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Nouveaux cas d’écoles

Par Paul Molga, le 23 janvier 2020

Journaliste

Photo @JP Vallorani

Élitiste et ennuyeux l’enseignement traditionnel ? En 2019, 113 nouvelles écoles indépendantes ont ouvert leurs portes. De plus en plus de familles optent pour des scolarités alternatives et/ou avant-gardistes. En marge du système éducatif officiel français.

Dans ces classes, l’enseignement est libre, à condition de diffuser un « socle commun de connaissances ». Mais les établissements n’étant pas subventionnés par l’éducation nationale, la formation y est donc payante, et peut coûter aux parents plusieurs milliers, voire parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros par an.

Mais le prix n’est pas un obstacle pour tous car le secteur connaît un succès considérable depuis plusieurs années : le nombre de ces écoles indépendantes a été multiplié par quatre en sept ans selon la Fondation pour l’école qui promeut ce modèle. Elles sont aujourd’hui 1 530 qui scolarisent 75 000 élèves sur le territoire (sur un total de 12,5 millions), essentiellement dans l’enseignement élémentaire (11%), maternelles (11%) et primaire (40%), mais aussi en collège (24%) et lycée (14%).

 

Défiance croissante envers l’Éducation Nationale et besoins éducatifs particuliers

Photo @JP Vallorani

« Il n’est plus rare de voir des écoles indépendantes s’ouvrir au cœur des villages pour pallier les fermetures de classes et d’écoles publiques. Elles permettent non seulement de maintenir les familles dans les territoires, mais aussi participent à l’installation de nouveaux arrivants, las du mode de vie imposé par les grandes villes, sensibles à l’écologie et désireux d’un certain retour à la nature », explique la Fondation pour l’école.

Dans leur rapport préliminaire à la proposition de loi dite Gatel, visant à mieux encadrer le régime d’ouverture des établissements privés hors contrat, les sénateurs pointaient d’autres raisons de leur succès : une défiance croissante envers l’Éducation Nationale, la recherche de réponses à des besoins éducatifs particuliers (dyslexie, enfants zèbres, phobie scolaire, dépendance aux écrans…) mal pris en compte par le système officiel, mais aussi l’ennui, la peur de l’échec, le culte de la compétition. Selon une enquête de l’OMS, un tiers des 11-15 ans n’aime pas aller à l’école. Réconcilier l’élève et le parcours scolaire trouve donc un écho de plus en plus favorable auprès des parents, même si les formations alternatives ne concernent encore que 0,5% des établissements.

 

La pédagogie Montessori, toujours plébiscitée

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Maria Montessori

Le poids de la méthode Montessori, du nom de cette pédagogue italienne qui a créé une méthode d’apprentissage tournée vers la confiance en soi, le développement de la personnalité et l’adaptation au rythme de l’enfant, augmente ainsi d’année en année : 26% du parc d’écoles indépendantes. Le reste est constitué d’écoles du même type, à l’instar des enseignements Freinet et Steiner-Waldorf. Et malgré le durcissement parlementaire l’an passé, devant la peur de voir se développer sans contrôle des écoles confessionnelles, le succès de ces enseignements ne se dément pas : près de 300 projets d’ouverture ont été recensés par la Fondation pour l’école.

« Logique : l’école traditionnelle ne fait que transmettre des savoirs. Or dans un monde qui change à une telle vitesse, les parents demandent qu’on forme leurs enfants à être acteurs de leur vie, qu’ils se connaissent, soient entreprenants et créatifs, et sachent collaborer et co-évoluer », explique Cyril Delattre, promoteur du projet L’École Inspire. Cette association qu’il définit comme « un accélérateur d’innovation en éducation », veut être un laboratoire s’inspirant d’expérimentations dans d’autres pays pour créer des modèles adaptés aux petits Français. Il entend en tester la pertinence lors du temps périscolaire.

 

Le respect du rythme de l’enfant

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Photo @JP Vallorani

Les sources d’inspiration ne manquent pas. Partout dans le monde, de nouvelles méthodes pédagogiques font leur apparition. « L’enseignement a besoin de la même diversité que la nature », estime Pascal Haag. Cette psychologue, maître de conférence à l’École des hautes études en sciences sociales est à l’origine de la création, en 2017, d’une école pilote à Paris, le Lab School. Après trois ans d’existence, cet établissement accueille déjà 50 élèves du Cm1 à la 5e. Ici pas de salle de classe, un enseignement bilingue par groupes de dix au plus, des enfants mélangés par cycle, et une pédagogie qui encourage le développement des compétences socio-émotionnelles, les « soft skills ». « Les apprentissages fondamentaux sont personnalisés dans le respect du rythme de l’enfant et de sa façon de s’approprier les connaissances. Nos supports sont l’autocorrection, les apprentissages collaboratifs et le tutorat », poursuit Pascal Haag. Elle se base sur la théorie de l’autodétermination qui explique que le bien-être de l’enfant réclame trois besoins psychologiques fondamentaux : le sentiment d’appartenance sociale, le besoin d’autonomie (la latitude décisionnelle) et le sentiment de compétence. « C’est pourquoi il est essentiel de livrer un feed-back immédiat aux devoirs d’un enfant. Plus tard, l’intérêt pédagogique se dilue », détaille la psychologue.

