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La téléconsultation, compromis « miracle » face au coronavirus ?

Par Agathe Perrier

Journaliste

Aller consulter son médecin dans son cabinet en ces temps d’épidémie peut être risqué. Que l’on présente les symptômes du Covid-19 ou non. Face à ce problème, la téléconsultation peut se révéler bien utile. Elle est en tout cas préconisée par les médecins, incitée par le gouvernement et facilitée par les start-up et entreprises qui proposent ce service.

 

« Les téléconsultations étaient jusque-là exceptionnelles pour moi. C’est explosif depuis une dizaine de jours, principalement aujourd’hui (ndlr : lundi) où j’ai été en téléconsultation toute la journée ». Christine Cabon-Martin, médecin généraliste à Plan-de-Cuques, près de Marseille, est sur le pont… derrière son écran. Si son cabinet est évidemment toujours ouvert, c’est en ligne qu’elle consulte désormais principalement. Sollicitée par des personnes inquiètes sur leur santé, présentant des signes de coronavrius et demandant la conduite à tenir.

La docteure adapte sa réponse en fonction de chacun, forte d’une expérience de 40 ans de carrière, notamment au sein du Samu. Elle rappelle d’ailleurs : « Seuls les patients dont l’état général est altéré doivent appeler le Samu. Le but de la téléconsultation est justement de désengorger ce service. Bien sûr, si j’ai un doute sur l’état du patient, je lui dis et lui préconise un protocole ». Elle enjoint les personnes souhaitant recueillir l’avis d’un médecin de privilégier les téléconsultations plutôt que de se rendre en cabinet. Surtout que, depuis un décret du gouvernement datant du 9 mars 2020 et valable jusqu’au 30 avril, le remboursement de cette pratique est garanti, quelle que soit la situation.

 

teleconsultation-medecin-franceTéléconsultation gratuite en temps de coronavirus

Avant l’arrivée de l’épidémie de Covid-19 en France, la télémédecine pouvait être remboursée au même titre qu’une consultation physique, mais dans certains cas seulement. Il fallait, d’une part, que la consultation en ligne soit assurée par son médecin traitant et, d’autre part, avoir eu un rendez-vous physique avec lui au moins une fois au cours des douze mois précédents. Le décret du 10 mars signé par Olivier Véran, ministre de la Santé, lève ces deux obligations afin que chaque patient puisse « avoir accès à une téléconsultation quand il en aura besoin ».

Une bonne chose dans les faits pour Christine Cabon-Martin, qui émet cependant quelques réserves. « Une téléconsultation avec un patient que l’on n’a jamais vu est plus compliquée car on ne connaît pas ses antécédents, ses pathologies, sa situation tout simplement. Cela demande un jugement plus difficile. Cela rassure toutefois les personnes de pouvoir parler à un médecin et ça, c’est important ». Sur sa journée de téléconsultation de lundi, la docteure a télé-examiné deux patients qu’elle ne connaissait pas. Elle s’attend à une augmentation de la demande – et de la téléconsultation de façon générale – dans les jours à venir. D’autant plus que les acteurs qui proposent ce service ont pour la plupart décidé de le mettre gratuitement à disposition des médecins pendant la durée de l’épidémie. À l’image de la start-up aixoise Hellocare.

 

Les start-up locales sur le pont

La plateforme de téléconsultation médicale Hellocare, créée en 2016 à Marseille, a annoncé proposer la gratuité de son service aux médecins qui souhaitent l’intégrer dans leur mode de prise en charge. Et ce pendant toute la durée de l’épidémie, soit « au moins jusqu’à fin avril. Même plus s’il le faut », précise Mathilde le Rouzic, directrice des opérations. Tout va dépendre de l’évolution de la situation.

D’ordinaire, un professionnel débourse 37,50 à 45 euros mensuels pour avoir accès de façon illimitée à Hellocare. C’est désormais gratuit. La start-up, qui comptait plus de 500 médecins avant l’épidémie, confie enregistrer une « augmentation énorme » des demandes ces derniers jours. « Nous avons équipé plus de 50 médecins durant le week-end dernier. Près de 40 seulement lundi et ça s’accélère ». Du côté des téléconsultations, « bien davantage ont été réalisées », sans plus de précisions sur le sujet. Rien qu’entre janvier et février, 11 000 actes en ligne avaient été enregistrés, contre 23 100 sur l’ensemble de 2020. Nul doute que le chiffre devrait exploser cette année.

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Capture d’écran de la plateforme Hellocare.

Dans la même veine, l’un de ses partenaires, la start-up marseillaise mySofie, agrégateur de comptes de santé, met également gratuitement la téléconsultation au service de ses utilisateurs. Un outil qui connaît une « forte augmentation depuis janvier ». « Les gens ont besoin d’être renseignés et rassurés », explique Philippe Baranski, cofondateur de la jeune pousse. Preuve en est : malgré la hausse des consultations en ligne, celles avec ordonnance restent néanmoins stables.

 

Une mise à disposition généralisée

Les deux exemples locaux ne sont toutefois pas les seuls. La grande majorité des plateformes qui proposent la téléconsultation l’ont aussi mise gratuitement à disposition des médecins. À commencer par Doctolib, leader en France, qui l’a d’ailleurs annoncé avant la mise en place du décret gouvernemental. On peut citer les autres acteurs du secteur : Qare, Consulib ou encore Clickdoc. Eux aussi enregistrent une augmentation de leur activité en cette période d’épidémie. Elle se prolongera peut-être après, qui sait si patients et médecins n’y prendront finalement pas goût. ♦

 

Bonus 
  • Remboursement, comment ça se passe ? Comme précisé sur le site de la sécurité sociale : « La téléconsultation est facturée par le médecin téléconsultant au même tarif qu’une consultation en face-à-face, soit entre 23 et 58,50 euros selon la spécialité et le secteur d’exercice du médecin (secteur 1, secteur 2). Les modalités de remboursement sont les mêmes que pour une consultation classique ainsi que les taux de prise en charge (à 70 % par l’Assurance Maladie ou davantage si, par exemple, la téléconsultation porte sur une affection de longue durée dans le cadre d’un protocole de soins, dans le cadre d’une maternité…) ».

 

 

  • Que peut-on faire ou ne pas faire pendant le confinement ? Le gouvernement a mis en place une page internet pour répondre aux questions concernant le Covid-19. Accessible en cliquant ici.

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