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Co-habitat cherche co-habitants #1

Par Guylaine Idoux

Journaliste

Nom de code : « 11 boulevard Battala ». C’est une première à Marseille : un immeuble à réhabiliter, réservé à de « l’habitat participatif », un mode de logement mixant appartements privés et espaces communs (terrasse,  buanderie, chambre d’amis etc.). Avis aux candidats marseillais : les associations recherchent les futurs co-propriétaires, quatre à cinq foyers qui seront accompagnés tout au long de l’aventure, de l’achat à l’emménagement, en passant par la réhabilitation. Une première exemplaire, que Marcelle chroniquera jusqu’à son aboutissement. Épisode 1 : opération tapis rouge.

 

Ce mercredi soir, ils sont une -toute- petite dizaine de candidats à avoir bravé le froid pour venir au théâtre du Toursky. Un casting ? Un spectacle ? Pas du tout. Dans une petite salle du 1er étage se tient la première réunion d’une aventure inédite dont cette chronique se fera régulièrement l’écho : la réhabilitation d’un immeuble dégradé tout proche du Toursky, au 11 boulevard Battala, au cœur de Saint-Mauront, dans le cadre d’un projet d’habitat participatif. Décrit comme cela, ça paraît compliqué. En fait, c’est très simple : prenez un immeuble en si mauvais état Co-habitat cherche co-habitants #1 1qu’il a été abandonné par ses propriétaires, confiez-le à un collectif d’habitants et laissez-les l’aménager selon leurs rêves, en mixant espaces privés (leurs appartements) et espaces communs (terrasse, buanderie, local à vélo, local bricolage…). À eux, aussi, d’y inscrire leurs valeurs : logement social, innovant, intergénérationnel, écologique… Tout est possible !

 

Une première localement

Ce projet en est aux prémices, la recherche des futurs « co-habitants », puisque c’est ainsi qu’on appelle les quatre ou cinq foyers (familles ou célibataires, tout est possible aussi), qui « co-participeront » au 11 boulevard Battala. Posée à 10 minutes de marche du métro National, cette petite rue discrète va héberger ce projet exemplaire, bien différent des deux autres en cours à Marseille, « Les Habeilles » (Saint-Mauront) et « Corail » (L’Estaque). Balbutiant depuis une dizaine d’années, ceux-ci ont parfois donné l’impression que l’habitat participatif tenait du rêve impossible. « Effectivement, leurs délais sont très longs mais ces deux projets ont l’ambition de construire des immeubles, en partenariat avec un organisme HLM. Non seulement ce montage est compliqué mais en plus, il a démarré voilà dix ans, alors que personne ne savait comment faire ce type d’opération », décrypte Pierre-Charles Marais, de Regain, la structure qui accompagne ce type de projets dans la région. Depuis, la loi ALUR est passée par là (voir nos bonus). Et Pierre-Charles Marais peut se montrer rassurant : « Le projet du « 11 boulevard Battala » est plus simple puisqu’il s’agit de réhabilitation. Et la cession de l’immeuble est prête, cela a été préparé en amont. Les délais seront plus courts, de l’ordre de deux à trois ans. »

 

Des bonnes fées au-dessus du berceau

Comme dans tout projet immobilier, le « 11 boulevard Battala » a ses faiblesses – sa situation au cœur d’un des arrondissements les plus pauvres de la ville et la proximité de l’autoroute. Mais il a aussi bien des atouts, à commencer par les bonnes fées penchées sur le berceau : Regain, l’un des acteurs incontournables de l’habitat participatif en Paca, mais aussi l’aménageur Urbanis Aménagement (qui a réservé l’immeuble pour de l’habitat participatif), l’association « Habitons Groupés 13 » et l’Agence Nationale de l’Habitat (Anah). En fonction des revenus de chacun, cette dernière pourra ajouter des aides financières. « De la banque à l’architecte, les futurs co-propriétaires bénéficieront d’un accompagnement ultra privilégié », se réjouit Annie, l’une des bénévoles de « Habitons Groupés 13 ». « Comme l’immeuble entier est à réhabiliter, le collectif peut tout imaginer : construire sur la cour pour agrandir les logements (60m2 par niveau), prévoir une terrasse collective, sur l’éventuelle élévation ou en tropézienne sur le toit… Nous lançons des pistes, aux futurs habitants de s’en emparer ! »

 

Autre coup de pouce majeur : le prix de l’immeuble (un trois-fenêtres typique, R+3, avec une cour transformable en jardin), cédé pour un montant symbolique aux futurs co-habitants. Le bâtiment est ainsi soustrait du marché immobilier traditionnel, où les marchands de biens (et parfois, malheureusement, les marchands de sommeil), financièrement très réactifs, prennent tout le temps l’avantage sur les collectifs. Ce ne sera pas le cas du projet « 11 boulevard Battala ». Vite, il  cherche -encore- ses candidats ! ♦

 

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus [Réservé aux abonnés] : Un point d’histoire – Et en Paca, où on en est ?

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