 

Les matières ne sont pas hiérarchisées, les travaux rarement notés

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@École Domaine du Possible, à côté d’Arles.

Apparemment dissemblables, les propositions alternatives partagent plusieurs traits communs : elles sont centrées sur l’élève censé se réaliser selon son caractère propre, les matières ne sont pas hiérarchisées, les travaux sont rarement notés, elles mélangent des enfants d’âges différents pour favoriser l’entraide entre grands et petits… La plus radicale est certainement l’école démocratique de Summerhill, créée en 1921 par Alexander Neil, à une époque où bouillonne en Europe un courant s’élevant contre l’enseignement traditionnel décrit comme élitiste et ennuyeux. De ce mouvement de l’éducation nouvelle émergent des pionniers qui élaborent les pédagogies qui ont cours aujourd’hui : Ovide Decroly en Belgique, Rudolf Steiner en Autriche, Maria Montessori en Italie, Célestin Freinet en France…

L’enfant est au cœur de tous leurs projets, mais avec quel impact ? Selon une étude conduite par Rebecca Shankland, maître de conférences en psychologie à l’université de Grenoble, 40% des élèves ayant passé une partie de leur scolarité dans une école de ce type ont effectivement gagné en confiance en eux, contre 13% de ceux ayant suivi une scolarité classiques. Ils sont aussi deux fois moins sujets au stress et à la dépression. Mais la médaille a son revers : 40% des enfants rencontrent des difficultés à l’entrée au collège, contre 28% des écoliers du système classique. ♦

 

Bonus

  •  Des écoles new wave pour les jeunes adultes – Comment former les décrocheurs ? Le président du groupe NGE, Antoine Metzger, et l’entrepreneur du numérique Cyril Zimmerman ont leur idée sur la question : ils viennent de créer ensemble à Marseille une école de nouvelle génération qui mélange plusieurs publics dans le même espace : de jeunes codeurs en apprentissage, des ingénieurs centraliens en spécialisation et des cadres en formation. Baptisée la Plateforme, cette école entend jeter des ponts entre ces différents mondes « pour leur permettre de parler le même langage et acquérir des réflexes communs », expliquent les fondateurs. « Nous voulons en faire un véritable levier d’inclusion en révélant des talents parmi des publics éloignés de l’école et de l’emploi ». Sur 1 500 m2, une cinquantaine de jeunes recrutés sur leur motivation sont formés pendant deux ans selon une pédagogie privilégiant l’acquisition de compétences et de bagages à travers des applications concrètes. L’école est ouverte jour et nuit 7 jours sur 7 et il n’est pas rare d’y voir les élèves dormir sur place pour parfaire leur apprentissage.

 

  •  Relire notre article sur Zebra, l’école marseillaise qui accueille les enfants à haut potentiel, mais perdus.

 

  • En dates –
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Photo @JP Vallorani

Avant 1700 – Peu d’enfants sont scolarisés. L’enseignement s’exerce sous forme de préceptorat, de maître à élève. Le lieu d’apprentissage importe peu. On enseigne généralement à domicile.

1762 – Dans son livre Émile, Jean-Jacques Rousseau édicte les premiers principes éducatifs : l’enfant naît bon, la société le corrompt, il faut donc forger son esprit critique. L’ouvrage est condamné par le Parlement.

Jusqu’en 1900 – Le mouvement de scolarisation s’accélère, mais il ne concerne que les enfants. Les classes sont surpeuplées, comptant jusqu’à 100 élèves. Les premiers traités de pédagogie prônent la discipline. La loi Ferry confirme la massification  progressive de l’école.

L’Avant-guerre – La question de l’éducation se politise et divise. L’enseignement traditionnel est jugé trop élitiste et ennuyeux. Un mouvement de l’Éducation Nouvelle balaye l’Europe. Les méthodes Montessori, Freinet, Steiner… prennent corps.

Aujourd’hui – 75 000 élèves sont scolarisés dans 1 500 écoles alternatives

 

 

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