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La fabrique de l’homme

La fabrique de l'homme 1En 2010, elle s’était postée au chevet de jeunes filles des cités, au moment où elles sortent de leur chrysalide pour devenir des femmes. Ce qui avait donné le beau documentaire Les Roses Noires. Sept ans plus tard, Hélène Milano a enquêté sur leurs alter ego masculins. Son nouveau documentaire, les Charbons Ardents sort en salle le 27 octobre.

Sa nouvelle enquête s’intéresse à ce que signifie devenir un homme aujourd’hui. La réalisatrice a sondé 15 jeunes ados de 16 et 19 ans, grandis en lycées professionnels, dans trois régions –Val-de Marne, Marseille et Charleville-Mézières (Ardennes). Des régions à forte mémoire prolétaire : l’Île-de-France liée à l’industrie automobile, Marseille riche des différentes couches d’immigration connaît un véritable désastre économique avec l’effondrement de nombreuses activités, et le Nord également, avec nombre d’usines appelées à disparaître et où ces garçons se destinent à entrer malgré tout.

Elle a interrogé les normes et les codes de la virilité : la place sociale et le monde du travail qui les attend, les relations entre garçons, l’amour. Du social à l’intime ses images nous immergent dans la construction du masculin, dans la « fabrique du garçon ».

 

Trois projections sont d’ores et déjà programmées dans la région :

-au cinéma le Gyptis – 136, rue Loubon à Marseille, le 5 novembre à 20h

-au cinéma Les Lumières – Arcades de Citeaux à Vitrolles, le 6 novembre à 20h

-au cinéma l’Alhambra – 2, rue du cinéma Marseille projection-débat le 7 novembre à 20h30.

 

  • Coup de projecteur sur trois aspects du documentaire, décryptés par Hélène Milano.

 

 1Sur les normes – « Tous ceux que j’ai rencontrés ont subi, à un moment ou un autre, ces lois de « pour être un homme, il faut être comme ceci ou comme cela… ». Ils les ont intégrées comme des règles mais en même temps, ils ont envie de cet affranchissement. De cette émancipation. Mais comment faire pour y aller ? Par où passer ? Au fond c’est un film qui donne à ressentir ce désir d’émancipation des normes.

 

Sur l’insouciance dont ces garçons ont souvent été privés – « Ils avaient envie de montrer leur profondeur. Ils savent que l’image que nous avons d’eux c’est celle de garçons qui prennent des postures très bruyantes, qui sont souvent dans l’insolence. Ils en ont conscience aussi parce que c’est la première image qu’ils donnent à voir d’eux-mêmes. Par protection et codes. Et lorsque je leur ai proposé de nous rencontrer sur le partage de ces questions qui traversent le film, ils ont eu envie de ce sérieux. D’être pris dans leur profondeur. Ils ont un humour fabuleux mais là ils n’avaient pas envie d’être sérieusement entendu, d’être aussi à cet endroit-là. De la profondeur. Et ce sérieux était touchant. »

 

Sur le déterminisme social dont ils sont déjà les futures victimes… « C’est ça qui est terrible. Ils savent qu’ils vont se le prendre de plein fouet. Et l’injustice que cela contient. Ils en sont pleinement conscients. Faire un film avec eux c’est inviter les gens à regarder où ils en sont. Où en sont tous ces jeunes engagés dans cette voie où ils se sentent insécurisés dans leur avenir et dans leurs possibilités d’épanouissement. Le collège est le moment de la catastrophe, car le train de l’enseignement va passer et qu’ils risquent de ne pas être au rendez-vous. Parce que c’est le moment adolescent où ils ont à gérer tout ce qui est dans le film : le social, être un garçon, relever des défis. Quand Ethan dit que s’il avait eu la motivation, il aurait travaillé, il exprime combien ses préoccupations étaient ailleurs à ce moment-là. Et quand il dit j’ai peur, c’est une réalité qu’ils partagent tous. Même si certains l’expriment et d’autres pas. » ♦