Fermer

« Système Friche » : la réussite du modèle marseillais

Deux articles pour le même prix. On commence par les expos en cours car un week-end à rallonge se profile. Juste avant la radiographie de la Friche Belle de Mai, une expérimentation urbaine unique qui pourrait être inspirante pour d’autres quartiers défavorisés.

 

Prison Miroir, l’expo hors normes

Hors normes, car qu’en est-il de la normalité entre les murs d’une prison ? Hors normes, car cet événement inédit a impliqué un nombre inhabituel d’institutions et de tutelles – le Ministère de la Justice, la Direction de l’administration pénitentiaire, la Direction interrégionale des Affaires Pénitentiaires, le Conseil départemental de l’Accès au droit 13, le Barreau de Marseille et la Fondation de France. « Ce thème transversal, pertinent nous a permis de transformer l’envie de faire quelque chose ensemble en réalité », confie l’avocat Marc Bollet, président de la Friche Belle de Mai.

Cette expo en deux mouvements et deux populations (les détenus, les gardiens) s’inscrit dans un écosystème qui veut explorer la relation entre la prison et l’art. Apporter ainsi un éclairage décalé et neutre sur l’univers carcéral. Révéler aussi les assignations, les tabous et les jugements de valeur.

« Une réflexion sans commisération » 

« Système Friche » : la réussite du modèle marseillais 1« Détenues », la série de portraits réalisée par Bettina Rheims date de 2014. Elle avait été largement initiée par Robert Badinter qui regrettait que si peu soit dit et montré de ces femmes. « Cette exposition était un moyen de leur redonner une place en tant que femme, de redéfinir une identité », explique Gwenaëlle Petitpierre, directrice du studio Bettina Rheims. 48 des 60 portraits de la série sont exposés, réalisés sur un fond neutre, qui ne rappelle pas la prison. Toutes volontaires, les femmes ont posé avec l’accord du juge d’application des peines. Apprêtées ou pas, pas toujours maquillées, brièvement libres de leur image. « C’est une réflexion sans commisération, très forte et bienveillante, remarque Isabelle Gorce, présidente du TGI de Marseille. Il y a une vertu pédagogique à parler de la justice et à présenter ce que ces femmes veulent montrer d’elles-mêmes ». Les portraits sont magnifiques, c’est tout le talent de la célèbre photographe. Mais certains visiteurs, dont je ne suis pas, regrettent que la condamnation et son motif ne figurent pas sous les portraits.

Les photos s’accompagnent de phrases ou de fragments de phrases, mélangés à dessein – « Au début, je n’ai pas su ce que j’avais fait, c’est comme si j’avais oublié que tout était vrai. Je n’arrivais pas à recoller les morceaux. Ça a duré quatre mois avant que je sache que j’avais tué mon mari. Je ne savais plus écrire, je ne savais plus lire. C’est comme si j’étais redevenue une enfant de 7 ans. Il fallait tout réapprendre ». « Elle est toujours tombée sur des mecs épouvantables qui profitaient d’elle, qui lui prenaient son fric ». « Avant elle avait des problèmes d’alcool et elle a peur de replonger. Elle n’a pas de repère, n’a jamais pris le train toute seule. »

En inversant l’œilleton

« Système Friche » : la réussite du modèle marseillais 2L’autre exposition, inédite celle-ci, propose une plongée dans les coulisses de la prison, au côté des gardiens et des gardiennes. Pour « Un œil sur le dos », Arnaud Théval, par ailleurs auteur d’un travail de fond sur ce sujet, s’est glissé dans leur univers, d’abord à l’occasion de la cérémonie de remise de l’uniforme qui se tient une fois par an à l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) d’Agen. Mais aussi dans leurs pas, arpentant l’enceinte de vieilles prisons fermées, notamment celle des Baumettes, où toutes sortes de cicatrices subsistent – graffitis, photos. Les tatouages des personnels pénitentiaires, qui posent de dos ou le visage dissimulé par un masque, peuvent être lus en résonnance. « Je me trouve face à toute l’ambiguïté de la société, en inversant l’œilleton je l’ai vue et entendue, violente, émouvante, généreuse et écrasante, désespérante, poétique », note l’artiste. « Il faut déconstruire les idées reçues, ne pas perdre de vue la communauté d’êtres humains », abonde Christine Charbonnier, secrétaire générale de la Direction Régionale des Services Pénitentiaires sud-est. ♦ Nathania Cahen

 

* Le La Villa Médicis de Cassis parraine la rubrique « Culture » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité.

 

Belle de Mai, la friche hors normes

 

Avec l’appui de Google, Wikipédia et parfois comme c’est le cas ici un site internet particulièrement bien fait, n’importe quel journaliste a largement de quoi alimenter un article. S’il connaît un peu le lieu, il rajoute une touche personnelle. Si, de surcroît, il connaît des acteurs pour densifier le propos, le job est fait dans les règles de l’art. Son rôle se résume alors à jouer habilement du clavier pour attirer l’attention du lecteur potentiel. En l’espèce, en dehors du talent (n’est pas Albert Londres ou Philippe Pujol qui veut), toutes les conditions énumérées sont réunies. Avec toutefois un handicap majeur pour la déontologie. J’aime ce lieu que je fréquente et j’ai une profonde admiration pour les acteurs qui en ont fait ce qu’il est devenu, à commencer par son président Marc Bollet, qui appartient à une catégorie sociale et philosophique en voie d’extinction… les humanistes !

Un peu d’histoire

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Déja membre ? Vous connecter

S'abonner pour lire la suite