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Les bénévoles du soutien scolaire

Par Agathe Perrier

Journaliste

Anne, bénévole au sein d'Arpej-Marseille, et son élève du jour, Aliyah © Agathe Perrier

Parmi la multitude d’associations proposant du soutien scolaire un peu partout en France, je me suis intéressée à Arpej, installée depuis moins de trois mois dans un des quartiers les plus pauvres de Marseille. L’effectif, une quarantaine d’intervenants, a déjà besoin de s’étoffer. 

 

14h30, un mercredi après-midi. Depuis le début du mois d’octobre, c’est l’heure d’un rendez-vous bien particulier pour une dizaine d’enfants et adolescents de Saint-Mauront, un quartier voisin de la Belle-de-Mai, dans le 3e arrondissement de Marseille. Une parenthèse durant laquelle ils vont se concentrer sur leurs difficultés scolaires et tenter de les dépasser. « Notre mot d’ordre, c’est la signification de notre acronyme :  Arpej pour Accompagner vers la Réussite les Parents Et les Jeunes. On fait du soutien scolaire mais surtout du soutien à la vie », explique Guillaume Gensollen, président de l’antenne marseillaise créée en février 2019 (bonus). Concrètement, chaque enfant est suivi deux fois une heure par semaine. Un intervenant bénévole l’aide sur ses devoirs pour lui (re)donner confiance, autonomie et goût des apprentissages. « On prend les jeunes comme ils sont, avec les difficultés qu’ils ont. Ce que l’on veut c’est leurs progrès et on encourage pour cela la moindre évolution ». Des paroles qui sont loin de rester à l’état de simple discours.

 

En un mot : bluffée

Ce jour-là, Aliyah, 9 ans, arrive avec son sac à dos. Anne, adjointe en pastorale scolaire dans la vie, la prend en charge. Si la séance commence par un travail sur les noms communs et les noms propres, c’est sur une poésie que le binôme va passer le plus clair de son temps. Un refrain de quatre vers plus trois couplets de deux longues phrases. « Impossible à retenir en si peu de temps », je pense intérieurement. Aliyah va me bluffer, non sans l’aide de sa tutrice.

La fillette commence par deux lectures à voix haute. Puis une troisième en fermant les yeux. Pendant ce temps, l’intervenante écrit les vers sur un cahier en laissant des trous. À l’enfant de les compléter,  en jonglant avec quelques bizarreries et difficultés de la langue française. « Pays » qui phonétiquement laisse à penser qu’il s’écrit autrement, « pied » et son étonnant « d » muet, « copain » dont le son « ain » peut s’écrire de bien des façons… « Ce n’est pas grave de se tromper, c’est comme ça qu’on progresse », la rassure Anne, bienveillante. Aliyah ne se décourage pas, bien au contraire. Elle mémorise les vers à un rythme qui a de quoi surprendre et les récite sans sourciller. Quand viennent les dernières minutes de la séance, entre dessiner tranquillement ou répéter une nouvelle fois, elle n’hésite pas : « On recommence ! ». Je reste sans voix devant cette soif d’apprendre.

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Aliyah en plein apprentissage de sa poésie © AP

Un engagement sérieux

Les fins de séance riment pour tous avec bilan. Un rituel au sein d’Arpej. « Chaque intervenant demande à son élève de passer en revue ce qui a été fait, ce qu’il a retenu, ce qu’il a le plus aimé. Idem pour l’adulte, car le but est que les deux se remettent en question », souligne Guillaume Gensollen. Sans surprise, c’est la poésie qu’Aliyah a préféré ce mercredi. « Je suis contente », conclut-elle. « Je le sais, et tu sais comment ? Parce que tu souris », lui répond Anne. L’écolière va même jusqu’à lui réciter une chanson apprise en classe en ce début d’année. On est loin de la fillette timide des premiers jours. L’intervenante s’en souvient très bien : « Elle était tétanisée, mais je sentais qu’elle avait envie de réussir. Son papa me dit qu’elle ne voudrait venir qu’ici maintenant ».

Pour être accompagnés par l’association, les enfants et leurs parents s’engagent pour 20 heures, soit environ dix semaines. Une convention tripartite est d’ailleurs signée à leur arrivée, pour poser un cadre et faire comprendre à chacun l’engagement qu’il prend. Car les 30 places proposées ont été prises d’assaut. Les inscrits doivent donc être motivés. « À la fin des 20 heures, on fait un bilan tous ensemble. Soit on continue, soit on arrête parce que l’enfant ou les parents le décident. Ça ne nous est encore jamais arrivé, mais on vient seulement de commencer. Dans les autres Arpej de France, cela reste aussi vraiment marginal », précise le président de l’antenne marseillaise. Les séances sont facturées aux familles de 50 centimes à un euro en moyenne, selon le coefficient de la CAF. Une participation financière dont le but n’est pas lucratif mais qui veut renforcer la notion d’engagement.

 

Des bénévoles de 15 à 77 ans

Durant les séances se côtoient en théorie sept intervenants bénévoles et dix jeunes. Certains s’occupent de deux, d’autres d’un seul élève. « On avait pensé au départ à un schéma avec deux enfants par intervenant, pour éviter d’être constamment sur le dos d’une personne. Mais tous les bénévoles ne sont pas forcément à l’aise à l’idée de gérer deux élèves simultanément, donc on s’adapte », observe Guillaume Gensollen. Les professeurs, actifs ou à la retraite, composent un tiers de l’effectif des tuteurs. Ils prennent généralement deux élèves. On trouve à leurs côtés toutes sortes de profils, de l’ingénieur à l’architecte en passant par des étudiants et même des lycéens. C’est le cas de Bastien, en classe de première au lycée de Provence (dans les « beaux » quartiers), où le bénévolat est une matière obligatoire sous la dénomination « projet d’action sociale ». « On a le choix entre plusieurs activités comme par exemple le soutien scolaire, l’aide aux plus démunis ou aux handicapés. On est ensuite dispatchés en fonction de nos préférences et on y va une fois par mois. Je trouve que c’est pas mal », considère le lycéen. L’association compte également trois élèves de seconde dans ses rangs, venus, eux, de leur propre initiative.

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Parmi les bénévoles d’Arpej-Marseille, des actifs, des retraités, des étudiants et même des lycéens © AP

Et si c’était vous ?

La porte est d’ailleurs grande ouverte à tous ceux qui aimeraient donner de leur temps aux écoliers de Saint-Mauront. Une heure, deux ou trois heures hebdomadaires voire plus, le choix est libre (bonus). Le jour de ma visite, un professeur d’histoire et une étudiante sont venus proposer leurs services, pour le plus grand bonheur de Guillaume Gensollen. « Je vous laisse un CV ? », demande la jeune femme. « Pas besoin ! », lui répond le président qui lui donne rendez-vous dès la semaine suivante pour plonger directement dans le grand bain. Car si les enfants sont pris comme ils sont, les intervenants aussi. L’association ne recherche pas des bac+5 mais des personnes motivées et pédagogues. Et si elles butent sur certains points des devoirs, ce sera l’occasion de montrer aux élèves que, même adulte, on ne sait pas tout et on peut se tromper. Une belle leçon d’apprentissage dans la droite ligne des valeurs d’Arpej. ♦

 

Bonus [Pour les abonnés] – Devenir bénévole – Le groupe Arpej –

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