Universités d’été de l’économie de demain » en cette rentrée. Par exemple, porter le projet d’une fiscalité plus juste : pourquoi le taux d’imposition sur les bénéfices ne serait-il pas indexé sur l’impact social et environnemental de l’entreprise, avec un système de bonus et de malus ? »

Ambition – Le Mouves a donc organisé tout début septembre ses premières Universités de l’économie de demain, en Le Mouves titille la fibre sociale des entrepreneurs 3marge de celles du Medef. Des #UEED2019 qui ont remporté un franc succès d’estime et d’affluence. « Quand Nicolas Hulot a démissionné et regretté être seul à porter la transition écologique, nous avons créé le collectif #Nous sommes demain et rédigé une tribune massivement signée, rapporte Jonathan Jeremiasz, président du Mouves. Puis l’idée d’un grand rassemblement autour d’un plaidoyer commun s’est imposée ». À cette occasion, dix propositions d’actions concrètes dans le domaine de la transition sociale et écologique ont été adressées à l’ensemble du monde politique et économique. Et de nouvelles ont émergé, notamment celle d’un guide pour les entrepreneurs de tous bords, recensant des mesures concrètes à prendre, proposant un « chemin de progrès ». C’est sûr, il y aura de nouvelles UEED à la rentrée 2020.

Adhésion – Pour rejoindre le mouvement, il suffit de compléter le formulaire en ligne. Tarif : 120 euros pour les sympathisants, 90 euros pour un porteur de projet, entre 120 et 20 000 euros selon le chiffre d’affaires de la structure adhérente (par exemple, 500 euros pour un chiffre d’affaires avoisinant 500 000 euros. L’adhésion est assortie de l’engagement de contribuer au développement de l’entreprise sociale d’au moins une des manières suivantes : conseiller d’autres entrepreneurs sur ses domaines d’expertise, partager son réseau, faire connaître au réseau d’autres initiatives, et sensibiliser à l’entrepreneuriat social. ♦