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Cité de Frais Vallon, on recycle les encombrants

Par Agathe Perrier

Journaliste

© AP

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Recyclo’Bus a ouvert ses portes en plein cœur de Frais Vallon, une cité du nord de Marseille. Véritable caverne d’Ali Baba, on y trouve des objets du quotidien et des vêtements d’ordinaire destinés à la déchetterie, vendus à petits prix. Ce sont des salariés en insertion issus des quartiers prioritaires qui gèrent cette ressourcerie.

 

Vaisselle à 50 centimes la pièce, vêtements à un ou deux euros, table à manger à 20 euros, livres, jouets pour enfants, meubles, canapés, chaussures, accessoires et j’en passe. On trouve monts et merveilles à la ressourcerie de Frais Vallon. Et à des prix imbattables. « L’enjeu pour nous n’est pas économique. Cette boutique est avant tout un service », précise Jean-Michel Le Mons, directeur de la Régie Service 13 (RS13). Cette association assure depuis 20 ans la collecte des encombrants dans les cités marseillaises. Et à maintes reprises, a déniché de véritables « pépites », des objets encore en bon état qui auraient pu faire le bonheur de plus d’un. Il lui est d’ailleurs déjà arrivé d’en sauver des griffes de la déchetterie pour les mettre à disposition du premier intéressé. « Et puis on s’est dit qu’on pouvait créer un cercle plus vertueux. C’est là que l’idée de la ressourcerie est née ». Baptisé « Recyclo’Bus », le projet a été plus difficile à mettre en place qu’il n’en a l’air.

 

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Tissa et Malika viennent toutes les semaines à la ressourcerie, notamment pour les vêtements © AP

Un an de stockage avant d’ouvrir

Si vous pensez qu’il faut simplement récupérer des objets et les mettre en exposition dans une boutique pour avoir une ressourcerie, vous vous trompez. La première étape a été la recherche d’une zone de tri et de stockage. Trouvée dans le 15e arrondissement de Marseille, du côté du marché aux puces. Opérationnelle depuis le 1er juillet 2018. « On y a entreposé pendant un an tous les éléments réemployables que l’on a dénichés. En parallèle, on s’est attelé à l’ouverture de la boutique elle-même », explique Jean-Michel Le Mons.

C’est à Frais Vallon, cité de 4 500 habitants, que la RS13 a décidé de l’installer. L’association la connaît bien pour y mener de la médiation sociale et des chantiers d’insertion sur les espaces extérieurs. La recyclerie a ouvert ses portes le 31 juillet dernier et assure le service chaque mercredi après-midi. C’est devenu un rendez-vous hebdomadaire pour Tissa et Malika, deux sœurs résidant dans le quartier. Elles y viennent principalement pour la vaisselle et les vêtements. « Dommage qu’il n’y ait pas la nourriture aussi ! », sourient-elles, complices. Ces deux mamans regrettent le peu de jours d’ouverture de l’établissement. « On ouvrira de plus en plus au fur et à mesure. Du moins c’est ce que l’on espère. On ne veut pas brusquer les choses », confie le directeur. Et plus précisément les salariés.

 

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Drill, l’un des employés de la ressourcerie © AP

L’insertion, cœur du dispositif

Quinze personnes font tourner le lieu, de la zone de tri à la boutique. Toutes en contrat d’insertion. « On embauche des individus très éloignés de l’emploi qui ont besoin de se reconstruire. Ils découvrent déjà un nouveau métier comme l’accueil des clients, la communication, tenir une caisse… Il faut y aller en douceur pour eux », souligne Jean-Michel Le Mons. Le jour de ma visite, l’équipe venait d’accueillir trois « nouveaux » pris en charge par trois « anciens ». Parmi ces derniers, Drill, 60 ans, arrivé en janvier après plus de deux ans sans emploi. Ce qui lui plaît à lui si « timide et réservé » avant : « le travail en équipe, rencontrer des gens, avoir des relations humaines ». Grâce à l’accompagnement de l’association, il a pu dégoter des missions ponctuelles en intérim. Rien de plus. Il a pourtant un CAP de tourneur-ajusteur et des années d’expérience en poche. Mais ça ne suffit pas pour décrocher un job.

