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Manifesta 13 : c’est quoi cette biennale d’art contemporain ?

Par Nathania Cahen

Journaliste

Manifesta12Palermo_Performance de Jelili Atiku.

On le sait – un peu. On en parle – chez les initiés. Manifesta13 a posé ses valises à Marseille et ouvrira le feu début juin. Mais en quoi consiste cet événement ? Comment, quoi, où, pour qui ? Décryptage avec Mathilde Rubinstein, coordinatrice générale de l’événement.

 

Manifesta13 : c’est quoi cette biennale d’art contemporain ?Quelle est l’origine de Manifesta ?

Cette biennale européenne et nomade de création contemporaine est née en 1996 aux Pays-Bas, juste après la chute du Mur de Berlin, à l’instigation d’une historienne de l’art, Hedwig Fijen. L’idée était de créer du lien qui fasse sens entre ces deux blocs. De proposer l’art comme vecteur de rapprochement, comme fil rouge d’une réflexion sur les étapes de la construction de l’Europe.

 

Quelles en sont les spécificités ?

Elles découlent en partie de ses racines nomades, puisque le festival déménage tous les deux ans. À Palerme en 2018, à Pristina au Kosovo en 2022. À chaque fois, le processus artistique est très impacté par le territoire d’accueil. Tout se réinvente d’un site à l’autre. D’autant que ce n’est pas un festival de diffusion mais de création. Des commandes sont donc passées pour chaque édition.

 

Quelle est la première étape ?

Une cartographie du territoire d’accueil, réalisée à Marseille par Winy Maas et son agence d’architecture et d’urbanisme aux Pays-Bas, MVRVD. À cette fin, une centaine d’entretiens ont été menés, ainsi qu’une collecte de photos et de données caractéristiques. Un document de 1 200 pages en a été tiré, baptisé le Grand Puzzle. Les résultats expriment les enjeux et les potentialités du territoire marseillais. Il s’agit à présent de contextualiser, analyser et affiner cette étude, pensée comme un véritable instrument offert aux citoyens pour imaginer les potentiels futurs de leur ville. Le Grand Puzzle servira également d’outil de création pour les interventions artistiques et culturelles en amont et pendant la biennale. C’est de cette étude qu’émane la thématique générale de Manifesta Marseille. Et son titre : Traits d’union.s. qui évoque la capacité de résilience extraordinaire de cette ville, ainsi que la créativité inédite qui l’anime.

 

En quoi consistera Traits d’Union.s ?

Une série d’expositions et de performances sous la forme de sept « chapitres » et autant de lieux que sont les musées des Beaux-Arts, Cantini, Grobet-Labadié, Muséum d’Histoire Naturelle, Conservatoire Pierre Barbizet de Marseille, Centre de la Vieille Charité. Trois

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Patricia Kaersenhout_The Soul of Salt_2016_Copyright Manifesta_Photo by wolfgang_traeger

chapitres ont déjà leur titre : « le brut et le beau » à Cantini (autour de la vie à la villa Air-Bel en 1940, où transitaient des artistes en fuite vers les États-Unis), « La maison » à Grobet-Labadié, « L’étrange, le poétique et le possible » à la Vieille Charité. Ces lieux offrent la possibilité de se questionner sur ce qu’est une institution muséale et comment elle se connecte, ou peut se reconnecter avec la population. On associe souvent création contemporaine à quelque chose d’exigeant intellectuellement, mais on va ici beaucoup parler du quotidien. Il y aura des propositions décalées ou inhabituelles, des surprises…

 

Il se passe déjà des choses avant le 7 juin ?

Manifesta 13 : c’est quoi cette biennale d’art contemporain ?
Sara Sadik ©sara sadik

Mais oui ! Depuis le mois de septembre, Le Tiers Programme, le volet éducatif et médiation, égrène ses propositions. Il y a notamment les Archives Invisibles, un ensemble de huit expositions et de programmes publics représentant la généalogie d’initiatives civiles, d’histoires de résilience et de synergies citoyennes nées dans différents quartiers de Marseille. Chaque moment est co-organisé par une association et des artistes. Après la réunion des Excursionnistes Marseillais et du duo d’artistes gethan&myles, c’est maintenant la coopérative Hôtel du Nord qui est à l’œuvre avec Mohamed Fariji, plasticien de Casablanca. Et tout cela se passe au Tiers QG, un ancien snack de la porte d’Aix.

