Fermer

Des parents et des mécènes pour rénover La Timone enfants

Par Agathe Perrier, le 20 janvier 2020

Journaliste

Vétuste, la consultation pédiatrique de La Timone, à Marseille, devrait être réhabilitée cette année. Derrière ce projet, non pas l’administration de ce grand hôpital public mais une association, Hope Project, et ses bénévoles. Le 25 janvier, un grand concert de soutien permettra de compléter les fonds qui financeront les travaux d’embellissement.

 

Cabane avec toboggan, tables pour dessiner, bibliothèque remplie de livres, couleurs sur les murs et meubles en bois clair. On est loin de l’image ordinaire d’un hall d’accueil d’hôpital, n’est-ce pas ? C’est pourtant la physionomie future de l’espace consultation du service de pédiatrie multidisciplinaire de La Timone – jamais rénové depuis son ouverture en 1974 (bonus). « L’idée est de créer un service hospitalier qui ne ressemble justement pas à un service hospitalier. De se débarrasser des images préconçues pour faire émerger un lieu où les enfants se sentent mieux et, surtout, rassurés », résume Margaux Keller, la designer du projet piloté par Hope Project. Le credo de cette association marseillaise : améliorer le quotidien des jeunes malades de l’hôpital en misant sur l’énergie citoyenne, plutôt que sur l’administration et ses interminables délais.

 

hope-project-renovation-hopital-timone
Pendant le chantier de peinture du 16e étage de La Timone © DR
Tout démarre avec… un post Facebook

Au commencement de Hope Project, une maman et son petit garçon, atteint d’une maladie chronique. Qui découvrent la vétusté de la Timone. Victoire Antoun se souvient de son dernier séjour en 2016 : « On a passé un mois en service de néphrologie. On s’est retrouvés dans une chambre sans oreiller, sans lit pour moi, avec une salle de bain hors d’usage… Sans parler de l’état des couloirs. Il y a déjà la maladie, la souffrance. Couplées à cet environnement sordide, j’ai trouvé ça très difficile ». Plutôt que rester les bras croisés, Victoire choisit de (ré)agir – à la fois pour les enfants mais aussi pour le personnel médical très investi.

Alors elle poste un message sur son compte Facebook, expliquant la situation et invitant ses « amis » à venir repeindre les couloirs du 16e étage de l’établissement. Première réponse dans la foulée. Christophe Tardito, à la tête d’une entreprise de peinture, viendra le lendemain pour réaliser un état des lieux. Victoire en informe le chef de service de l’hôpital, quelque peu désarçonné par l’initiative. « Je lui ai dit que ce n’est pas si simple, qu’il faut normalement lancer un appel d’offres pour ce genre de travaux ! », en plaisante aujourd’hui le professeur Michel Tsimaratos, à la tête du service de néphrologie pédiatrique.

Mais Christophe Tardito se présente et précise un point qui fera mouche : il interviendra bénévolement. L’entrepreneur obtient tous les accords voulus et, le soir-même, mobilise ses fournisseurs pour obtenir de la peinture et récolter de l’argent pour payer les ouvriers. Ces derniers entrent en action quelques jours plus tard, sous la direction artistique de Victoire, qui choisit les couleurs et leurs emplacements. Le service retrouve de la vie, de la gaieté, perd son austérité pour accueillir ses jeunes patients. « Tout le monde a été unanime : c’est allé plus vite qu’avec les démarches classiques, ça a coûté moins cher et ça a été très bien fait », se rappelle le médecin. Mais derrière les murs rafraîchis, la vétusté demeure. Elle devient la cible de la petite équipe.

 

michel-tsimaratos-victoire-antoun
Michel Tsimaratos et Victoire Antoun, à l’origine de Hope Project © DR
Taper encore, plus fort

Galvanisé par la mise en place rapide de ce projet et l’engouement suscité, Michel Tsimaratos propose à Victoire de créer un fonds de dotation et d’en faire un « accélérateur d’embellissement » au sein de l’hôpital. « C’est un outil qui permet aux entreprises de réaliser du mécénat de compétences. En d’autres termes, d’utiliser leur savoir-faire pour agir gratuitement. Elles peuvent en plus déduire 60% de la valeur financière de ce geste sur leur impôt sur la société, ce qui limite son coût final ». Hope Project est né, avec le pédiatre comme président. Des autres médecins, Guillaume Gorincour et Laure Sarda, rejoignent rapidement le binôme.