Constat similaire pour René. « J’ai travaillé pendant plus de 35 ans en tant que cariste et je n’arrive pas à trouver quelque chose. À notre époque, obtenir un CDI, c’est déjà mission impossible. Alors, à plus de 50 ans… ». S’il avoue ne « rien espérer » de son passage à la recyclerie, cela ne l’empêche pas de s’y plaire. « J’adore l’équipe et l’esprit d’équipe qui règne. Égalament le fait de pouvoir prendre des initiatives par moi-même ». Comme la rénovation de mobilier par exemple. La boutique dispose d’un atelier où les salariés remettent en état les objets à coups de pinceau et de petites réparations. Tous les éléments sont également nettoyés avant d’être exposés en rayon. Cette année, 700 tonnes de produits divers et variés ont été récupérés par la RS13. Provenant des encombrants, mais aussi d’interventions chez des particuliers ou professionnels qui se débarrassaient d’affaires en tous genres. 85% ont été valorisés dans l’établissement ; le reste est parti à la déchetterie.

 

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René, employé de la ressourcerie © AP

Un tremplin pour une majorité de salariés

Les employés de la ressourcerie disposent de contrats de 26 heures hebdomadaires. Ils passent 20 heures sur site et bénéficient de six heures d’accompagnement socio-professionnel. Un laps de temps pendant lequel ils reçoivent une aide pour solutionner leurs freins à l’emploi (problèmes de garde d’enfants, de mobilité, de santé…).

La RS13 embauche au total 150 personnes en insertion dans ses différentes branches. Il s’agit dans la majorité des cas d’habitants de quartiers prioritaires éloignés du monde du travail. Diverses missions leur sont proposées, allant d’interventions comme cantonnier à l’entretien d’espaces verts, en passant par la médiation sociale. Le but est de leur permettre de s’intégrer de nouveau dans la société tout en améliorant le quotidien de la population des cités. Ils restent en moyenne 10 mois au sein de la structure. 70% d’entre eux ressortent avec une formation ou un emploi (CDD de longue durée ou CDI). Un chiffre supérieur aux obligations de résultat de l’association, fixées à 60% de sorties positives.

 

Une boutique itinérante pour 2020

Le projet de ressourcerie n’est pas encore terminé. Reste une dernière étape, qui devrait se concrétiser d’ici le deuxième trimestre 2020 : un bus itinérant pour aller à la rencontre des habitants des cités, notamment les jeunes, et communiquer sur les problématiques liées à l’écologie. « Ce sera un petit camion aménagé avec de l’information autour du tri. On y présentera aussi quelques objets pour faire connaître la boutique au plus grand nombre possible », précise Jean-Michel Le Mons. Car il n’est pas obligatoire de résider à Frais Vallon pour réaliser des emplettes dans la recyclerie. Budget serré ou non, tous les clients sont accueillis et une mixité de porte-monnaie est même souhaitable. On peut aussi se contenter de discuter ou se prendre une boisson dans le coin café. Bienvenue ! ♦

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Entrée de la ressourcerie de Frais Vallon © AP

 

Bonus –

  • Des vêtements, accessoires, meubles, vaisselle ou tout autre objet dont vous ne voulez plus ? Vous pouvez les apporter directement à la ressourcerie Recyclo’Bus. Adresse : 48 avenue de Frais Vallon, bâtiment E, Marseille 13e. Ouverture le mercredi de 14h à 18h.
  • La Régie Service 13 est une association indépendante. Elle s’autofinance à 50%. Le reste provient d’aides de l’État. La ressourcerie a été financée avec l’appui de la Politique de la Ville.
  • La structure est à la recherche d’un local pour déménager son siège social, à l’étroit dans la cité Bégude Sud. Quelques critères : 500 m² de surface et si possible dans un quartier, car le but de l’association est d’être au plus près des habitants.