S’est aussi lancé Le tour de tous les possibles (1), initié par Joke Quintens et Tarik Ghezali en collaboration avec Ouishare et Marseille Solutions : une série de 25 ateliers réunissant des Marseillais de tous milieux et tous horizons pour faire émerger de nouveaux possibles.

 

De quelle manière les artistes de la région sont-ils associés au projet ?

 

Il faut savoir que chaque œuvre commandée pour Manifesta 13 est co-créée avec un artiste ou un acteur du territoire. Par exemple Sara Sadik, des Ateliers de la Ville de Marseille, porte une des créations de la Biennale.

Ensuite il y a le volet Les Parallèles du Sud, un appel à projets lancé aux acteurs culturels de la région. Sur 380 candidatures, 95 ont été sélectionnées par un jury pointu. On les découvrira dans une quarantaine d’expositions et installations mais également des performances, conférences, tables rondes, universités d’été, et projets éditoriaux et sonores de Marseille à Nice, en passant par Arles, Avignon, Aix-en-Provence, Port de Bouc, Monaco, Porquerolles, Vallauris et Embrun. Les Parallèles du Sud s’étend par ailleurs à des expositions collectives et monographiques de grande envergure au sein d’institutions régionales : Ursula Biemann au Mamac de Nice, Nicolas Floc’h au FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, mais également des événements multidisciplinaires (arts visuels, films, danse, théâtre, spectacle vivant) en collaboration avec Les Rencontres de la photographie d’Arles, le FID Marseille, le Festival de Marseille, le Ballet National de Marseille, la Villa Arson à Nice, Marseille expos ou Botox (Nice, Monaco, Embrun)… Un vaste programme.

 

Le Brexit est un sujet de réflexion pour Manifesta ?

On ne pose pas de question ciblée sur un pays ou un autre. On se focalise sur ce qui rapproche plutôt que sur ce qui sépare.

 

Une bonne nouvelle ?

C’est nouveau pour Manifesta, toutes les expositions seront gratuites un dimanche par mois. Et jusqu’au 30 avril, il y a -20% sur les pass !

 

Quelle est la différence avec MP2013, l’année où Marseille a été capitale européenne de la culture ?

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Marc Camille Chaimowicz portrait.

Une différence dans sa genèse d’abord : les capitales européennes sont le choix de l’Europe et financées par elle, tandis que la 13eme édition de Manifesta a été choisie par une structure associative qui l’a fondé aux Pays Bas. Une différence dans son approche : les capitales européennes ont pour vocation de mettre en valeur la richesse des patrimoines culturels des pays d’accueil.

Manifesta 13 revendique une approche sociétale des pratiques artistiques, s’écarte d’une vision pure de l’art pour l’art et souhaite avant tout questionner les enjeux sociétaux que traverse l’Europe en s’appuyant sur la réalité d’une ville ou d’un territoire d’accueil, et à travers le regard des artistes et participants locaux et internationaux.

Une différence enfin dans son périmètre : Les capitales européennes durent un an, et le budget de fonctionnement de MP2013 approchait 95 millions d’euros. Manifesta 13 se déroulera sur 5 mois à Marseille, pour un budget global de 6,5 millions d’euros soit 14 fois moins… ♦

 

  • Demandez le programme ! Dates, lieux, tout est là ou y sera.
  • (1) Prochaines étapes du Tour des Possibles : le 5 mars au Carburateur (17h30 à 20h30), le 16 mars chez Make it Marseille (18h30 à 21h30), le 17 mars au Château Ricard (17h30 à 20h30), le 19 mars chez Méta 2 (14h à 17h).