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Massajobs, un tremplin vers l’emploi

Par Agathe Perrier, le 3 mars 2020

Journaliste

Je vous entends déjà : « Encore un énième article sur une structure d’accompagnement vers l’emploi ». C’est aussi ce que je me suis dit de prime abord – toujours ces fichus préjugés ! –. Je me suis vite ravisée. Car les méthodes d’accompagnement de Massajobs, association installée dans une cité marseillaise, ne sont pas communes. L’une des plus originales consiste à organiser des déjeuners en petit comité, avec quelques demandeurs d’emploi et un chef d’entreprise.

Ils sont cinq autour de la table ce mardi midi de février. Le couvert est déjà mis et l’entrée bien attaquée lorsque j’arrive. Un petit tour de présentation s’impose : Andreï, Éric et Priscilla sont à la recherche d’un emploi, Benoît Chanson est responsable pédagogique chez Massajobs et Benoît de Cuverville, chef d’une entreprise de conseil. Il vient partager son expérience.

 

Une bonne potée pour se rapprocher

La présence et la prestance de l’entrepreneur impressionnent Éric, demandeur d’emploi depuis plus de quatre ans. Une petite gêne qui va s’atténuer au fil du repas. Au fur et à mesure que l’on découvre les rêves de critique cinématographique de Priscilla, le bagage impressionnant de six langues parlées par Andreï, le passé de gardien de nuit d’Éric, l’histoire familiale de la famille de Cuverville…

Les échanges s’enchaînent pendant que les assiettes se remplissent d’une potée de légumes d’hiver cuisinée par l’équipe de Massajobs. On s’intéresse aux vies, aux personnes, à l’humain. Comme si chacun s’était retrouvé ici par hasard, à l’image d’individus qui, se retrouvant côte à côte dans un train, entament une discussion histoire de passer le temps. De quoi détendre Éric. « Il s’est rendu compte que Benoît est comme tout le monde. C’est justement l’intérêt de ces rencontres », glisse le responsable pédagogique. Le terrain est préparé au mieux pour passer à la pratique.

 

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Andreï lors de son premier passage © AP

Un travail de longue haleine

Ce jour-là, c’est atelier communication. « L’objectif de cette session est que chaque participant prenne conscience de son image afin de l’améliorer », explique François Eygun, directeur de Massajobs. Différents exercices s’enchaînent. Le premier consiste à simplement se présenter aux autres et dire la première chose qui vient à l’esprit. « Le but n’est pas de se juger mais de se dire ce qui peut être amélioré, car tout le monde est là pour progresser », précise Benoît Chanson. La timidité d’Éric refait surface. « On va laisser les autres passer et tu verras si à la fin si tu veux essayer », le rassure l’animateur.

Andreï se porte volontaire pour passer le premier. Il se lève, se place devant son public. « Bonjour, je m’appelle Andrei et je… voudrais un verre d’eau », exprime-t-il quelque peu hésitant. Épaules rentrées, mains dans le dos, genoux légèrement fléchis. Ses camarades et le chef d’entreprise lui conseillent de modifier sa posture. Au deuxième passage, le jeune Moldave a davantage d’aisance. « Tu es plus ouvert », le félicite Éric. « Et tu souris ! », fait remarquer Priscilla. « Là on a envie de vous le donner ce verre d’eau », le taquine Benoît de Cuverville.

Priscilla prend sa place et se lance à son tour. Malgré une assurance de prime abord, le stress se ressent dans le rythme de sa voix. La jeune femme réitère. Toujours pas satisfaite, elle veut enchaîner sur un troisième essai. Une motivation saluée par Benoît Chanson qui prévient néanmoins : « Les progrès sont importants d’un passage à un autre, mais ce n’est pas en une minute qu’on va changer du tout au tout. Se présenter, communiquer, est une histoire d’entraînement. On va travailler ensemble là-dessus puis vous devrez continuer de votre côté ». Les têtes opinent. L’après-midi se poursuit et, avec elle, son lot d’exercices.

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Benoît de Cuverville, chef d’entreprise, et Éric, demandeur d’emploi, côte à côte lors de l’atelier communication © AP

Un service « à la carte »

Andreï, Éric et Priscilla suivent l’un des dispositifs pilotés par Massajobs. Baptisé « La route de l’emploi », il repose sur trois sessions sous forme de déjeuners-ateliers réparties généralement sur un petit mois. Outre la communication, les autres abordent la stratégie – comment une entreprise recrute – et l’entretien d’embauche. Un « entretien blanc » face à un chef d’entreprise peut éventuellement clôturer l’accompagnement. En amont, ils peuvent aussi participer à un séminaire de deux jours pour les sortir de chez eux et aborder la confiance en soi. Et même demander des rendez-vous individuels en parallèle. Ou pas. « Il n’y a pas de parcours prédéfini. Chacun est libre de s’inscrire à une étape ou à toutes », met en avant François Eygun.

L’association a accompagné 250 individus en 2019, âge, sexe, parcours de vie confondus. Ce qui sous-entend leur présence à au moins une rencontre physique et trois activités (déjeuner, atelier, rendez-vous individuel, etc). La moitié a trouvé du travail par la suite. Ce qui ravit François Eygun, conscient cependant que les 50% restants sont toujours sans rien. « Certains profils ont besoin de davantage de temps qu’un simple mois d’ateliers. On veut de toute façon créer des relations de longue durée avec les personnes. Y compris lorsqu’elles ont obtenu un poste. On continue de prendre des nouvelles et de les suivre le plus longtemps possible ». 600 demandeurs d’emploi ont été accompagnés par l’association depuis sa création en 2014 (bonus). Et les chiffres sont en augmentation chaque année.

 

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Le chef d’entreprise donne des conseils à Priscilla lors de l’atelier communication © AP

Sensibiliser les acteurs de l’accompagnement

Face à cette demande croissante, Massajobs ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Un moment envisagé, l’ouverture d’antennes en dehors de Marseille n’est finalement pas prévue. L’association réfléchit par contre à sensibiliser les autres structures d’accompagnement à ses méthodes. « On ne cherche pas à devenir un organisme de formations, mais à échanger avec les autres acteurs. Il faut qu’on évalue l’efficacité réelle de notre dispositif pour leur proposer », confie le directeur. Selon lui, une personne trouvera une issue positive si elle peut faire ses propres choix, pas s’ils lui sont dictés. Reste à voir si cette évolution des mentalités réussira à trouver sa place dans le monde très normé de l’accompagnement à l’emploi. ♦

 

Bonus :

  • Massajobs a été créée en 2014 à l’initiative de Clémence Nicollet et Aymeric O’Neill. Ce dernier a ouvert l’association Massabielle et la maison Bernadette, également aux Lauriers, dans le but de répondre aux besoins des habitants. Ça a commencé par du soutien scolaire, puis des animations dans la cité (séances de foot et de zumba) jusqu’à comprendre aujourd’hui de l’accompagnement à l’emploi.

 

  • En plus d’être présente aux Lauriers, Massajobs a ouvert une deuxième permanence à la Belle-de-Mai (3e arrondissement) en novembre 2018. Elle vient en complément des actions d’une autre association, La Source, qui y assure depuis 2016 du soutien scolaire, du patronage et des activités éducatives.

 

  • Massajobs vit principalement grâce aux dons des particuliers et des entreprises. Il est possible d’en faire un en cliquant ici. Elle perçoit sinon 15% de subventions publiques de l’État et de la métropole Aix-Marseille-Provence.

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