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Un pompier social pour les familles d’enfants hospitalisés

Par Nathania Cahen

Journaliste

Photo @AP-HM

L’association Pour le fil d’Ariane s’efforce d’alléger le quotidien des familles d’enfants hospitalisés avec une aide rapide et sur mesure. Elle compte une quinzaine de bénévoles, mais c’est avant tout Alexia Belleville, sa fondatrice, qui l’incarne. Pugnace et attentive, elle sait notamment mobiliser artistes et sportifs autour de défis à même de financer ses projets.

 

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Photo @AP-HM

« En 2002, j’ai beaucoup séjourné à l’hôpital au côté d’un fils malade. J’y ai rencontré des familles en difficulté, déstabilisées financièrement, moralement ou dans leur organisation en raison de l’hospitalisation d’un enfant. Un papa qui dormait dans sa voiture, un couple déboussolé qui venait des Alpes, une maman qui n’avait pas les moyens de prendre chaque jour le train depuis Toulon, une autre qui ne mangeait pas et, pendant ce temps, des frères et sœurs dépassés par leurs devoirs, sans mode de garde, sans aide à la maison », se remémore Alexia Belleville. L’idée qui lui vient alors n’est pas de doublonner avec les dispositifs existants autour de l’AP-HM (Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille), « car beaucoup de bénévoles intervenaient déjà auprès des enfants malades. Ce qui manquait, c’était une aide concrète, rapide et sur mesure pour le reste de la famille, le temps qu’elle s’organise ». Pour le fil d’Ariane voit le jour en 2005. L’aide proposée va se répartir entre trois postes principaux : les trajets vers l’hôpital, les factures difficiles à honorer (loyer, électricité…) et la prise en charge du reste de la fratrie. « L’hospitalisation ou la maladie d’un enfant peuvent déboucher sur d’autres accidents de vie, glisse Alexia Belleville. Tout en l’accompagnant, il faut faire en sorte de rester vigilant avec son conjoint, la fratrie, son travail… ».

 

Des kits de naissance, des jeux, des ateliers beauté

Un pompier social pour les familles d’enfants hospitalisés 2Petit saut dans le temps. 14 ans plus tard, Antoine, le fils d’Alexia, étudiant à Strasbourg, va très bien et l’association est plus que jamais à fond. Jamais à court d’idées – comme les rencontres, elles ont pavé toutes ces années, et complété les aides aux familles. Il y a eu la création d’un vestiaire pour les nouveau-nés à la maternité de l’hôpital Nord qui a évolué en dotation de « kits d’urgence » avec quelque 60 sacs à dos (comprenant couches, biberon, tétine, couverture, body, pyjama et liniment oléo-calcaire) distribués chaque année. Il y a, depuis 2014, les interventions d’une socio-esthéticienne auprès des ados hospitalisées en cancérologie : « leur féminité est mise à mal par la chimio et les traitements. Se maquiller, choisir la couleur d’un foulard permet de la réinvestir. Le plaisir est de surcroît partagé avec l’entourage ». Il y a les ateliers de peinture avec « Les passeurs de couleurs ». Et cette année, des mallettes de jeux de soins qui apaisent, offertes aux enfants du service cardiologie.

Alexia Belleville juge essentielles les vertus de l’échange et du dialogue. « Nous ne faisons pas selon nos envies, mais selon les besoins et ce qu’on nous demande », précise-t-elle. Pour le projet de renouvellement du matériel des salles des jeux, elle a rencontré les éducatrices de l’hôpital de La Timone enfants. « Ce qui a d’abord émergé de la discussion, c’est le manque de fauteuils roulants : les enfants qui le souhaitaient ne pouvaient pas tous se rendre dans ces espaces. Nous en avons donc commandé. Nous avons par ailleurs écumé les sites de jeux pour trouver des porte-cartes adaptés aux enfants qui ont du mal à utiliser leurs mains. Nous avons enfin prévu une réunion avec les kinés pour concilier des activités ludiques avec les soins douloureux ».

 

« Avec des artistes et des sportifs qui ont adhéré à nos valeurs » 

Un pompier social pour les familles d’enfants hospitalisés
Alexia Belleville (en haut au centre) et une partie des bénévoles.

