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Une consultation réservée aux jeunes addicts

Par Marie Le Marois

Journaliste

Chaque année, près de 25 000 jeunes passent la porte des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC). Ce dispositif de proximité, qui fête ses 15 ans d’existence, traite tout type d’addiction avec ou sans substance (cannabis, alcool, jeu vidéo…). Bien qu’elle soit confidentielle et gratuite, cette consultation destinée aux 13-25 ans demeure méconnue des familles. Reportage aux CJC de Marseille.

 

Robin fumait tous les soirs du cannabis, jusqu’à six fois par jour le week-end et les vacances. Cet étudiant en fac de 20 ans ne voyait pas de raisons d’arrêter jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que sa mémoire flanche. Ses notes avec. Pas question pour lui de redoubler, il a déjà refait sa première année. À cela s’ajoutent les conflits avec ses parents depuis qu’il s’est fait prendre par la BAC en possession de shit. Alors quand une amie proche de la famille lui propose un rendez-vous à la CJC du JAM (Jeune Addiction Méditerranée), il n’ hésite pas.

 

Agir avant que l’addiction ne s’installe

Addiction cannabis, jeu vidéo, alcool : une consultation pour les jeunes et leur famille 3Robin est le reflet de la majorité des jeunes reçus dans cette consultation : addiction au cannabis, problèmes scolaires, conflit avec les parents. Et, contrairement aux idées reçues, milieu plutôt favorisé. Des jeunes qui ne se perçoivent pas forcement comme addicts et donc ne seraient jamais venus dans un centre de soin. L’intervention précoce est une des particularités de la CJC. L’objectif ? Agir avant que l’addiction ne s’installe. Cela va de la réduction des risques et des dommages, jusqu’à l’aide à l’arrêt. Le nombre de consultation augmente régulièrement : le dispositif bénéficie aujourd’hui d’une plus grande visibilité sur le territoire. Son approche quant à elle semble concluante.

 

Ni jugement, ni stigmatisation

Lors de la première consultation, le jeune est reçu avec ses parents ou proches, l’occasion pour chacun de parler et d’entendre la parole des différentes parties. Deux autres séances sont ensuite nécessaires pour évaluer sa consommation et l’inscrire dans son contexte (scolarité, liens familiaux, mal-être…). Libre ensuite à lui de revenir ou pas. Mais il revient généralement car, ici, « on ne se sent pas jugé et ni lâché dans la nature », confie Robin.

Au centre, les habitudes de consommation sont abordées tranquillement, sans stigmatisation. « Nous les amenons à prendre conscience de leur addiction puis à déconstruire leurs habitudes en partant de leur ressenti positif du cannabis (‘’ça m’aide à m’endormir’’, ‘’ça me rend cool’’…), en les aidant à retrouver confiance en eux et en leur fixant des projets (arrêter de fumer deux jours, reparler à ses parents) », explique l’une des quatre psychologues de l’équipe, composée également d’un infirmier pour le volet médical.

 

Une prise en charge pour les jeunes… mais aussi pour l’entourage

Addiction cannabis, jeu vidéo, alcool : une consultation pour les jeunes et leur familleAprès trois mois de consultation, Robin parvient à ne presque plus fumer la semaine, surtout à la veille d’un partiel. Avec la psychologue, il a analysé les causes (contrariétés, énervements) et les substituts qu’il pourrait trouver (sophrologie pour se détendre, par exemple). Son année de fac s’est terminée fin avril mais il n’a pas été question pour lui d’arrêter les consultations : « Les vacances se profilaient, la fête, les tentations… J’avais encore besoin d’être aidé pour garder le contrôle sur ma consommation ». Le jeune homme a renoué avec ses parents. Sa mère voit d’ailleurs de son côté une psychologue de la CJC.

Un accompagnement est en effet proposé aux proches pour les aider à gérer cette problématique et reprendre le dialogue. Mais chacun son espace. Les uns et les autres peuvent en toute confiance poser leurs maux. Il arrive que seuls les parents fassent appel à la CJC et parfois, cette démarche suffit. La psychologue se souvient de cette mère venue pendant un an, qui a réussi à accompagner son fils sans que celui-ci consulte. Les parents peuvent parler ici sans retenue, de leur impuissance et leur désespoir. Même des situations où ils ont explosé avec leur enfant. Ce soutien bienveillant leur permet de repartir chez eux, souvent plus serein et plus fort. Essentiel pour aider son enfant à s’en sortir. ♦

 

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité —

 

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