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« Le prix du roman qui fait du bien ». À qui ?

Par Olivier Martocq

Journaliste

Ce week-end verra la naissance d’un nouveau prix littéraire. C’est à la campagne, à Fontvieille, que le jury composé de critiques littéraires, d’écrivains, de journalistes connus mais aussi d’habitants du village, va délibérer. Objectif : confronter les points de vue de deux mondes plutôt éloignés.

Le prix du roman qui fait du bien. À qui ? 2Et après ? Voilà encore un exemple de connivence insupportable penseront certains lecteurs (dont vous êtes peut-être) : parce que la manifestation est montée par des journalistes, elle est relayée par les médias ! Ce qui est vrai, c’est que Marie-Françoise Colombani a eu mon 06. Cible des brokers informatiques dont le métier est de vendre des adresses mails, je fais partie de ces journalistes qui reçoivent au quotidien autour de 300 communiqués de presse. Celui de la mairie de Fontvieille était, comme la plupart, passé complètement inaperçu. Pour autant, je ne connaissais pas cette consœur. Après tout, nous sommes 35 000 dans la profession. Elle est parvenue à me convaincre de l’écouter, parce que sa proposition allait encore plus loin que celle du livre Inter – mon employeur – qui confronte les points de vue de lecteurs sélectionnés pour leur passion avant un vote.

 

Un acte politique !

Le prix du roman qui fait du bien. À qui ? 1
MF Colombani et H. Goy

Le jury (bonus) du Prix du roman qui fait du bien est composé à parts égales de Parisiens issus du sérail et de Fontvieillois d’origines diverses. Le principe démocratique est respecté : chacun a une voix. Chacun peut se faire entendre, chercher à convaincre et, in fine, le bagou d’une marchande de chichi vaut bien les analyses circonvolutiennes d’un écrivain neurasthénique. « Il n’y a pas deux types de lecteurs : les intellos et les ploucs. Les cultivés et les incultes. Il n’y a que des passionnés ». Voilà pourquoi, selon elle, ce prix littéraire doit être vu comme un manifeste par rapport à nombre d’autres, qui résultent de l’entre soi. Marie-Françoise Colombani, scénariste, journaliste (ancienne rédactrice en chef et éditorialiste au magazine ELLE) et auteure de plusieurs livres dont Bienvenue à Calais, les raisons de la colère (Actes Sud), La féministe et l’imam (Stock), Massoud (avec Ckekeba Hachemi Ed. XO) est passionnée par une aventure qui a commencé en mars, par sa dimension purement intellectuelle : la sélection de sept livres (bonus). Ils ont comme point commun d’être des « romans positifs », bien dans la tendance actuelle des livres bons pour le moral, que le public attend. Ce premier travail a été confié à Héloïse Goy une autre journaliste (Télé 7 jours, Version Femina, Do it in Paris), co-créatrice du blog Peanutbooker autour de la bibliothérapie, vidéaste et auteure avec Tatiana Lenté de 500 livres qui réenchantent la vie (Hachette Pratique, mai 2019). Guillaume Tenaille, l’un des cinq Fontvieillois du jury, avoue avoir eu du mal à avaler la sélection en six mois : « Abandonner les réseaux sociaux le soir et me mettre à la lecture a demandé un véritable effort au début. Je reconnais que ma femme m’a aidé. Puis je me suis rendu compte que je m’endormais plus vite, et aujourd’hui j’ai pris le pli. Plus de rétroéclairage, j’aime le toucher du papier et l’évasion procurée par les mots ».

 

Monter une manifestation littéraire n’est pas simple. Même si !

"Le prix du roman qui fait du bien". À qui ?

« J’habite Fontvieille, je connais tout le monde », confie Marie-Françoise Colombani. Constituer le jury n’a pourtant pas été facile. Parmi les 3 800 habitants, il a fallu en repérer cinq concernés pas le sujet : « La marchande de chichis par exemple apporte des cartons remplis de livres qu’elle dépose au pied de son camion pour que les gens se servent. Un autre juré était un pilier de la bibliothèque municipale ». Ce qui l’a interpellée en revanche, c’est de n’avoir pas trouvé un seul jeune. Elle a pourtant cherché.