Alexia Belleville a la compassion chevillée au corps. Et assez de volonté pour soulever de petites montagnes. L’air de rien, même si le regard bleu est plus grave qu’évanescent. Elle se désole : « La précarité explose, les assistantes sociales n’arrivent plus à faire face, de plus en plus de familles se retrouvent à la rue parce qu’elles ne rentrent pas dans les cases… ». Quand on la sollicite, elle se mobilise, fait jouer ses réseaux, passe des coups de fil. Déploie cette énergie discrète et contagieuse dont elle a le secret. Car la multiplication des galères sociales l’affole : le manque de soutien de la société, les personnes isolées, les aidants épuisés, les projets de vie qui s’effondrent pour cause de maladie…

Depuis la création de Pour le fil d’Ariane, entre 400 et 500 familles ont pu être aidées. Jamais directement, toujours par le biais de l’hôpital ou des services sociaux qui ont repéré le besoin. La structure fonctionne avec une grosse dizaine de bénévoles et des dons privés, collectés notamment à l’occasion de défis sportifs et de soirées-événements – « des artistes et des sportifs amateurs qui ont croisé notre route, adhéré à nos valeurs ». Zéro frais de fonctionnement, pas davantage en communication. Le budget 2019, de l’ordre de 90 000 euros, a été en grande paUn pompier social pour les familles d’enfants hospitalisés 1rtie financé par le défi relevé en juillet par Fabrice Denisot, un producteur marseillais : il a effectué la traversée Saint-Tropez-Calvi sur sa planche-à-voile en 48 heures. Avant lui, Simon Ménard avait pédalé entre Marseille et Athènes sur son vélo, Lionel Mari avait lui relié Paris à Marseille en trail – la même chose en 20 marathons pour le marin-pompier Lionel Bebel. Pour 2020, il y a de l’alpinisme dans l’air et un défi inédit porté par deux lycéens, enfants de bénévoles (on vous réserve la primeur des infos !)

Côté artistes, l’affiche est aussi belle, avec plusieurs ventes aux enchères de photos, comme les portraits de stars de cinéma offerts en 2014 par l’artiste Thomas Vollaire.

Les hôpitaux de Marseille pourraient bientôt ne plus être les seuls à bénéficier de ces précieux soins sociaux. Régulièrement sollicitée, Alexia Belleville aimerait dupliquer ailleurs l’action de Pour le fil d’Ariane. À Paris, à l’hôpital Necker par exemple. « Notre réactivité et notre capacité à faire du sur-mesure déparent dans le paysage de l’aide sociale », convient-elle. Elle étudie également la possibilité d’élargir l’action à d’autres accidents de la vie, comme la prison, le divorce, la dépression… Que dire de plus ? Sinon qu’Alexia Belleville a toute notre admiration… ♦

 

Bonus [Pour les abonnés]

  • Les rendez-vous de PLFDA  – Un concert Musichall’Ino (beau spectacle avec des artistes reconnus et des Un pompier social pour les familles d’enfants hospitalisés 4plus jeunes au profit d’associations locales de solidarité) au Silo à Marseille dont une partie des profits ira aux associations Pour le fil d’Ariane, Le Point Rose et Un toit pour mes parents. Réservations en ligne.

Et une vente aux enchères de photos avec Et que Marseille brille. Sur la page Facebook de cette association caritative, chaque membre peut poster ses photos de Marseille. Une fois par an, les 80 plus beaux clichés sont vendus aux enchères pour le compte d’une association, cette année Pour le fil d’Ariane.

Du 6 décembre au 14 décembre à la Maison de l’Avocat, rue Grignan, Marseille 6e. Découverte des photos durant la semaine puis vente aux enchères samedi après-midi.

 

  • Aider Pour le fil d’Ariane – En rejoignant l’équipe de bénévoles, tous âges et profils bienvenus : sollicités au cas pour cas pour collecter un trousseau, du matériel de puériculture, des fournitures scolaires… et participer à la mise en place des événements. En faisant un don en ligne. Si vous êtes chef d’entreprise, rejoignez les premiers mécènes que sont l’Open 13, le Wall Street Institute, l’Immobilière Pujol… et participez à un beau projet !

 

  • Alexia Belleville n’est pas que la fondatrice- présidente de Pour le fil d’Ariane. Elle dirige par ailleurs un cabinet de valorisation de projets en santé, sciences et innovations.