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Les araignées, ces petites bêtes qui nous veulent du bien

Par Agathe Perrier

Journaliste

Elles mesurent moins de trois centimètres et sont source d’angoisse et d’anxiété chez 25% des Français : les araignées. Elles sont pourtant inoffensives dans notre pays et servent même d’arme redoutable contre les nuisibles de nos cultures, pucerons en première cible. Sujette à l’arachnophobie pendant longtemps, j’ai mis ma peur au service de ma curiosité. Je ne regrette pas car ces petites bêtes se révèlent passionnantes… Quand on leur donne la chance de se faire connaître.

Arachnophobe, arme toi de courage. Si une photo d’araignée te fait frémir – voire pire – la lecture de cet article risque d’être très désagréable… Encore plus si je t’apprends qu’il existe en France pas moins de 1 760 espèces d’aranéides sur 48 500 dans le monde. « Et cela évolue tous les ans ! », enchérit Anne Bounias-Delacour. Amoureuse de la nature et des araignées depuis toute petite, elle a fait de cette passion son métier puisqu’elle est arachnologue. Une profession qu’ils sont peu à exercer, notamment en France, raison pour laquelle de nouvelles variétés sont découvertes chaque année. « Il suffit souvent de chercher pour repérer un spécimen inconnu. Récemment j’en ai trouvé un au niveau de la réserve naturelle de la Sainte-Victoire ».

Mais comment s’assurer qu’une araignée observée est inédite ? « En regardant ses organes sexuels, car elles sont spécifiques à chaque espèce. Puis en les comparant à celles des aranéides déjà répertoriées dans des ouvrages et des publications ». Un vrai travail de fourmi.

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Le Pholque de Pluche. Araignée qui se rencontre dans de nombreuses maisons ou dans la nature. La femelle construit une petite toile de protection pour les jeunes, comme ici en photo © DR

Qui s’y frotte, s’y mord

Contrairement à ce qui est dit, une araignée ne pique pas… Elle mord. Et ce, grâce à ses deux crochets à venin – une caractéristique qu’elle partage notamment avec les serpents. Mais ne prenez pas peur trop vite. « Aucun spécimen n’est agressif ou dangereux en France. Leur venin n’est d’ailleurs pas mortel pour les mammifères, donc pour les hommes », met en avant Anne Bounias-Delacour. La spécialiste reconnaît qu’il peut y avoir des « accidents » car certains venins sont nécrosants ou neurotoxiques – ils peuvent causer une gangrène ou occasionner des troubles musculaires entraînant arrêt cardiaque ou insuffisance respiratoire. La « faute à pas de chance » car seulement 15 morts sont recensés annuellement dans le monde.

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Anne Bounias-Delacour, arachnologue à l’origine de la découverte de nombreuses espèces d’araignées © DR

Il faut aussi savoir que les araignées ne mordent jamais sans raison. « Elles le font pour manger ou se défendre, sans forcément injecter du venin. Sa quantité est de toute façon faible car censée tuer une proie de leur taille ». Le plus gros spécimen français mesure dans les trois centimètres, bien loin de la carrure d’un être humain ! Et son plat favori est le criquet, non la chair humaine. D’autres préfèrent pucerons, moustiques ou mouches, pour le plus grand bonheur de nos agriculteurs…

 

Maîtresses des cultures bio

Comme certains peuples (bonus), les producteurs bio vénèrent les araignées. Le terme est peut-être un peu exagéré, mais elles sont de véritables alliées pour eux. Dans les 60 hectares de vergers de Stéphane Charmasson à Arles, elles y sont apparues d’elles-mêmes à partir de 2009, quand l’exploitation familiale est passée au bio. « Sans l’utilisation de produits chimiques, des nuisibles se sont installés, mais également des prédateurs pour les chasser, comme les araignées. Elles participent à la chaîne alimentaire et à l’équilibre du verger », explique-t-il. Entre ses pommiers, poiriers ou encore figuiers, les toiles des aranéides sont de redoutables pièges pour les carpocapses, papillons à l’origine des vers des fruits.

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Stéphan Charmasson, maraîcher bio à Arles © DR

Chez Christophe Giaretti, maraîcher bio depuis 2013 à Velaux, les araignées servent à combattre des acariens qui nichent sur les feuilles de concombre et d’aubergine dès les beaux jours. L’agriculteur les achète auprès d’une entreprise spécialisée dans la vente d’auxiliaires de culture (araignées, coccinelles, pince-oreilles…) dont le but est d’éliminer les ravageurs. « Je fais un lâcher une fois par an quand les acariens arrivent. L’avantage est qu’elles s’en prennent même aux pucerons. En complément, j’utilise aussi une petite guêpe ». Bien que très efficaces, les araignées sont rarement utilisées seules. Comme le souligne Stéphan Charmasson : « C’est une multitude de facteurs qui permet de trouver l’équilibre dans les cultures ». Lui fait également appel aux mésanges et chauves-souris contre les insectes. Ainsi qu’à l’usage de produits bio pour traiter les plantes, toujours naturellement.

 

Indispensables à la survie de l’homme

Les araignées ne risquent-elles pas d’attaquer à leur tour plantes et arbres ? « Impossible puisqu’elles sont carnivores. Aucune n’est incompatible avec l’agriculture », souligne Anne Bounias-Delacour. Il n’y a d’ailleurs pas que dans les champs qu’elles servent à combattre des nuisibles. Leur rôle principal dans la chaîne alimentaire est de réguler les populations de fourmis et de moustiques. Et donc de limiter la propagation de maladies transmises par ces derniers – paludisme, virus Zika, dengue, chikungunya, entre autres – responsables de centaines de milliers de morts chaque année (bonus).

Si les araignées n’étaient pas là, la situation serait encore pire puisqu’elles représentent 45% de la prédation des moustiques, mouches et fourmis. Le reste est assuré par les oiseaux, lézards, amphibiens, hérissons et chauve-souris. Lorsque j’émets l’hypothèse d’une disparition totale des aranéides de la surface de la Terre, Anne Bounias-Delacour est catégorique : « Il n’y aurait plus d’hommes sur notre planète ». Tout simplement parce que l’être humain aurait du mal à se défendre contre les fourmis, qui sont carnivores. Et ne pourrait faire face à une recrudescence de moustiques et aux lots de maladies qu’ils transmettent. Fort heureusement, ce ne devrait pas être pour demain. S’il est difficile pour l’heure d’avoir du recul sur l’évolution du nombre d’araignées depuis le début des recherches en 1758, il semblerait que le nombre d’espèces, lui, ne soit pas en recul. Une bien bonne nouvelle. Avouez-le, elles ne vous paraissent pas attachantes maintenant ces petites bêtes à huit pattes ? ♦

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Le Thomise replet. Il chasse à l’affût dans les fleurs. Pour passer inaperçu il peut changer de couleur en fonction de celle de la plante-hôte. Il met trois jours pour y arriver. Ce n’est pas du mimétisme comme le caméléon mais du chromatisme © DR

* Nos soutiens 9parraine la rubrique « Environnement » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité.

 

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