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Les producteurs s’organisent pour minimiser les pertes

Par Agathe Perrier

Journaliste

Photo d'illustration

C’est un secteur déjà ingrat en temps normal et pourtant essentiel pour nourrir la planète : l’agriculture. Comme tout le monde, les producteurs et maraîchers doivent s’adapter aux changements imposés par l’épidémie de Covid-19. Cette dernière aurait pu tomber plus mal dans le calendrier des cultures, mais l’après inquiète beaucoup.

 

Avec les magasins alimentaires autorisés à rester ouverts pendant la période de confinement liée à l’épidémie de coronavirus, la question du maintien des marchés s’est posée. Certaines communes provençales ont d’ailleurs renoncé aux leurs dans un premier temps, avant de faire marche arrière la semaine dernière. Ils sont désormais interdits, comme l’a annoncé Édouard Philippe, le Premier ministre, lundi soir. Précisant toutefois : « Il sera permis aux préfets sur avis des maires de déroger cette interdiction lorsque le marché, dans certains villages, est le seul (moyen) parfois d’avoir accès à des produits frais ».

 

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Franck Sillam, maraîcher bio diversifié à Aubagne.
Des distributions sous haute sécurité

Certains ont choisi d’eux-même de déserter les marchés. Franck Sillam en fait partie. Maraîcher bio diversifié à Aubagne, il vend d’habitude ses légumes à celui de Gardanne. Il s’est interrompu, à contrecœur, avant tout « par question de sécurité sanitaire ». Mais maintient néanmoins la livraison de ses légumes au sein des deux AMAP marseillaises où il est engagé. « On a modifié l’organisation. Au lieu d’une heure de distribution, chaque adhérent s’est vu attribuer un créneau de cinq minutes pour récupérer son panier. C’est aussi moi qui les prépare, alors que d’habitude chacun se sert en suivant une liste. Ça demande plus de travail en amont, mais au moins les gens peuvent se nourrir », explique le producteur.

Caty Fabre, maraîchère à Saint-Maximin, a également imposé des mesures drastiques lors de ses livraisons de marchandises, à son exploitation et en AMAP. « On prépare les paniers de notre côté et les clients viennent les chercher un par un. Ils attendent leur tour dans leur voiture afin d’éviter les contacts ». Certaines AMAP ont toutefois suspendu leurs distributions – du moins à l’heure où ces lignes sont écrites. C’est le cas pour Christian Pourchier, maraîcher diversifié à Auriol, qui livre normalement aux associations paysannes d’Allauch et Aubagne. « On vit au jour le jour », relativise-t-il dans l’espoir d’un avenir meilleur rapidement.

 

Les patates prises d’assaut comme les pâtes

En plus des AMAP, Christian Pourchier vend d’ordinaire directement aux particuliers ainsi qu’aux supermarchés. Dans ces derniers, ses ventes ont chuté de 30% en une semaine, malgré la ruée des habitants dans les grandes surfaces avant et après l’annonce du confinement. « Les tranches de courge partent beaucoup moins bien car elles sont périssables dans un temps court. Je vends par contre plus de pièces de butternut car ça se conserve bien », confie-t-il.

 producteurs-provence-coronavirusDes clients l’appellent tous les jours, à la recherche de légumes à longue conservation, comme les pommes de terre. Un produit très prisé, témoigne Caty Fabre : « On en a vendu 200 kilos en seulement deux heures la semaine dernière au marché de La Ciotat. On a même été obligés de gronder une mamie qui en avait pris six kilos ». La maraîchère espère pouvoir garder une activité, même réduite si l’actualité l’impose, ce qui lui permettrait d’éviter une situation financière catastrophique par la suite.

 

Un confinement qui aurait pu tomber plus mal

Quant à la période du confinement, elle tombe au moment de l’année où les champs sont les plus vides en Provence. « On est sur la fin des produits d’hiver et la préparation de ceux du mois de mai », explique Christian Pourchier. Complété par son confrère aubagnais Franck Sillam : « C’est la période un peu creuse au niveau de la production maraîchère. Il reste les pommes de terre, les poireaux, les navets par exemple. Mais concrètement, on est censé faire de la place pour commencer à planter les courgettes, poivrons, aubergines, tomates, haricots verts… Tout ce qu’on trouvera sur les étals cet été ». Un mal pour un bien, si on peut le résumer ainsi.

La situation est cependant loin d’être au beau fixe. Car les maraîchers peinent à trouver le matériel nécessaire pour démarrer la prochaine saison. « Certains magasins restent ouverts mais ne disposent pas de stocks complets. Je suis aussi dans l’attente d’un colis de graines. Si je ne l’ai pas, ça signifie un à deux mois de perte de productions », précise Christian Pourchier. Impossible de prévoir, de prédire, d’anticiper. Un futur « anxiogène » pour Franck Sillam dont les cultures bio étaient déjà soumises à la présence de prédateurs à cause de cet hiver trop doux et à la menace du virus de la tomate. « Ces trois variables risquent d’avoir un impact sur notre secteur », souffle-t-il.

 

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L’atelier de transformation de Roquevaire (photo d’octobre 2019) © AP
L’atelier de transformation de Roquevaire sur le pont

Ouvert à l’automne 2018, l’atelier de transformation de Roquevaire remplit des bocaux avec les invendus des producteurs. Après avoir fonctionné jusque-là normalement, à savoir cinq jours par semaine, il devrait réduire son activité sur deux jours dès cette semaine. Et s’adaptera en fonction des besoins des maraîchers. « On ne sait pas pour l’instant s’ils vont écouler toutes leurs marchandises ou s’il va leur en rester. Cela va notamment dépendre du maintien des marchés », estime Bernold Poinas, conseiller animateur du CETA du pays d’Aubagne, à l’origine de l’atelier. L’établissement tourne à plein régime en temps normal. 16 producteurs ont pu en profiter pendant sa première année d’existence. Pendant cette période de confinement, il pourrait ouvrir sa porte, à titre exceptionnel, à de nouveaux maraîchers. Une mesure à valider de façon collégiale, puisque l’atelier fonctionne de manière associative.

Quant aux bocaux, ils connaissent un grand succès. Notamment depuis quelques jours : « Ça fait une bonne semaine qu’on en vend trois à quatre fois plus. Parce que ce sont des produits qui se gardent trois ans. C’est également lié au fait que l’on est dans la période creuse niveau légumes ». Ils sont en partie vendus au magasin de producteurs d’Aubagne, toujours ouvert. Pour aider les producteurs, chacun peut en tout cas agir : en les privilégiant autant que possible pour ses achats de produits frais, aussi bien pendant le confinement que le reste de l’année. ♦

 

Bonus
  • Notre carte interactive des commerces marseillais : en cette période de confinement, privilégiez également les commerces locaux pour vos achats de denrées alimentaires. Nous avons d’ailleurs recensé sur une carte interactive – et collaborative – les établissements qui restent ouverts ainsi que les restaurants qui assurent des livraisons. À retrouver en cliquant ici.

 

  • À (re)lire : notre article sur l’atelier de transformation collectif de Roquevaire, en cliquant ici.

Invendus : des bocaux plutôt que la poubelle