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Vulgariser les sciences top chrono

Par Agathe Perrier

Journaliste

Les six doctorants de la 3e édition des 13 minutes jeunes chercheurs de Marseille © Agathe Perrier

Les Treize Minutes Jeunes Chercheurs, c’est comme une petite fête des sciences : des têtes bien faites rivalisent d’ingéniosité pour vulgariser leurs travaux. Souvent de façon ludique. En se servant de Star Wars pour expliquer comment freiner l’invasion de virus dans les cultures, ou du rat du dessin animé Ratatouille pour parler d’addiction à la drogue. Six jeunes chercheurs d’Aix-Marseille Université se sont prêtés à ce drôle d’exercice.

Ce 16 décembre, le Palais des Congrès de Marseille était bien rempli. Des scolaires, des scientifiques et des curieux, venus en savoir plus sur les travaux de doctorants d’Aix-Marseille Université. Ces derniers disposaient de treize minutes sur scène pour leur exposé, pas une de plus – même si en pratique certains ont très légèrement débordé. « Le but est de les faire parler de leur science de la manière la plus simple possible, pour qu’elle soit accessible à tous », me briefe en amont Farah Cherfaoui, coordinatrice de l’événement. Pour atteindre cet objectif, les jeunes chercheurs n’ont pas manqué d’imagination.

 

Imager pour faciliter la compréhension

Élodie Giorla, docteure en neurosciences, a fait le choix du régressif. Sur scène, elle n’était pas seule, mais accompagnée de Rémy, une peluche à l’effigie du héros du dessin-animé Ratatouille. Quelle utilité ? Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, Rémy est un rat. Et les rats, c’est l’outil d’expérimentation de la scientifique. Dans ses travaux, Elodie Giorla s’intéresse à l’influence du contexte social sur la prise de drogue et au rôle que va jouer le cerveau. Le pourquoi de telles recherches, sa méthode, ses premiers résultats : elle a tout évoqué. Rémy a servi à planter des images dans nos esprits, facilitant ainsi la compréhension de son discours.

Recourir aux images, c’est ce qu’a également fait Florian Lavigne. Lui s’est inspiré de Star Wars – mais j’ai appris qu’il avait vu pour la première fois un des films de cette série culte il y a quelques jours seulement (!). Son Treize Minutes de présentation est passé à la vitesse de la lumière. Son étude porte sur un sujet très actuel : comment freiner les invasions de virus et bactéries dans nos cultures sans avoir recours à des pesticides. Clou du spectacle : le doctorant n’est pas biologiste comme on pourrait le penser, mais mathématicien.

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Élodie Giorla a choisi d’utiliser le personnage de Ratatouille pour illustrer son travail de recherche © AP

Capter l’attention de l’auditoire

La session s’est terminée par l’intervention de Tom Mébarki. Le chercheur a commencé en snobant son public au profit d’une partie de Super Mario Odyssey. Mais en le faisant sourire. Le jeu vidéo lui a servi à montrer le lien entre les sons entendus, les images et le joueur. Et il s’est appuyé sur le célèbre plombier pour rendre son discours plus audible.

Utiliser les jeux vidéo est une technique bien huilée chez Tom Mébarki. Il en avait précédemment fait usage lorsqu’il était attaché d’enseignement dans un collège. À cette époque déjà, il avait cerné comment capter l’attention de son auditoire. « Plutôt qu’évoquer directement Mozart, je commençais par la musique des jeux vidéo pour glisser vers celle des compositeurs. Je préférais partir de ce que les élèves connaissaient pour les amener vers ce qu’ils ne connaissaient pas. Cela manque dans les programmes scolaires d’aujourd’hui ». Le jeune homme de 25 ans a plus que convaincu le public marseillais. Il est vrai qu’il a l’habitude de la scène, candidat au concours Ma thèse en 180 secondes, il y a quelques mois, où chaque orateur a trois minutes pour exposer de façon claire et concise son projet de recherche. « Trois minutes, c’est très court. Avoir treize minutes permet de rentrer dans le concret », souligne-t-il. Il a remporté les éditions marseillaise et nationale du concours et s’est hissé sur la troisième marche du podium à l’international.

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Après les interventions des chercheurs, le public a pu échanger avec eux pendant… 13 minutes aussi © AP

La recherche pas cantonnée au scientifique

Parmi les autres participants de cette soirée, on a pu compter sur la présence de la pétillante Camylla Lima de Medeiros. Doctorante en littérature comparée, elle a présenté ses travaux sur l’écriture exilique (ndlr – relative à l’exil) au féminin en se basant sur les écrits de Marguerite Duras, Clarice Lispector et Alejandra Pizarnik. Car non, la recherche n’est pas seulement scientifique ! Elle peut aussi être littéraire, même si cela vient moins spontanément à l’esprit. C’est d’ailleurs une des raisons qui a poussé la jeune femme à participer aux Treize Minutes. « On me demande toujours « Mais à quoi ça sert la littérature ? ». J’en ai eu tellement marre de cette question que j’ai fait mon intervention autour de ce sujet », explique la chercheuse. Une démonstration dans laquelle elle a abordé le rôle de cet art pour finir sur ses recherches. Rien à gagner pour elle à la sortie, juste le plaisir de faire connaître ses travaux. Plaisir partagé par le public sans l’ombre d’un doute.

 

Un événement à la TED

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Les six doctorants de cette 3e édition © AP

Le format de l’événement n’est pas sans en rappeler un autre. Celui des conférences TED et, dans leur continuité, des TEDx. Avec quelques différences à la clé : « Les intervenants des Treize Minutes sont uniquement des scientifiques. Et notre événement est gratuit, toujours dans cette optique de mettre la science à la portée de tous », souligne Farah Cherfaoui. Si les jeunes chercheurs étaient cette fois à l’honneur, leurs aînés ont également leur soirée dédiée, qui a eu lieu cette année le 5 décembre, exactement sur le même modèle (bonus).

Chaque édition des Treize Minutes est organisée par une équipe bénévole de chercheurs d’Aix-Marseille Université. « Chacun de nous propose un orateur. Parce que son sujet est intéressant mais aussi parce que c’est une personne à l’aise en public, qui sait ce qu’est la médiation scientifique ». Reste à les convaincre de participer et surtout à les accompagner. Que ce soit sur l’écriture d’un texte simple, sans trop de mots techniques, ou à la prise de parole en public. « Puisque nous ne sommes pas des spécialistes en la matière, nous essayons de faire venir des comédiens qui leur donnent des astuces pour paraître à l’aise ou encore combattre le stress ». Pari réussi. ♦

 

La data au secours de la biodiversité 7 Le CEA Cadarache parraine la rubrique « Recherche» et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus [réservé aux abonnés] : les autres recherches abordées dans cette 3e édition – Où retrouver les interventions – Plus d’infos sur les Treize Minutes Chercheurs – Les conférences TED

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