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Une association équipe la brigade des mineurs de Marseille

Par Olivier Martocq, le 21 octobre 2019

Journaliste

Salle Mélanie à Lyon.

Une « salle Mélanie », dans le jargon de la police et de la justice, est une salle d’interrogatoire adaptée aux « très petites victimes ». C’est aussi le prénom de la première enfant entendue dans un cadre judiciaire en France. La brigade des mineurs de Marseille, deuxième pôle après Paris avec 1 500 affaires par an, ne disposait pas encore de ce type d’espace, protégé, rassurant, conçu pour libérer la parole des enfants confrontés aux violences et aux agressions sexuelles. Alors que 19 villes s’en étaient déjà dotées. C’est désormais chose faite grâce à un apport financier de 2 300 euros offert par l’association « Parole d’enfant ».

 

Recueillir la parole de l’enfant.

Pour que les témoignages des enfants puissent faire condamner les criminels qui les ont abusés, ils doivent être constants et précis : et c’est une difficulté. Depuis 1998, pour les mineurs victimes d’Une association équipe la brigade des mineurs de Marseille 1 abus sexuels, la loi oblige un enregistrement vidéo de leurs déclarations devant les policiers chargés de l’enquête. La vidéo de l’audition est versée au dossier d’un juge d’instruction et peut faire l’objet d’une diffusion lors du procès, qui a parfois lieu trois ou quatre ans plus tard. Joanny Moulin, président de « Parole d’enfant » [bonus] est par ailleurs un avocat qui depuis 20 ans accompagne les petites victimes âgées de 3 à 7 ans. Il ne supportait plus les mauvaises conditions d’audition de l’hôtel de police de Marseille. « Ces enfants subissaient un véritable parcours du combattant, avec parfois jusqu’à 12 interrogatoires entre le premier, effectué par des policiers, et un ultime témoignage devant une cours d’assise. Et il arrivait que les retranscriptions des vidéos, prévues par la loi pour servir de preuves, ne suffisent pas aux juges d’instruction et aux magistrats tant les conditions de tournage étaient limites ».  Cette vingtième salle Mélanie de l’hexagone a été installée au dernier étage de l’Évêché – surnom de l’hôtel de police de Marseille. Le lieu rappelle une classe de maternelle avec tapis de jeu au sol et posters de héros de Walt Disney sur les murs peints en couleurs pastel.

 

Mettre l’enfant en confiance

Le bureau derrière lequel peut prendre place l’enquêteur est en verre. Anna, dix ans de services à la brigade des mineurs, explique que la plupart du temps, il n’est pas utilisé. Les discussions se déroulent à hauteur d’enfant, car « il s’agit de le mettre en confiance, de créer un rapport de proximité ». Avec ses collègues, elle est spécialement formée pour ce travail avant tout psychologique, qui passe souvent par le jeu en commun. « L’objectif est de libérer une parole contrainte par des interdits ou des liens affectifs. La méconnaissance aussi de ce qui est acceptable et ne l’est pas ». Pas de téléphone, pas d’ordinateur, pas de prise de note : le travail judiciaire nécessaire à la procédure est effectué par un collègue de l’autre côté d’une glace sans tain qui occupe la moitié d’un mur. C’est ce second enquêteur qui oriente la caméra et filme tout l’entretien. Lui surtout qui, via une oreillette, donne des consignes et des conseils. Yves, depuis trente ans dans la police, reconnaît que ce nouvel outil mis à la disposition de la brigade va bouleverser les habitudes de travail : « L’expression corporelle de l’enfant est essentielle. De l’autre côté de la vitre, on peut l’interpréter ».

 

Des poupées pour expliciter l’indicible !

Une association équipe la brigade des mineurs de MarseilleDes puzzles représentant des personnages habillés permettent de commencer par construire une sorte de portrait-robot de l’agresseur. Homme, femme, couleur des cheveux et des yeux, forme du visage, taille, corpulence etc… Cette étape est nécessaire quand l’enfant ne nomme pas directement l’adulte, parfois l’adolescent ou même un autre enfant qui l’a abusé ou martyrisé. Il y a aussi ces poupées en chiffon qui vont permettre d’expliquer l’indicible. De montrer les parties de son corps agressées. « Le travail reste le même, analyse Marc Rolland le chef de la brigade des mineurs. Mais, avec cette salle et les équipements du local technique adjacent, on lève tous les obstacles à la libération de la parole des enfants, tout en restant dans un cadre légal très contraint afin de préserver les droits de la défense ». Les policiers qui traitent ces affaires délicates sont une vingtaine à Marseille. Daniel Brugère, le nouveau chef de la sûreté départementale, qui vient prendre officiellement possession du lieu, glisse : « C’est une spécialité très particulière, qui doit conjuguer écoute et recherche de la vérité dans des cercles par nature fermés comme la famille, les amis, les proches… Avec des ressorts affectifs très puissants ». Le fiasco de l’affaire d’Outreau a montré les limites de la parole des enfants, qui peuvent être manipulés. Le film Polisse a, lui, fait connaître le travail de la brigade des mineurs. ♦

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité.

 

Bonus [pour les abonnés] L’association Parole d’enfant – Entretien avec Me Joanny Moulin, président de Parole d’Enfant

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