L’équipe s’attelle alors à un projet de grande envergure : rénover l’ensemble de l’espace consultation du service de pédiatrie multidisciplinaire de la Timone. Elle entre pour cela en relation avec Margaux Keller, une designer marseillaise. « Elle a passé une journée entière sur place. La moitié du temps dans la salle d’attente et le reste avec moi, en consultation », se rappelle Michel Tsimaratos. Une habitude prise par l’architecte d’intérieur lorsqu’elle travaille sur un projet. « C’est le meilleur moyen d’appréhender les lieux, d’identifier les besoins, de voir comment les choses fonctionnent, les défauts, au-delà ici de la seule vétusté. Le constat a été clair : les conditions de réception et d’accueil étaient déplorables. Il fallait repenser tout le fonctionnement », explique Margaux Keller. La jeune femme repart des idées plein la tête. Elle revient quelques semaines plus tard armée de dessins sur lesquels le service apparaît métamorphosé.

margaux-keller-hope-project
Le hall d’accueil pensé par Margaux Keller © DR
Un espace totalement repensé

La designeuse est partie d’une page blanche et d’une volonté simple : proposer un projet cohérent, accueillant, rassurant. Le travail s’est porté aussi bien sur les matériaux – du bois clair issu si possible de forêts régionales ou nationales – que sur les couleurs, douces. Le hall d’accueil sera doté d’une cabane avec toboggan pour laisser les enfants s’amuser, d’une aire dédiée au dessin pour leur permettre de s’exprimer et se libérer.

Les salles de consultation ont été totalement repensées dans leur physionomie. Exit les bureaux rectangulaires où le médecin fait face aux familles. Des tables de forme ovale seront adossées au mur pour créer un demi-cercle dans lequel le professionnel prendra place aux côtés de ses visiteurs. Là encore, du mobilier en bois clair et un coin aménagé pour occuper les petits patients tandis que parents et médecins discutent de sujets « d’adultes ». Les espaces réunion et repos du personnel médical ne seront pas oubliés. Ainsi que la signalétique pour que les enfants puissent se repérer. Au total, 300 000 euros sont nécessaires pour la rénovation complète, achat des meubles inclus. Les deux tiers ont déjà été récoltés. Reste encore 100 000 euros à trouver.

Brouillon auto 52
Salle de consultation pensée par Margaux Keller © DR
Des actions pour récolter des fonds

Pour réunir la somme nécessaire à son projet, l’équipe de Hope n’a pas chômé ces trois dernières années et sollicité l’aide de tout le monde. « Des particuliers, des associations et des professionnels se sont mobilisés pour récolter de l’argent. Ils ont organisé des goûters, des lotos, des concerts… Et nous ont reversé les recettes. Une marque de vêtements nous a aussi fait des bracelets que l’on vend », énumère Michel Tsimaratos.

Parmi les généreux donateurs, l’entreprise pharmaceutique et de recherche Provepharm. En septembre dernier, 30 de ses salariés ont participé à La course du don organisée par Hope Project. Pour chaque kilomètre parcouru par participant, la société s’était engagée à reverser 10 euros. « On a fait un appel à volontaires auprès de nos partenaires pour rassembler le plus de monde possible. Au total, 50 personnes ont rejoint notre équipe ! », souligne Marie-Pierre Collin, la responsable communication. À l’arrivée, un chèque de 9 050 euros a été remis à l’association. « C’est une action qui entre dans notre projet RSE (ndlr : responsabilité sociétale des entreprises). On participera de nouveau à l’édition 2020 avec encore plus de monde », promet la porte-parole de Provepharm.

Brouillon auto 50
Une partie de l’équipe de Provepharm lors de la Course du don 2019 © DR

L’équipe de Hope Project espère réunir les derniers fonds dans les mois à venir pour lancer les travaux d’ici le mois d’octobre 2020. Puis embrayer sur de nouveaux projets. « On est sollicités par les collègues des différents services de La Timone et par d’autres hôpitaux. Rien n’empêche d’ailleurs que notre concept soit repris, y compris par des structures qui ont des projets en dehors du domaine médical. Ça ne doit toutefois pas se substituer à l’argent public », appuie Michel Tsimaratos. Une piqûre de rappel bien nécessaire. ♦

.

Bonus : Faire un don à Hope Project – Quelques mots sur l’hôpital de La Timone – Une initiative similaire dans le Finistère

  • Pour faire un don, organiser une action en faveur de Hope Project, participer aux travaux de rénovation ou toute autre question, les coordonnées de l’association : hello@hopeproject.fr, 04 91 38 80 50.
  • La construction de l’hôpital de La Timone remonte à 1973 et son inauguration à l’année suivante. Si certains bâtiments ont fait l’objet de rénovation et réhabilitation, d’autres sont restés dans leur jus d’origine. C’est notamment le cas de l’espace de consultation du service de pédiatrie multidisciplinaire, situé au premier étage. Son personnel assure environ 18 000 consultations par an, soit entre 40 000 et 50 000 jeunes patients accueillis.
  • Ça marche ailleurs : une vingtaine de salariés de l’entreprise PPG (Finistère) a participé à une action similaire à l’occasion du Téléthon. À l’initiative de l’association française contre les myopathies (AFM), le groupe a repeint bénévolement une partie du service d’exploration fonctionnelle neurologique du CHRU de La Cavale-Blanche, qui accueille des patients souffrant de maladies neurologiques ou musculaires.

Vous rencontrez un problème ?

Nous avons apportés quelques améliorations techniques sur Marcelle.media. 

Si vous rencontrez des problèmes, n'hésitez pas à nous envoyer un message.

Vous rencontrez un problème ?