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Une police très à cheval sur la sécurité

Par Antoine Dreyfus

Journaliste

Dans les années 30, le cheval était encore très utilisé par la police et l’armée. La Seconde guerre mondiale a eu raison des équidés. Mais depuis 25 ans, on redécouvre l’utilité des policiers à cheval pour renouer le dialogue avec les populations et impressionner les délinquants. Reportage à Cannes, avec la brigade équestre qui ne monte pas sur ses grands chevaux…

 

« Paaaaaaaaaaffffffffff !!! ». La détonation a percé l’air en cette matinée de novembre. Un bruit sec, piquant, impromptu et presque douloureux pour les oreilles avec ses 130 décibels. Brigadier-chef de la brigade Une police très à cheval sur la sécurité 1équestre, Sébastien Gaudy vient de tirer non loin de la tête d’un cheval. Pas de panique, nous ne sommes nullement dans un western urbain à la poursuite d’un caïd, mais dans un exercice régulier. Le lieu ? Un haras près de Mougins (Alpes-Maritimes). Les participants ? La brigade équestre de Cannes et ses chevaux (au nombre de quatre). « Ces exercices n’ont qu’un seul but, explique Sébastien Gaudy, le chef de la brigade équestre. On essaye d’anticiper les réactions des chevaux. On les habitue aux bruits de la ville, aux klaxons, et aussi aux armes, car nous ne savons jamais. Et il faut que la réaction des chevaux ne soit pas violente, ce qui nous désarçonnerait. C’est pourquoi nous les habituons à toutes sortes de situations. » Les chevaux sont spécialement formés par Sébastien pour réagir à ces situations extrêmes. « Si le cheval fait un écart, lors d’un coup de feu, ce n’est pas grave. Il faut juste éviter que les chevaux s’emballent, paniquent et se mettent au galop. » Ancien Garde Républicain, qui allie sa passion des équidés et son métier consistant à protéger et servir, Sébastien se régale tous les jours. Sébastien, c’est un peu comme un fan de Lego, qui aurait construit des vaisseaux et des bateaux enfant et qui aurait fini par travailler dans l’entreprise danoise qui a conçu et fabrique les petites briques.

 

Des policiers à cheval assermentés

La brigade équestre est installée sur les hauteurs de Cannes, dans une ancienne forcerie devenue écurie. De la villa « Buhler-les Palmiers » à la Croix des Gardes, il émane davantage une odeur de crottin qu’un parfum de mimosas. Construite par des Suisses en 1910, cette maisonnette située au coeur du massif forestier protégé de Cannes était une sorte d’usine artisanale.

Une police très à cheval sur la sécurité 2Délaissée durant une quarantaine d’années, dégradée, la villa Buhler (du nom d’une famille de producteurs de mimosa) a longtemps été squattée, avant d’être murée pour des raisons de sécurité. Depuis la rénovation de la villa par la municipalité cannoise, les montures disposent désormais de quatre boxes aménagés. Un petit poste de police (accueil, vestiaire, WC, local technique) a également été installé.

La brigade équestre ? Cinq cavaliers (4 femmes et un homme) de la police municipale cannoise, qui surveillent le Parc naturel au-dessus de Cannes depuis 2007, et la ville de Cannes. Dès que le Festival du cinéma s’ouvre, cette police montée parade aussi sur la Croisette. Les touristes adorent et se font prendre en photo. Bon, cette année, la mairie de Cannes a un peu râlé, à cause du crottin (le cheval défèque plusieurs dizaines de fois par jour sans prévenir et avale des dizaines de litres d’eau aussi…). Les policiers municipaux ont donc ajouté à leur équipement des gants et des sacs plastique, tout en renâclant quelque peu. Normalement, ces policiers descendent le moins possible de leur monture. Car il ne s’agit pas de se balader dans la ville, mais bien d’assurer des patrouilles par équipes de deux. Leurs missions ? Veiller à ce que soient respectées les interdictions de fumer, de cueillir des essences préservées, ou de stationner illégalement. Et comme tout policier assermenté, ils ont pouvoir de verbaliser les contrevenants. « Il nous est arrivé de poursuivre des pickpockets par exemple, décrit Sébastien. Mais notre mission est essentiellement dissuasive. La plupart des gens n’ont pas envie de se faire marcher dessus ou bousculer par des bêtes de plusieurs centaines de kilos. Nous sécurisons beaucoup les sorties d’écoles, nous patrouillons sur les plages, parcourons les rues commerçantes, et intervenons lors des festivals et des salons, assez nombreux à Cannes. »

 

Un rapport plus apaisé avec la population

La brigade équestre, une idée la fois moderne et traditionnelle, de plus en plus en vogue dans les villes. En fait, les équidés permettent d’avoir un rapport plus apaisé avec les habitants. Et juchés sur des chevaux à près de trois mètres, les policiers sont respectés. Sébastien assure que le contact avec la population est beaucoup plus facile. Par exemple, lorsque les policiers sont dans les rues du centre-ville, comme la rue d’Antibes, les commerçants sortent et donnent des carottes aux chevaux. Ou lorsqu’ils font des rondes à la sortie des écoles.

Nées il y a 25 ans en France (dans les pays anglo-saxons comme le Canada, les États-Unis, ou le Royaume-Uni elles existent déjà depuis longtemps notamment pour sécuriser les villes ou les stades de football), les brigades équestres ne sont pas encore très développées sur le terrain alors qu’elles rendent de nombreux services : maintien de l’ordre, sécurisation des grands événements populaires, surveillance des espaces urbains et des massifs forestiers. La première brigade est apparue en Seine-Saint-Denis, dans le parc de la Courneuve, à la fin des années 80. « Pour juguler la progression de la délinquance dans le parc départemental, la première brigade équestre de la police nationale utilise l’image positive et écologique du cheval pour revaloriser celle de la police et renouer le dialogue avec la banlieue », expliquait la préfecture de police à l’époque.

Aujourd’hui, police et gendarmerie en redécouvrent les atouts. Des brigades équestres ont vu le jour à Lille, Toulouse, Montélimar ou Mâcon. Et même récemment à Marseille, où la Garde Républicaine a testé durant six mois l’intervention de chevaux, essentiellement pour sécuriser les plages. Une initiative du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône qui a jugée l’expérience prometteuse, et qui sera donc reconduite l’année prochaine. ♦

 

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus [pour les abonnés] : Les missions des policiers-cavaliers municipaux – Le colloque…

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