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Avec Médecins du Monde

Par Antoine Dreyfus

Journaliste

@Olivier Papegnies

Mali a 75 ans et accueille bénévolement au centre de soins de Médecins du Monde de Marseille les sans-papiers, les étrangers et les Français qui ne peuvent se soigner. Depuis plus de 15 ans, cette ancienne infirmière aide à dénouer les situations les plus complexes. Portrait d’une super bénévole, humaine avant tout.

Mali m’avait donné rendez-vous à l’arrêt du tramway Dame-République, à Marseille. Et puis, à cause de la manifestation des Gilets Jaunes, des charges policières, du désordre urbain, et surtout des gaz lacrymogènes, elle s’est réfugiée plus loin. Je n’avais jamais vu Mali. Je ne savais pas à quoi elle ressemblait. Et pourtant, je l’ai tout de suite reconnue. De Mali -15 ans minimum de bénévolat- se dégage immédiatement un mélange de fermeté et de douceur. La bénévole au service des déshérités, qui fait du bien aux autres et qui se fait du bien aussi en aidant.

Avec Médecins du MondeMali se tenait droite sur le boulevard des Dames, le smartphone à la main, scrutant la rue. Presque en alerte. À la poignée de main ferme, on sent l’habitude d’organiser les choses. Chez elle, les mots sont précis et les phrases courtes. Des réflexes acquis au cours de ses années d’infirmière et de surveillante générale. Des années d’expérience à voir défiler des patients, des malades, dans des situations tendues, des blocs opératoires et des salles de réanimation.

« Il y avait pas mal de gaz lacrymogènes et je vous attendais à l’arrêt du tramway. J’ai trouvé plus prudent de m’éloigner. » En effet, dans l’air flotte une forte odeur piquante de lacrymogène. Mali m’invite alors à aller discuter à proximité de là, dans le local d’une connaissance – en fait, un garage, avec quelques bureaux défraîchis. L’ami de Mali, qui nous propose un thé au gingembre, vend des voitures pour le Maghreb. Voitures garées, sacs débordant de vêtements, des hommes qui discutent assis à l’entrée en buvant du thé… on se croirait en Algérie, que Mali connaît bien puisqu’elle y est née en 1944, en Kabylie. Elle est issue de cette première génération de Français d’Algérie, venus réparer la France métropolitaine. « On est arrivé à Marseille en 1952, avant l’indépendance de l’Algérie. Mon père a été l’un de ceux qui ont reconstruit le pays, les routes, les immeubles, les HLM. Nous étions nombreux et nous vivions au Panier. » Formée par la Croix-Rouge aux soins infirmiers, elle n’a pas passé de diplôme d’État, mais a été infirmière dite « autorisée ». Des années de métier et même, un temps, la direction d’une clinique. Avant la retraite active. Débordante même.

 

Accueillir, soigner, orienter et témoigner

À Médecins du Monde Marseille, elle est accueillante sociale au Caso (Centre d’accueil, de soins et d’orientation), le cœur du dispositif sanitaire et social de MDM. Le Caso est installé dans le troisième arrondissement de Marseille, considéré comme l’un des quartiers les plus pauvres de France. « Accueillir, soigner, orienter les personnes en difficulté d’accès aux soins et témoigner de leur situation : ouverts à toute personne en difficulté, sans rendez-vous, les Caso mobilisent des équipes pluridisciplinaires, peut-on lire sur le site internet de MDM. Elles accueillent les patients sans imposer de contraintes, proposent une prise en charge médicale adaptée aux patients et travaillent avec eux à leur accès aux droits et aux dispositifs publics de soins. »

@Olivier Papegnies

Mali conseille les personnes qui viennent au Caso, sur leurs droits et les aide dans leurs démarches administratives. La majorité des patients (90%) qui se présentent dans les centres de soins ne disposent d’aucune couverture maladie lors de leur première consultation, alors qu’ils y ont droit. Chaque semaine, la bénévole a trois vacations, ce qui lui prend entre 10 et 12 heures hebdomadaires, auxquelles il faut ajouter les réunions, les débriefings et la formation. « Tous les mois, nous avons une formation sur les nouveaux dispositifs. Cela change très souvent et il faut pouvoir donner des réponses précises aux personnes que nous accueillons. »

Nombre de ceux qui viennent au Caso sont des étrangers sans papiers (Pakistanais, Birmans, Afghans, Algériens, Tunisiens, etc.), avec parfois des situations complexes et délicates (guerre, immigration économique, analphabétisme, etc.). Mais Mali voit, comme tous les bénévoles, de plus en plus de Français et d’étrangers, ayant des bulletins de salaires, des papiers, une carte vitale, et une mutuelle, venir pour des soins trop coûteux pour eux. « On a été très surpris de voir arriver au Caso des gens qui travaillent, mais qui n’ont pas les moyens de se payer une consultation de gynécologie ou un scanner. Leur mutuelle, obligatoire désormais, est à minima et ne permet pas de régler des soins plus onéreux. »

Parfois, Mali se retrouve face à des personnes en crise, qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas voir un médecin tout de suite, dans la minute. « Là, il ne faut pas s’énerver. On doit d’abord expliquer que nous ne sommes pas l’État français, que nous ne faisons pas les lois, que nous sommes obligés de faire avec les législations, mais que nous trouvons toujours une solution. Si vraiment, la personne ne comprend pas, un autre bénévole intervient. Toujours en douceur. Les situations se désamorcent comme cela. Et dans l’immense majorité des cas, les personnes nous remercient. »

Avec Médecins du Monde 3
@Olivier Papegnies

La chaleur humaine, Mali la retrouve auprès des autres bénévoles. Une véritable solidarité. Ils forment une vraie famille soudée. Si l’un des bénévoles est absent, les autres l’appellent pour savoir ce qui se passe et comment il va. « C’est un peu ma thérapie. On parle de tout. On se tient les coudes. On fait souvent des repas ensemble. On aide les autres, mais on s’aide aussi. » À la fin de l’année, les bénévoles (et les salariés) se sont retrouvés autour d’un repas.

Retraitée hyper active, vivant seule (il lui reste un petit-fils qui vit en région parisienne), Mali ne renoncerait pour rien au monde à Médecins du Monde, qu’elle fréquente depuis plus de dix ans. Et lorsqu’elle n’est pas au Caso, la bénévole de MDM est présidente d’une association qui récupère du matériel médical, ainsi que d’une autre organisation (« Ensemble, main dans la main ») qui aide les algériens à se faire soigner dans leur pays. « Je ne m’imagine pas rester dans mon canapé à regarder la télé. J’adore lire mon emploi du temps sur le frigidaire et me rendre compte que je n’ai que le dimanche de libre. » Un irrépressible besoin de rendre service : « On m’a tendu la main lorsque j’ai un eu un gros coup dur dans ma vie. Il est normal que j’aide les autres en retour. » ♦

 

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