Puis il a fallu monter la manifestation elle-même. Et là, seconde désillusion, contrairement à une idée répandue, le relationnel ne suffit pas ! « J’ai une association culturelle qui vient en aide aux femmes des quartiers déshérités de Marseille, et je pensais pouvoir bénéficier de subventions. Je n’en ai reçu aucune. Or, le budget tourne autour de 8 000 euros. Le plus gros poste est la SNCF avec les billets de train des jurés parisiens ». Le problème du logement a été réglé via un partenariat avec le Château d’Estoublon. Le reste repose sur les bonnes volontés : « On a par exemple collé nous-même les affiches à Arles et dans les villes environnantes pour attirer le public ». Les conférenciers ou les écrivains publics viennent à titre gracieux. Pour le déjeuner officiel, ce ne sera pas « Drouant », la table du Goncourt, mais à la bonne franquette. Pour le cocktail, un guitariste gitan assurera l’ambiance. « Une prestation à 200 euros. 400 euros en fait, car il a fallu louer un ampli puissant pour que tout le public puisse en profiter ». L’association va permettre de tout facturer et de sortir un bilan officiel. Pour le reste, c’est du Marcelle – bénévolat, entraide, amitié et bouts de ficelle auront permis la naissance d’un nouveau prix littéraire qui dans 100 ans existera peut-être encore. Et fera de cette page un article… culte ! ♦

*— Le Mucem parraine la rubrique « culture » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité —

 

Bonus 

 

  •  Le jury est issu du sérail – Olivia de Lamberterie, écrivaine, journaliste littéraire (magazine ELLE, France 2, France Inter). Émilie Frèche, écrivaine et scénariste. Laure Adler, écrivaine et journaliste. Franz Olivier Giesbert, écrivain et journaliste (La Provence et Le Point). Adrien Bosc, écrivain.

Mais compte autant de Fontvieillois : Nelly Fantuz, couturière.  Bénédicte Destivelle, marchande de chichis. Pauline Isambert, médiatrice. Eric Bernard, régisseur de cinéma. Guillaume Tenaille, commerçant (souvenirs et buvette).

Les livres sélectionnés sont Reviens, de Samuel Benchetrit. Bacchantes, de Céline Minard. Baïkonour, d’Odile d’Oultremont. Les impatients, de Maria Pourchet. Félix et la source invisible, d’Éric-Emmanuel Schmitt. Le berceau, de Fanny Chesnel. Et Les bracassées, de Marie-Sabine Roger.

  • Le programme – Vendredi 27 septembre :  Projections et débats à L’Éden, le cinéma municipal de Fontvieille qui a 100 ans, autour de deux films adaptés d’une œuvre littéraire. À 19h : Les hirondelles de Kaboul, film d’animation de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec adapté du livre de Yasmina Khadra. Et à 21h30, Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, adapté du livre d’Edmond Rostand.

Samedi 28 septembre :  Conférences à l’Eden cinéma. À 9h30, Marcel Rufo, pédopsychiatre et écrivain avec Un ado qui lit va mieux. À 10h30, Régine Detambel, écrivaine et bibliothérapeute, avec Les livres prennent soin de nous. À 15h, remise du « Prix du roman qui fait du bien », salle d’honneur de la Mairie, en présence des dix jurés. Lecture de passages du livre primé par Julia Piaton, comédienne, et signature des livres des jurés et des conférenciers.

Dimanche 29 septembre :  à partir de 9h et durant toute la journée, foire aux livres d’occasions au centre du village. 1euro le livre.  Rencontres avec Olivia de Lamberterie, Émilie Frèche et Héloïse Goy. Signatures d’auteurs régionaux, ateliers d’écriture et de lecture etc…