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Des psy aident les parents à reprendre confiance en leur rôle

Par Marie Le Marois

Journaliste

La tendance est d’emmener son enfant chez le psy pour le moindre problème. Et si les parents portaient en eux les solutions ? Des experts en psychoéducation les aident à (re)trouver leurs compétences. Mère démunie de quatre garçons, j’ai testé.

Léo, du haut de ses 8 ans, pique régulièrement des crises de colère ; Thibaut, 12 ans, est accro aux jeux vidéo et Sybille, 16 ans, sèche régulièrement les cours quand elle ne fume pas du cannabis. Leur point commun ? Ils enchaînent les consultations chez le psy. Sans vraiment de succès. Dans 90% des cas, la racine du problème est  »seulement » éducative, selon Didier Pleux, Docteur en psychologie du développement, psychologue clinicien et auteur. « La plupart des parents aimeraient que le ‘’psy’’ prenne en charge l’enfant sans eux et débloque la situation ». Or près de 80% des comportements ‘’inadaptés’’ que présentent les enfants sont liés « à des besoins non satisfaits (carence ou excès de contact, de tendresse, de permission) et/ou des erreurs d’ordre éducatif », avance Isabelle Filliozat. Pour cette psychothérapeute et auteure de nombreux ouvrages sur la parentalité positive, ces comportements sont facilement rectifiables si le parent modifie son ‘’parentage’’, c’est à dire sa façon d’être parent.

 

Reprendre son rôle de parent

Trop d'enfants chez le psy ! 3Cela signifie-t-il que les parents ont démissionné ? Non. Ils ont juste perdu confiance en eux, en leur bon sens. Ils appréhendent le conflit avec leur enfant, se sentent impuissants, ont peur de ne plus être aimés par lui, sont en désaccord avec leur conjoint ou, tout simplement, sont désorientés face à ce statut devenu si compliqué. Pour Didier Pleux, « les parents ont plus besoin de ‘’coaching’’ et de ‘’psychoéducation’’ que de psychothérapie pour leurs enfants ». Le Dr Sophie Campredon, psychiatre pour adolescent, confirme : « il faut déculpabiliser les parents et les aider à reprendre leur place d’éducateur ».

 

Se faire accompagner

Soutenir les parents dans leur rôle, c’est l’enjeu du nouveau métier d’accompagnement parental. Ateliers, conférences, café des parents, groupes de parole, coaching parental (bonus)…. « Ces professionnels ont un point commun : leur questionnement aide le parent à trouver de nouvelles compétences, une attitude qui amènera du changement dans la relation avec son enfant », explique Anne Lamy, auteur de plusieurs livres spécialisés dans l’éducation dont ‘’Parents, le grand désarroi – Faut-il un coach à la maison ?’’. Un autre point commun est la bienveillance : en aucun cas, les parents ne sont jugés. Au contraire. « L’idée est de renforcer leurs comportements positifs. De les aider également à relativiser la situation et à prendre conscience des qualités de leur enfant », souligne Jean-Marie Rosi, psychologue et thérapeute TCC (thérapie comportementale et cognitive) qui a accompagné des parents pendant 12 ans. Les problématiques qu’il a le plus souvent traitées ? Colère, trouble du sommeil et de l’alimentation, peurs, opposition. Pour les plus grands, les points soulevés avaient souvent trait aux relations sociales (timidité ou agressivité), aux devoirs, à certains comportements jugés ‘’excessifs’’ ou ‘’inquiétants’’ (surconsommation de jeux ou d’Internet, de tabac ou d’alcool, sorties tardives, fugues…).

 

La prise en charge peut être multiple

Trop d'enfants chez le psy ! 4Si la présence de l’enfant n’est pas nécessaire en coaching parental, il est souhaitable que les deux parents soient présents. « En effet, plus on est nombreux à se pencher sur un problème, plus vite il est résolu », souligne Isabelle Filliozat. Mais le fait qu’un seul mette en place de nouvelles solutions ou actions éducatives crée déjà une dynamique au sein de la famille. « D’ailleurs, la moitié d’entre eux venait seul (divorce, famille monoparentale, père très occupé…) et la plupart étaient des mères », note Jean-Marie Rosi. Selon lui, la limite du coaching parental est atteinte lorsque s’ajoutent des problèmes de couple ou, dans le cas d’un divorce, lorsque la relation est trop conflictuelle entre les parents. Dans ces deux cas, l’accompagnement est difficile, voire impossible, « j’oriente alors les parents vers d’autres professionnels adéquats, comme un conseiller conjugal ou un thérapeute de couple…) ». Il lui est arrivé également, en plus d’un accompagnement parental, d’orienter l’enfant vers un psychologue s’il détectait une pathologie (hyperactivité, dépression, angoisse…) Deux prises en charge complémentaires. « Je pense par exemple à Joséphine, 6 ans, qui ne voulait jamais dormir dans sa chambre, et se retrouvait systématiquement dans celle des parents. Il est apparu qu’elle avait développé un trouble anxieux après un cambriolage. J’ai conseillé une aide psychologique pour l’enfant et accompagné les parents pour qu’ils différencient leur peur d’être à nouveau cambriolés de celle de leur fille ».

 

L’autonomie visée

Le rôle des accompagnants parentaux est de faciliter aux parents la lecture du problème et favoriser l’appropriation des outils de la psychoéducation parentale, mais aussi de les aider à trouver leurs propres solutions. Avec ce qu’ils sont (leur histoire, leur configuration familiale), ce qu’ils peuvent (leurs limites, leur disponibilité) et dans une relation qui leur convient. L’objectif étant qu’ils retrouvent la confiance en leurs compétences et deviennent autonomes. En aucun cas ces professionnels ne donnent des recettes toutes faites. Et ça marche ? Rien qu’une ou deux séances peuvent remette en mouvement la relation. La solution est accessible, parfois si simple. Mais souvent, il en faudra davantage pour dénouer le problème. Avec toujours cette idée : ne pas devenir un super parent mais, pour Anne Lamy, « être ce parent-là pour cet enfant-là ». ♦

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporain parraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

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